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Cartographie Cherokee

par Diane Glancy

Couverture d’ouvrage : Cartographie Cherokee
Fiche technique :Prix (Français): 11,50 €
ISBN : 978-2-36242-004-7
Taille : 14,50 x 20,00 cm
Pages : 102

Volée de flèches

La poésie de Diane Glancy, vers libres ou prose poétique, est résolument contemporaine. L’énergie est le dénominateur commun. Ses mots avancent implacablement. Jamais larmoyants, parfois drôles et mordants, ils donnent une voix à ceux que l’on a rendus muets, à ceux que l’on n’écoute jamais. Depuis les marges elle essaie de trouver les paroles que des personnes, ou bien des créatures, exclues, prononceraient.
Diane se place souvent à l’intersection de l’ancien monde et du nouveau, observe ce qui s’y passe, rapporte les fragments et les bribes entendus. La façon dont sonnent ses poèmes illustre la manière dont les gens humbles parmi les Cherokee pourraient grommeler, ou bien éructer, un Anglais approximatif. Un peu comme j’ai entendu, pendant mon enfance, certains paysans de mon entourage s’exprimer, à la limite de l’onomatopée, avec une économie de mots, de grammaire et de syntaxe. (Béatrice Machet)

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Asile dans les plaines herbeuses

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Médecine du Bison je veux parler bison. C’était un jour pour honorer. Le troupeau marchait dans les grandes plaines. Cette façon qu’avait la horde de marcher. Des petites bandes d’Indiens suivaient. La façon dont ils dépendaient de nous. Comment nous habillions leurs corps. Remplissions leurs estomacs. Fournissions les peaux pour leurs tipis. Nous leur parlions souvent. Grognions un langage qu’ils comprenaient. Rien que nous ne leur ayons pas donné. Mais à présent on nous prend nos prairies. Nos fauteuils de jardin et nos terrains. Débandade vers l’autre monde. Le feu du conseil nous appelle au paradis. Le Grand Esprit parle par le canon des fusils des soldats. Ils tirent depuis les trains qui passent. Certainement l’Amérique était faite pour nous. Souvenez-vous comment nous nous délections. Décidions de la manière de fondre sur la prairie, le vent à nos oreilles. L’esprit pur dans nos larges têtes. Noble le Grand Esprit quand il parlait. Yo. Nous étions siens. Nous meuglions ses prières. Son vouloir ronfler et vagabonder. Nos veaux grandissaient au sein de notre force. Nous étions rois. Nous acceptions la mort. Nous nous sacrifiions pour les Indiens. On nous appelle Grand-mère bison. Señorbuffalo. Mon duc buffalo. Herr Burgermeister Büffel. Bison le sauveur. L’universel bison. Certainement le Grand Esprit fut fait à notre image. Touchez-nous et vous verrez la face de Dieu. Nos têtes furent des anges tombés dans les prairies. Touchez-nous et vous entendrez le grognement de Dieu. Certainement les anges chantent notre chant de la rumination. Ho ii yo. Les nuages grondent au-dessus de nous. Les courants suivent. La terre entière chante pour nous les errants. L’autoroute se rappelle nos migrations.

Mettez vos pieds sur quatre petites roues. Roulez-nous sur la prairie vallonnée. La créosote dans les fossés, noire comme nos muffles. L’herbe parfois aussi haute que nos bosses.

(…)

Pensionnats pour les Indiennes

1.

Ramassez de la boue, voyez comme elle se répand dans l’eau. Maintenant la terre nage, ne sachant pas ce qu’elle est, n’ayant pas ce qu’il faut pour le savoir bien. Secrétaires-bureaux, lits métalliques. Le linge que les filles lavent au pensionnat. Sur le mur, le Christ au poteau, son pistolet pointé sur le monde. Je tourne les pages du livre. Nous avons dormi avec ce Christ cloué au dessus de nos lits. Ce gisant, Christ bâton-marchant, aussi proche qu’un clou dans la main.

2.

La longue pièce blanche devient parfois jardin.

Les fleurs des haricots, le soleil gazouillant au sol. Autrefois, il y a longtemps nous avions migré. Je détestais tenir ce qui se trouvait là, mais c’était assis sur mes genoux. Il y a des moments, même avec le Christ, où je ne suis pas heureuse. Au jardin, près de la rivière, les criquets dans les rangs sont nos faiseurs-de-hutte. Hier, le gardien a fauché les chaumes de maïs, les débris flétris de paille, quelques courges dans les rangs après le raid.

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Critiques :Ph.P dans Les Hebdos du Haut-Jura a écrit:

La poésie de Diane Glancy, en vers libres ou en prose poétique, est résolument contemporaine. L'énergie est le dénominateur commun. Ses mots avancent implacablement. Jamais larmoyants, parfois drôles et mordants, ils donnent une voix à ceux que l'on a rendu muets, à ceux que l'on écoute jamais.


À propos de l’auteur

Diane Glancy est née en 1941 à Kansas city, dans le Missouri, d'un père Cherokee et d'une mère Germano-Anglaise. Elle reconnaît que c'est la culture Indienne qui l'a le plus nourrie. Elle aime à dire qu’elle ne cherche pas à prendre la parole, mais à la donner à ceux qui ne l'ont jamais eue, afin de réécrire l'histoire trop souvent transmise par le filtre des anthropologues et ethnologues.
Elle est professeur Émérite de l’université Macalester de Saint-Paul dans le Minnesota, où elle a enseigné la littérature Anglaise et Amérindienne.
Elle a publié de nombreux livres de poésie, des nouvelles, des essais et des romans et a reçu plusieurs prix littéraires prestigieux aux États-Unis.
Grâce à sa traductrice, Béatrice Machet, nous découvrons peu à peu son œuvre d’écrivain.
- Cartographie Cherokee, traduit par Béatrice Machet, éditions de l’Attente, 2011
- Offrande pour Iron Woman, traduit par Béatrice Machet, Wigwam, 2007