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Lignes de dérivation

par Rémi Froger

Couverture d’ouvrage : Lignes de dérivation
Fiche technique :Prix: 10,50 €
ISBN : 978-2-914688-86-4
Taille : 19,50 x 14,20 cm
Pages : 106

Poésie

lignes de dérivations sont des histoires à plusieurs fils dont l’intrication nous amène à une pensée plurielle, une sensibilité (au sens photographique du terme), une révélation de mouvements autour d’images, d’objets, de faits et de gestes... Rémi Froger joue de mécanismes (éparpillés sur son bureau) littéraires, tente des branchements, risque des pannes.. Imaginons que nous pourrions être sur le filmage économique d’un suspense, flottant et gazeux en quelque sorte. Le chef opérateur tourne des pages et nous l’entendons soudain prononcer des énoncés qui viennent d’ailleurs. Voici venu le temps de la téléportation littérale.

Parution :
Extrait :

16 –––––––––––––––––––
crois-moi – nous avons perdu beaucoup de temps à recycler ces pièces – nous posons des phrases génériques – passer devient un mot déserté – nous démontons des vieilles machines – certaines se cassent sans bruit – j’ai repris un piston – j’ai refait une bielle – le plancher est en bois – certaines paroles sont pleines d’huile – pleines de graisse – donne-moi les bonnes cotes – je nettoie à l’essence – le plancher reste noir – catalogue – le catalogue du temps à recycler – beaucoup de mots tombent en roulant

Critiques :Sébastien Smirou dans Blog a écrit:

Les Editions de l'Attente viennent de publier un très beau livre de Rémi Froger : lignes de dérivations. Très beau formellement, avec sa couverture rouge, à l'italienne, et ses 49 poèmes - tous situés en pages impaires (les autres restant blanches - je devrais dire crème). Mais aussi très beau sur le plan de l'écriture elle-même, bien sûr. Les vers sont longs, comme j'aime de mon côté : les phrases ont le temps et l'espace nécessaires pour s'y contorsionner, s'y reprendre, s'y déplier, s'y dérober aussi parfois (rarement).

Et puis il y a ce qu'on pourrait bien appeler une voix ou une marque Froger, qui passe beaucoup par le vocabulaire employé, chargé de matériaux, de mécanismes, de transports. Avec l'emploi systématique (systémique), cette fois-ci, de tirets. Il n'y a pas d'autres signes de ponctuation ("pour que [la] langue glisse") : ces tirets ne se substituent d'ailleurs à aucun autre signe. Il ne marquent ni la fin des phrases, ni la respiration elle-même. Ils impriment un rythme au poème, qui vient souvent en superposition mais souvent aussi en décalage avec celui de la syntaxe. C'est une scansion très particulière, pas brutale du tout (sur des vers courts, les tirets bloquent fort). Parce qu'il y a aussi chez Rémi Froger le souci permanent d'être attentif à la morphologie de la phrase, de la manipuler sans la casser, comme s'ils se guidaient l'un l'autre.

Je relève à ce sujet le poème 21 :

21 ----------------

quelque chose arrive toujours - oui naturellement - et ensuite

en soulignant les mots - ensuite nous n'avons plus qu'à obéir -

voix un peu basse n'est-ce pas qu'il faut le faire - ce que je dis là vit

de l'obscurité - d'une petite photographie sépia à côté des cartes -

dormir et y penser quitter soigneusement les lieux - il se dit pourtant

qu'est-ce qui lui prend à celui-là - des scabieuses l'allée et vers

des fleurs de l'été en taches rouges répétées indéfiniment sur les lieux

La fin du livre est magnifique, avec un poème (le 49ème) dont les vers s'engendrent presque d'eux-mêmes. Je vous laisse le soin d'y aller voir.
En quatrième de couverture, Rémi Froger précise :
"j'ai fait cet écart sans bien m'y prendre sans bien compter mes pas
et tout est tombé juste" (...).
Je suis bien d'accord quant au résultat. Pour le reste, je crois que ses pas comptaient pour lui. Du reste, ils comptent pour moi.


À propos de l’auteur

Né en 1956, Rémi Froger est un écrivain et poète français. Il a coordonné le numéro de la revue Fusées consacré à Bernard Noël, ainsi que celui consacré à Gherasim Luca.

Bibliographie

- Planches, P.O.L, 2016 - Regarde ça, P.O.L, 2011 - Lignes de dérivation, L'Attente, 2009 - Des prises de vues, P.O.L, 2008 - Transferts, Triages / Tarabuste, 2008 - Routes, repérages, publie.net, 2008 - Chutes, essais, trafics, P.O.L, 2003 - Échelles, Tarabuste, 2000 - Peintures et revêtements, Carte blanche, 1999 - Début de paysage, Nemo, 1988 - L'Intérieur des terres, Nemo, 1985 - Des fétus, des noms, Les Cahiers du Confluent, 1983 - Les Bruit qui meurent, Le Dé bleu, 1980