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Les horizons perdus

par Jean-Daniel Baltassat, Stephen Horne, Delphine Ciavaldini

Couverture d’ouvrage : Les horizons perdus
Fiche technique :Prix: 14,00 €
ISBN : 978-2-36242-087-0
Taille : 16,50 x 24,00 cm
Pages : 112
Appartient à la collection L'art à lire :
  • Les horizons perdus

Essai critique et poétique
En partenariat avec la Cité internationale de la tapisserie - Aubusson

Autour de l’installation artistique éponyme de Delphine Ciavaldini à la Cité internationale de la tapisserie à Aubusson, ce livre inaugure notre toute nouvelle collection “L’art à lire”, dédiée aux écrits sur l’art. L’ouvrage, bilingue français/anglais, s’ouvre sur un court texte introductif poétique par Jean-Daniel Baltassat qui évoque l’histoire et les usages du tissage à travers les millénaires de l’histoire humaine, jusqu’aux fils vibrant entre les mains de l’artiste dans le musée. Suit un texte de 40 pages à la fois narratif, critique et didactique par Stephen Horne autour du travail de Delphine Ciavaldini et ses résonances dans le monde de l’art contemporain depuis 1945. Un cahier de 16 pages d’images en couleur (photographies de Zoé Forget) vient s’insérer au centre du livre pour restituer la dimension visuelle de l’installation en fils de laine.

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Extrait :

(Début du texte de Jean-Daniel Baltassat, p. 3) :

Tôt dans l’histoire des humains les fibres
— lin laine chanvre jute
abaca kapok alfa genet
yack maguey ou sisal,
d’autres encore —
les fibres brins fils vibrent entre les doigts des femmes. S’étirent, se nouent, s’assemblent, tissent et tapissent le monde humain d’ouvrages de tisserandes discrètes, inventant déployant la première langue de nos tribus — géométries de lignes, plans, surfaces et torsions de brins — langue de notre conscience face au cosmos immense, mouvant, si terriblement énigmatique, si menaçant.

* * *

(Début du texte de Stephen Horne, p. 7) :

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Dans ce bref essai – ou peut-être cela tiendra-t-il plutôt de l’histoire –, j’esquisserai quelques sujets importants pour notre époque, quelques réflexions situant la création, la pratique artistique et l’expérience esthétique dans leur rapport au problème des « horizons perdus » tel qu’il est posé par Delphine Ciavaldini dans son exposition portant ce titre à la Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson. Pour ce faire, je proposerai quelques idées dont l’urgence dérive de la crise climatique. Dans les moments de crise, nous disons : « respire ». Qui ou qu’est-ce qui nous aidera à répondre à cette demande ; où cette pratique de la respiration se manifeste-t-elle le mieux ?

Respirer signifie habituellement s’accorder un moment de répit, faire une pause, se mettre en retrait de la tension et de l’urgence du moment. On trouve cette idée clairement exprimée dans la Chine du XVIIe siècle, avec la notion de « retrait » et, pour ce qui est de nos lieux d’habitation et de nos espaces quotidiens, le pavillon, qui est une version de la hutte, offre un lieu où intérieur et extérieur sont dans un rapport d’échange mutuel, un « espace de respiration ». Ce moment de répit est ce qui permet à l’expérience esthétique d’avoir lieu. Cela constitue également un paradigme à partir duquel considérer la question qui nous occupe actuellement, celle de la frontière fixe, ou du mur, séparant l’intérieur de l’extérieur.

Dans son livre récent, Sharing the World [Partager le monde], la philosophe belge Luce Irigaray écrit : « Aux frontières de notre demeure, les seuils prépareront la rencontre avec l’autre : seuils à l’horizon d’un monde nous permettant de quitter l’autre et de l’accueillir, mais aussi seuils à la frontière de soi, s’il est possible de distinguer entre les deux. »

Les matériaux ordinaires sont des seuils, dans le sens d’Irigaray : ce sont souvent eux qui nous raccrochent à notre terre/foyer par le biais de nos corps et de notre appareillage, et qui, en cela, travaillent à nous donner un contact avec la beauté qui n’est pas seulement individuel ou « subjectif », au sens esthétique. Les matériaux et les formes ordinaires, les objets tels que les couvertures, les draps, les lits, les tentes, les huttes et les vêtements, sont très présents dans l’art contemporain. Tous ont le même matériau de base, le tissu, et les mêmes procédés de tissage. Ils sont les fragments de notre planète partagée, l’horizon que nous avons perdu dans ce monde dominé par le « marketing », et les calculs et la prédictibilité qu’il nous impose. Quel pouvoir réside dans les matériaux et les procédés ordinaires ? Est-ce simplement qu’ils sont familiers ? Ils évoquent la solidarité, l’appartenance à un monde commun, partagé, et par conséquent nous rappellent les liens que nous avons les uns avec les autres, et avec le cosmos à travers lequel ces fils du commun sont tissés. Le philosophe des sciences français Bruno Latour a écrit récemment que nous sommes « rendus fous par l’absence d’un monde commun à partager ». L’une des pratiques les plus ordinaires et les plus familières est celle de la répétition : adopter et adapter quelque chose à une fin nouvelle ou à un milieu nouveau, un milieu dans lequel ce qui était ordinaire devient extraordinaire, parce qu’il devient multiple et énigmatique.

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À propos des auteurs

Jean-Daniel Baltassat

(Photo P. Lourmand)
Jean-Daniel Baltassat est né en 1949 en Haute-Savoie. Après des études d’histoire de l’art, de cinéma et de photographie, il devient de 1972 à 1979 directeur artistique pour différentes agences de publicité et maisons de mode. Dans le même temps, il crée une galerie/coopérative à Paris (1973/1977) « La Manivelle ». À partir du milieu des années 1980, il se consacre exclusivement à l’écriture, considérant l’écriture romanesque comme une « vie de métiers et un métier de vies ». Son premier roman, « La falaise », paru en 1987, figure dans la sélection du Prix Nocturne en 2014. Son neuvième roman, « Le Divan de Staline » (liste Goncourt 2013) a été adapté au cinéma par Fanny Ardant. Son dernier roman, « La tristesse des femmes en mousseline », est arrivé deuxième pour le prix Voix des lecteurs de Nouvelle-Aquitaine 2019.

Bibliographie

Les horizons perdus (poésie), avec Stephen Horne et Delphine Ciavaldini, L'Attente, coll. "L'art à lire", 2020 • La Tristesse des femmes en mousseline, éditions Calmann-Levy, 2018. • Le divan de Staline, Seuil, 2013, (Points Seuil, PB 3325, 2014 /red 2017). • L'Almanach des vertiges, Robert Laffont, 2009. • Le Valet de peinture, Robert Laffont, 2004, (Points Seuil PB 3087, 2013) • Le Galop de l’ange, Robert Laffont, 1997 (prix Jean-d’Heurs du roman historique). • De beaux jours pour aimer, Flammarion, 1994. • Bâtards, éditions Bernard Barrault, 1991 (Villa Médicis / Stendhal). • La Peau de l’autre, éditions Bernard Barrault, 1989. • L’Orage des chiens (nouvelles), éditions Bernard Barrault, 1987. • La Falaise, éditions Bernard Barrault, 1987 /// Sous le pseudo de A.B. DanielLes roses noires, roman, XO éditions (Pocket), 2007 • Reine de Palmyre, roman, XO éditions (Pocket), 2005 Tome 1 : La danse des dieux Tome 2 : Les chaines d'orInca, trilogie (avec Antoine Audouard et B. Houette, traduit en 25 langues), XO éditions (Pocket), 2001 : 1- La princesse du soleil 2- L'or de Cuzco 3- La lumière du Machu Picchu /// Collaborations à Télérama Hors Série – Peinture • Berthe Morisot, 2019 • Bonnard, 2015 • Degas, 2012 • Casanova, 2011 • Magritte, 2009 • Courbet, 2008 • Cézanne, 2007 • Rembrandt, 2006 /// Traductions, essais, collaborations Petite histoire de l'enseignement de la morale, essai, collaboration avec Michel Jeury, Robert Laffont (Pocket), 2000 • La vie est une maladie sexuellement transmissible et constamment mortelle, essai, collaboration avec Willy Rozenbaum, Stock, 1999 • Soigner l'autre, essai, collaboration avec E. Hirsch, Belfond, 1998 • Vivre à Hébron, June Leavitt, traduction, adaptation de l’anglais, Robert Laffont, 1998 • Le regard de l'antilope, James Grégory, traduction de l’anglais, Robert Laffont, 1997 (Pocket - Film 2007 Goodbye Bafana),


Stephen Horne

Stephen Horne est né à Nairobi, au Kenya, et a vécu au Canada de 1950 à 2000 lorsqu’il a commencé à partager son temps entre le Canada et la France. Au Canada, il a été professeur de médias et de beaux-arts à l’université NSCAD à Halifax, et à l’Université Concordia à Montréal. Depuis 2011, il vit près d’Aubusson dans la Creuse et continue d’écrire sur l’art contemporain aux États-Unis, en Asie et en Europe. En Europe, ses écrits ont été publiés par Dumont, JRP Ringier et des périodiques tels que Third Text, Flash Art et Artpress. Au Canada, ses écrits ont été publiés dans des catalogues pour divers lieux tels que la National Gallery, le Musée d’art contemporain de Montréal, le Agnes Etherington Art Centre et dans divers périodiques tels que Bordercrossings, Espace et Ciel Variable au Canada et au Québec.

Bibliographie

Les horizons perdus, avec Jean-Daniel Baltassat et Delphine Ciavaldini, L'Attente, coll. "L'art à lire", 2020


Delphine Ciavaldini

Originaire du spectacle vivant, Delphine Ciavaldini pratique les métiers de la scène depuis 1995 en France et en Angleterre. Cette orientation, qui a commencé par les costumes et accessoires, a bifurqué au fil des ans vers la scénographie et la mise en scène (elle a notamment reçu en 2008 l’équivalent indien du Molière de la meilleure scénographie pour « The Absent Lover » ; en 2017 le grand prix de la presse du Festival Off d’Avignon pour co-mise en scène de « Les vies de Swann »). L’appréhension de l’espace et sa dramaturgie a très fortement influencé sa pratique de plasticienne. Depuis 2012 elle propose des installations qui s’apparentent à des environnements. Le visiteur qui les traverse et se meut dans les pièces devient plus qu’un spectateur. L’espace est donné en expérience. Elle construit ses installations, souvent éphémère et in situ, avec des matériaux usuels ayant déjà servi (fils de laine, papier peint, cintres, cravates, portes et fenêtres…) et les « recode » afin qu’ils nous disent autre chose de notre quotidien, des liens qui nous unissent aux nécessitées qui nous définissent. Son travail a été présenté en galeries, centres d’arts, musée, église, arboretums ou milieux urbains extérieurs, en France mais aussi au Kazakhstan (2014), en Roumanie (2015), en Allemagne (2016) et aux États-Unis (2020). Delphine Ciavaldini déploie dans ses travaux des thématiques telles que la perte de perspective dans une modernité inondée de réel, l’appropriation et la désymbolisation de la nature, la place de l’ouvrage et sa fonction dans une société mécanique objectivante.