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Comédie post-Effondrement
En 2078, après l’Effondrement, une petite société basée sur l’entraide et la débrouille tente de se mettre en place dans les ruines d’un bourg du sud de la France. L’abondance d’acronymes et d’expressions trompeuses de la folie néolibéraliste du monde d’avant est jugée responsable du désastre. Pour ne pas reproduire les erreurs du passé, la communauté tente d’instaurer une langue de la simplicité qui bannit les sigles et remet en question les expressions imagées. Jusqu’au choix des prénoms, dorénavant piochés dans le registre de l'âge d'or hollywoodien.
Antoine Rougemont, fringant survivant âgé de 125 ans, est interrogé pour une étude sur les dérives de l’ancien temps par Tracy, 27 ans, lors d’entretiens dont les résumés ponctuent la narration.
Non dénuée de drôlerie, cette fiction d’anticipation constitue un plaidoyer pour les droits sociaux, et dépeint un futur possible tout en explorant les thèmes éternels du vieillissement, de l’amour et de la trahison.
Cary s’était à son tour enrôlée dans le Projet de recherche. Elle venait de commencer des entretiens avec une femme de cent-trente-deux ans qui avait été directrice des ressources humaines de grandes entreprises au tournant du XXIe siècle. Cary avait noté que cette dame parlait essentiellement de licenciements. Elle n’arrêtait pas de répéter "PSE", "PSE", "PSE". Dès lors, Cary essayait de comprendre pourquoi un intitulé comme "PSE", soit "Plan de sauvegarde de l’emploi", indiquait des suppressions d’emplois. Elle en était au tout début, était assez perdue, et se permit de noter en Remarques de méthode de son deuxième entretien : "Ces énergumènes semblaient faire le contraire de leurs préceptes ou avoir des formules à l’exact opposé de leurs procédures ; on peut émettre l’hypothèse qu’il s’agissait d’une peuplade assez sournoise."
LIRE PLUSEn outre, Cary trouvait que la chevelure de cette ancienne cadre, teinte en vert gazon de golf, ne lui allait pas du tout.
REGROUPERPierre de Gasquet dans Les échos du 09/03/26 a écrit:AU BORD d'un lac provençal, en l'année 2078, dix ans après "l'Effondrement", une communauté tente de rebâtir une société sur les cendres d'une dictature d'extrême droite. Chacun tire au sort un nouveau prénom dans une liste issue du cinéma américain du XXe siècle. Deux jeunes adultes, Cary et Tracy, s'entretiennent avec des cent-vingtenaires et des cent-trentenaires. Tout ayant été numérisé, plus aucun réseau n'existant, il faut s'en remettre à la mémoire des anciens. Lesquels usent d'incompréhensibles expressions comme "tourner autour du pot" ou "la tête sur le billot". Ex-DRH, une certaine Christine n'emploie que des formules signifiant leur contraire: des "contrats de sécurisation professionnelle" qui ne durent que douze mois ou des "plans de départs volontaires" désirés par personne. Un autre, ex-Antoine n'est "pas fier d'avoir vendu de l'épargne retraite", mot magique pour ne pas dire "fonds de pension", et encore moins "capitalisation".
Dans ce roman déjanté, l'auteure, avec humour et cynisme, ne dénonce rien. A l'avenir elle adresse un délicieux pied de nez. Encore une drôle d'expression...
Henri-Charles Dalhem dans Ma collection de livres a écrit:Le pamphlet dystopique doux-amer d'Emmanuelle Heidsieck.
A rebours de la tendance aux récits familiaux teintés d'autofiction, l'écrivaine brosse le panorama décapant d'une tentative de renaissance à force d'entraide et de débrouille, dans une France post-effondrement. Troublant et drolatique à la fois.
Pierre Assante dans Blog a écrit:Le procédé est brillant. En situant son récit en 2078, Emmanuelle Heidsieck peut porter sur notre époque le regard d’une historienne du futur.
Anne-Marie Thomazeau dans La Marseillaise-Zébuline mag a écrit:Non dénuée de drôlerie, cette fiction d’anticipation constitue un plaidoyer pour les droits sociaux, et dépeint un futur possible tout en explorant les thèmes éternels du vieillissement, de l’amour et de la trahison.
Eric Faye dans Bastille magazine a écrit:"Plus qu’une succession de romans, Heidsieck bâtit une œuvre dans laquelle ses personnages circulent de livre en livre, dans une fresque éclairant un aspect différent d’une même décomposition. La progression est significative : partant de situations réalistes ancrées dans le présent (souffrance au travail, conflits de classe, privatisation) Heidsieck glisse progressivement vers la dystopie pure. Comme si le présent contenait déjà, en germe, le futur autoritaire."
Lisa Dossou et Charlotte Martin dans magazine Emile a écrit:"Il est rare que les thèmes sociaux soient autant au cœur d'une œuvre."
Ce roman post-apocalyptique plonge le lecteur au cœur d’une France méridionale de 2078 assez méconnaissable. Une petite communauté cherche à s’y reconstruire sur les ruines de notre monde néolibéral qu’un tournant radical a conduit à l’Effondrement. Empreinte d’un humour caustique, cette fiction d’anticipation invite à questionner, avec une distance bienvenue et au travers notamment du témoignage d’un survivant de 125 ans auquel tout lecteur du XXIe siècle peut aisément s’identifier, les aberrations de notre temps. Et si un autre futur, moins catastrophiste et plus social, était possible ?
