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Prolégomènes
La langue n'existe pas sans ces locutions qui conduisent l'interlocuteur à croire comprendre ("Voyez-vous", "C'est à dire", "C'est ça", "C'est même pas la peine", "Fallait pas", "On n'y peut rien"…). L'auteur invite le lecteur à chercher ce qui n'est pas dit dans le texte, ne s'entend pas : l’infralangage. Chaque texte utilise un nombre restreint de mots, déclinant un motif annoncé par le titre, créant à chaque page la partition d'une pièce performative dans le hors-champ de la langue.
vous allez voir, vous allez voir
demain, demain
dès demain, dès demain
vous verrez demain, demain, vous verrez
demain, ah, demain
ce sera, oui, ce sera
vous verrez, ce serra, vous verrez
demain, demain, ce sera, ah ce sera
oui, ce sera tellement, tellement oui
demain sera, ce sera
vous verrez, oui
oui, c’est demain que commence enfin
c’est demain, oui, dès demain, oui, dès demain
vous allez voir, vous allez voir
voilà, c’est pour demain, c’est juste là
La langue en soi n'existe pas – cf. Meschonnic… – sans ces situations qui affectent, conduisent l'interlocuteur à croire comprendre, décider d'un sens (selon l'état de fraîcheur de la conscience, la qualité de la digestion, le bruit de la pluie, la peur de certains mots, etc.). Et c'est le grand mérite de l'auteur (également vidéaste, plasticien, performer) de déplacer le point de vue, aller contre les vents courants, inviter le lecteur à chercher ce qui ne se dit pas, ou ne s'entend pas, est sous le texte (Entretien sur le site khiasma et site frédéricdumond). « Ça a l'air », mais ça ne l'est pas, lorsqu'il y a conversations insoumises à l'épreuve de vérité qui se font par reprises, se défont par variations, taquinent « fallait pas / c'était vraiment pas la peine », défient les tentations métaphoriques. Juste quelques mots. « Il faudra vous battre […] vite, vite […] c'est tout de suite » en effet c'est toujours maintenant qu'il nous faut nous battre pour se parler. Revigorant !

