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Quand j'étais petite
La poule est un oiseau autodidacte
Victimes du genre
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Sanza lettere

Marie Cosnay


Sanza lettere
Course-poursuite énigmatique
paru en avril 2015
14,5 x 20 cm, 112 pages
isbn : 978-2-36242-056-6
prix public : 13 €

Présentation :

    Un basculement intime au moment d’un basculement politique, on a vu le temps fléchir, on ne peut pas faire autre chose qu’espérer. La narratrice prend la route, rencontre des réfugiés dans une forêt de l’Aude, un voleur de bateau en Méditerranée, une infirmière peu conforme à confondre et des squatteurs à Besançon. C’est ça : la narratrice tente de se frotter au monde, de le rencontrer – mais voilà, cela semble vain. Restent les étapes nommées, les Gertrude Stein, Dashiell Hammet, Pere Gimferrer, Jean-Patrick Manchette et Virgile.

    C’est un road movie, une fuite, une fille, la narratrice a bel et bien l’impression qu’elle fuit un crime qu’elle a commis et oublié, un corps gît au centre d’une pièce ; au bout de la course, au moment du retour, c’est elle-même la narratrice qui se retrouve allongée au sol, au centre – et si quelqu’un court encore dehors, en liberté, dans le monde bel et bien rejoint, c’est une sorte de sœur, de double : « court, sandales aux pieds traversant les territoires les muscles bandés le cœur vif et la force du taureau, une qui est sans fatigue ».

 

Extrait :

on avait perdu un mot dans les sous-sols, impossible de traverser, le couloir retient toute une généalogie, les uns piétinent les autres dans un espace qui ne s’élargit pas sous la pression des corps, prenant appui sur les genoux et les fesses on cherche l’air en surface cogne au plafond et de corps en corps va jusqu’à ma mort Elle est venue ma mort je ne dis pas ça à cause d’un printemps mais après un trop plein de printemps, de saisons, après une impression sordide, un changement de genre et de cap Transformons les corps entassés dans le hall en lettres Évaporons-nous en récits disais-je Passons par le trou de la serrure mais personne n’y arrivait

d’autant que le désir de liberté lui-même mourait ; m’agrippant je cherchais dans le hall une idée pour survivre ; il semblait plus que tout autre chose dégueulasse mon élan de survivre ; je m’agrippais à la dégueulasserie c’est-à-dire que malgré la mort qui me fonçait dessus je tenais les rênes

j’avais dans l’idée une mort parfaite parfaitement déboîtée. Tout ce qu’on n’imagine pas couler comme humeurs sur un sol de briquettes rouges coulait et collait, parfait. Je luttais c’est bien ça et pas un fichu poète pour m’aider à récupérer le tout, le porter une fois de plus, le tout, avec des mots du genre : tu vas voir comment ça se passe comment c’est doux et triste mais triste d’une façon attachante, de revenir à vivre

pour ce qui est de la sexualité j’ai été débordée, contre un miroir j’ai jeté mon verre puis quelqu’un gisait féminin sur le sol de briquettes bras en croix le sang en jet puissant surgissait de la blessure au front grosse comme une pièce de vingt centimes, on aurait dit le trou d’une balle, je ne me suis pas retournée, la Peugeot Faut qu’elle roule avait dit Delphine, il est 6 heures du matin et je roule en morte que je suis

(le tombeau était magnifique, de marbre et labyrinthique, chaque pièce doublée d’une autre attenante et semblable quoique grise quand l’autre lumineuse)