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Il faut toujours garder en tête une formule magique

Virginie Poitrasson


Il faut toujours garder en tête une formule magique
Récit textile
Cet ouvrage bénéficie du soutien du Centre National du Livre.
paru en février 2012
14,5 x 20 cm, 132 pages
isbn : 978-2-36242-019-1
prix public : 14 €
poids : 186 g

Présentation :

Quand l’écriture essaie à la fois d’être événement, retranscription, décryptage et réflexion.
De son imaginaire indiscipliné, aux structures narratives polymorphes, Virginie Poitrasson emprunte des bribes d’enfance, des amorces de contes, des figures féminines traversantes, des clichés désamorcés, des strates de fables contemporaines, tissant de nouvelles formes de discours qui interrogent notre subjectivité.

Ce sont ces couches de texte où la formule magique – formule toujours informulée – est ce qui fait lien entre chaque page. Cette formule se déploie entre les signes, dans l’interstice des phrases, naît et se forme dans l’entre-deux du texte. Elle est ce lien puissant tout à la fois de violence et de douceur qui nous anime et nous rattache les uns aux autres.

Avec une photographie de Ann Hamilton en couverture.

 

Extrait :

FICTION I

Et patati et patata
Tralala

Les mains posées au sol. Tu ne m’attraperas pas. Les graviers s’enfoncent dans mes paumes, accroupie sous le buisson, culotte de coton. Et ce sourire encore si blond. Tu ne me vois pas. Tu ne me trouves pas. J’ai la meilleure cachette. Les yeux clos, je m’enfonce dans le buisson encore plus profondément et cette odeur entêtante du buis. Rien ne dépasse. Même si la jupe arc-en-ciel est là pour rappeler l’éclat de mon rire.
Encore s’enfoncer encore dans le buisson vert.
Et patati et patata
Je vais rester toujours là cachée, protégée des travers, des orages, de la grêle de paroles. Et les yeux fermés, accroupie, je rapetisse, je prends la taille d’un petit animal. Et mes cheveux poussent, m’enveloppent, me cachent, me recouvrent complètement. Toute petite, je suis perdue dans ma jupe. Arc-en-ciel. Les cheveux si longs, si blonds, et tu as bientôt fini de compter :
« 47, 48, 49, 50 ! Où es-tu ? Je vais te trouver ! Ah ! Sous le banc ? Dans la remise ? Vers le poulailler ? Et le clapier à lapins ? Derrière le sapin ? Ou sous une bûche ? Mais où es-tu ? »
Et patati et patata
Mes mains s’enfoncent dans le sol, de plus en plus, bientôt jusqu’aux coudes, maintenant jusqu’aux épaules. Cette terre noire et grasse m’absorbe doucement. Je m’enfonce dans ce terreau, il est chaud et humide, j’y respire facilement, comme un coussin d’air. Plus que les pieds. Je perds une sandalette dans l’histoire, abandonnée sous le buis. « Je vais bien finir par te trouver ! » Et c’est comme se mouvoir dans un énorme édredon de plumes : le corps pesant, la plume légère. Bientôt mes yeux s’habituent à la noirceur et des petits éclats de quartz se mettent à scintiller. Underground sky.
Tralala
On ne me trouvera pas là, c’est sûr, sous ce ciel de quartz, dans cet édredon chaud et confortable, je me sens en sécurité, protégée des jeux cruels. Je te tiens, tu me tiens par la barbichette. Tiens ! Qu’est-ce que c’est ce point plus lumineux que les autres et qui s’agrandit ? Il est haut dans le ciel et m’éblouit.
« Hé ho ! Y’a quelqu’un ? Tu es là ? Je vais te trouver ! »
Et hop, me voilà hissée en dehors de mon trou, éblouie, ébouriffée, je grandis entre-temps et ne rentre plus sous le buisson.

 

Presse :