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Cent vues de John Harvard

par Virginie Greene

Couverture d’ouvrage : Cent vues de John Harvard
Fiche technique :Prix (Français): 11,00 €
ISBN : 978-2-36242-016-0
Taille : 14,50 x 20,00 cm
Pages : 112

Instantanés de mémoire

Prendre des photos mentales et faire du tourisme sur le lieu de son quotidien sont des pratiques minimalistes qui permettent de ressaisir l’ici et maintenant, de garder l’œil neuf et les sens en éveil. Ces cent vues sont des instantanés de mémoire qui déclinent une des icônes de l’identité américaine au rythme des saisons et des menus événements dont le monument et la narratrice se retrouvent témoins.

Parution :
Thématiques :
Extrait :

– — 1 — –

6 novembre 2008

J’avais faim. Je suis passée devant John sans le regarder. Mon but était la cafétéria du bâtiment des sciences. En plus il pleuvait. De John Harvard aujourd’hui je n’ai rien vu. Comme l’a dit le jeune homme près duquel j’ai mangé mon taboulé : « Life sucks but you have to get the best of it. » Éblouissante originalité. La jeune fille à ma gauche fait des maths avec intensité. De John Harvard aujourd’hui je n’ai rien vu.

– — 2 — –

7 novembre

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Encore raté. J’avais prévu de passer devant John Harvard en quittant mon bureau vers quatre heures et demie. Une fois dehors, j’ai pris comme d’habitude la direction opposée, vers le bus ou le métro. Je suis allée au Harvard Bookstore pour acheter un livre de poésie. Je n’ai pas trouvé ce que je cherchais. On m’a dit que les œuvres de Gwyneth Lewis étaient commandées mais pas encore arrivées. J’ai rencontré John, mon collègue du département d’anglais, qui venait de présenter son dernier livre Giants, biographie croisée d’Abraham Lincoln et Frederick Douglass. J’ai acheté le livre. John me l’a dédicacé et nous avons bavardé quelques minutes de l’amitié, le thème de son prochain livre. Fort bien, mais j’ai encore raté ma vue.

– — 3 — –

9 novembre

Cette vue est faite de mémoire. C’est dimanche et je ne vais pas à Harvard le dimanche. J’y vais assez pendant la semaine. Je me souviens suffisamment de John Harvard pour tenter l’exercice à distance. Ce qui me frappe dans cette statue, c’est l’aspect négligé de la pose. John est affalé sur son fauteuil plutôt comme un étudiant mal réveillé qui a eu le malheur d’avoir à suivre un cours à dix heures du matin, que comme un généreux puritain. J’ai entendu dire que la statue n’a pas été faite pour représenter John Harvard, mais un quidam non identifié. Pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre ? C’est mystérieux. N’importe. J’aime l’affalé de la pose, la négligence monumentalisée et l’ingéniosité récupératrice.

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À propos de l’auteur

Née en 1959 à Molsheim, Virginie Greene fait des études de littérature et d’histoire à Strasbourg puis à Paris. En 1987, elle part “pour un an” aux États-Unis, travailler comme assistante de recherche de Philip Kolb, éditeur de la correspondance de Proust.
Vingt-quatre ans plus tard, elle y vit encore, mais cultive de multiples liens avec les Vosges. Après avoir obtenu un doctorat de Littérature française médiévale à l’université d’Illinois, elle enseigne à Harvard où elle est professeur et chef du département de litérature médiévale.
Elle a publié "Le Sujet et la Mort" dans La Mort Artu (Nizet, 2002), une traduction en français moderne du Débat sur le Roman de la Rose (Champion, 2006). Elle a écrit les notices biographiques des correspondants de Proust publiées en 2004 dans Marcel Proust : Lettres (1879-1922), aux éditions Plon. Elle est l’auteur d’articles en français et en anglais sur la littérature médiévale. Dans l’article “Three Approaches to Poetry” (PMLA, Janvier 2005), elle amalgame critique littéraire et écriture littéraire en décrivant concrètement trois expériences de lecture.
Cent vues de John Harvard
est son premier livre de création.
- Cent vues de John Harvard, L'Attente, 2011