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L’ombre des mots qui n’ont pas d’ombre

Jean-Paul Chague


L’ombre des mots qui n’ont pas d’ombre
Formules grammairiennes
co-édition avec Contre-Pied / Prix Hercule de Paris 2007
paru en septembre 2007
13,5 x 14,4 cm, 92 pages
isbn : 978-2-914688-64-2
prix public : 7,50 €
poids : 82 g

Présentation :

Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère selon Marcel Proust.
Avec L’ombre des mots qui n’ont pas d’ombre nous sommes à la terrasse de cette langue, mi-parlée mi-rêvée ou peut-être avec cette langue physique et organique qui parfois nous encombre la cavité buccale. Mais aussi le problème d’écrire ne sépare pas d’un problème de voir et entendre : en effet, quand une autre langue se crée dans la langue, c’est le langage tout entier qui tend vers une limite... C’est Gilles Deleuze qui le dit. Un lieu où à chaque fois ce serait parler et voir pour la première fois, bâti d’énoncés et de questionnements. Certains phénomènes soulèvent des lièvres lorsqu’il s’agit de traduction du français en français.
Chasse-spleen pour tout le monde...

 

Extrait :

un lieu où rien ne se ressemble

trente ans cherchant à le formuler

un lieu où à chaque fois ce serait
parler et voir pour la première fois

l’idée de succession redoutée
pas de récit alors peur peut-être des traces
nul ne se fera l’égyptologue de nos gestes

on ne fait pas de chaque instant une stèle

croyant pourtant à ce qu’on appelait
un « mot d’écrit » mais à quoi le raccrocher
quand l’énumération n’offre qu’une échelle flottante


juxtaposer ces disparates

c’est juste tenter une simultanée verbale

proses erratiques oui et non
ces instants sont des glaçons dans la voix

entre deux corps la distance n’est pas seulement
fonction de leur position     deux corps constants

ne veut rien dire      non plus que le poids des mots
dans la main      vous voudriez ici une histoire

avec émulation d’idées-hirondelles non
on vérifie l’ajustage de l’entendrevoir      quelle mesure
l’échec une composante de tout procédé


pourquoi décrire ce qui est

et que chacun peut voir sinon
qu’il le verra de façon différente

ce qui se forme dans la bouche bâtit la théorie

« clarté dans le sens du silence » dit Oppen
pourquoi si vite les fictions s’éteignent-elles

en réalités ternies par qui les porte

trop sans doute d’oiseaux en fleur
pour ce qui fut là déchiré       mais les oiseaux

oui nous savons dans vos rêves couturiers

 

Presse :

Ce livre procède de l'invention d'une forme : à partir d'un octosyllabe, ajouter une dizaine de vers de mesure variable, agencés diversement en strophes (du monostiche au quatrain), le dernier vers pouvant faire chute, et silence provisoire. Ce genre de protocole engendrerait l'ennui, si Chague n'avait mis la superbe d'une forme au service d'une démarche modeste : des poèmes de circonstance, sans plus, attrapant ce qui arrive à la pensée, via des mots lus ou entendus, ou via le vécu, et retraitant, parfois maltraitant ces données pour les rendre au mystère et à la folie de la vie.
Chague est philosophe dans son approche de l'écriture. L'humour, le détachement est son attitude dominante (…).
Les poèmes sont particulièrement réussis quand le décousu des dérapages d'une proposition à l'autre esquisse des rebonds ou des échos, en une danse titubante et tournoyante à la fois (…).

Comme les sonnets de Pétrarque ou Ronsard, les chaguins, pour leur donner un nom, sont le journal de l'activité mentale d'un poète. La relation amoureuse est leur fréquent sujet, autant dire le dépassement de la douleur. Comme les sonnets, les chaguins ne vont que par séries, et souvent s'enchainent, le suivant repartant du précédent pour déborder autrement un même souci. Mieux, au fil de la lecture, on sent Chague apprivoiser sa forme, ou nous apprendre à l'habiter, si bien qu'on est de plus en plus à l'aise dans ses poèmes. Impression rare et agréable. (Jacques Demarcq, CCP n°16)

 

Du même auteur :

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paru en février 2013