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Essai d’histoire et d’architecture à Tanger
Avec le soutien du Centre National du Livre
Diptyque temporel sur Tanger, ville où l’auteur a passé son enfance. Sa mémoire s'y confronte au processus de l’Histoire. Dans les années 1950, cette cité au statut international vivait à toute allure, traversée par des influences multiples qui en firent une véritable île au trésor. Par la suite, rattachée au Maroc, la ville s’est figée : les mouvements et les échanges se sont taris, le dehors a cessé de fluidifier le dedans, et les forces centrifuges qui s’y exprimaient ont décliné. Qu’est-ce que ces “ruines à rebours” dont il est question nous disent du monde tel qu’il va, d’une architecture telle qu’elle crispe le mouvement, et de la vie telle qu’elle pourrait être œuvre d’art ?
La notion de ruine concernera des objets architecturaux. Et plus précisément des édifices généralement creux, autrement dit les constructions qui, à l’origine, habitées ou non, mettaient en relation un dedans et un dehors. Ce qui fait ruine, c’est moins l’état de délabrement, de dégradation ou de destruction d’un bâtiment que la tombée de ce qui, auparavant, servait à séparer ou à faire communiquer, sur une infinité de modes, des dedans et des dehors. Ruine désigne cette tombée. “ Tomber en ruine ” est un pléonasme. Ruine atteste proprement l’annulation des différenciations entre intérieur et extérieur.
Anne-Françoise Kavauvea a écrit:La circulation des mots procure un bonheur intense à celui qui les emploie : j’écoute la chaîne des mots dans laquelle je plonge avec délice, prise dans un courant qui me relie et me contient tout à la fois : « […] et je pense que se tenir comme ça très calme entre ça et ça est le bonheur ». Ce flux, ce courant, ce mouvement incessant, Emmanuel Hocquard l’identifie à une ville, Tanger, dont il dresse un diptyque temporel en confrontant sa mémoire à un processus rigidifiant toute chronologie. Qu’est-ce que ces Ruines à rebours nous disent du monde tel qu’il va, de l’architecture telle qu’elle crispe le mouvement, et de la vie telle qu’elle pourrait, peut-être, être œuvre d’art ? Dans les années cinquante, cette cité au statut international vivait à toute allure, à tous vents, traversée par des influences multiples qui en firent une véritable île au trésor. Par la suite, rattachée au Maroc, la ville s’est figée : les mouvements et les échanges se sont taris, le dehors a cessé de fluidifier le dedans, et les forces centrifuges qui s’y exprimaient ont décliné.
Lorsque le temps fige les lieux dans un ailleurs peuplé de souvenirs qui en deviennent la fonction, la ville s'ouvre à tous les vents. Carrefour politique, géographique, temporel, Tanger se dégrade, mais étrangement, ce mouvement est devenu imperceptible ; le seuil entre le vivant et la mort semble aboli. De cette déshérence (qui sont ceux qui en ont construit l'identité ? A qui a-t-elle été transmise ?) naît une beauté fragile mais immuable comme celle d'un délicat insecte piégé dans l'ambre translucide que la lumière irise.
Quel texte !

