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43 Post-it

par Sarah Riggs

Couverture d’ouvrage : 43 Post-it
Fiche technique :Prix : 6,50 € EUR
ISBN : 978-2-914688-87-1
Taille : 13,50 x 12,60 cm
Pages : 54

Fenêtres entrouvertes

Un Post-it  peut être «post-scriptum» lors d’un envoi postal, aide-mémoire, mot doux ou pas à son ami(e), indication précise sur le bureau de sa secrétaire. Les 43 Post-it de Sarah Riggs nous emmènent loin d’une matérialité liée au quotidien et sont malgré tout ancrés dans nos préoccupations philosophiques et politiques. Chaque page de ce livre fait réfléchir. Méditation, questionnement parfois violent de notre présence au monde et de son appréhension. 43 Post-it offre une lecture intime grâce à une traduction millimétrée.

Parution :
Traducteurs :
Thématiques :
Extrait :

3 -----------------------

Si nous sommes moins doués
dans d’autres langues ouvrons
ces cadeaux malgré tout

 

7 ----------------------

Elles furent tout à fait magiques
ces quelques heures de conversation.
Je voudrais faire la paix avec les murs
d’Europe pour apprendre comment
l’entrée de mon continent est
criblée de balles

Critiques :Bruno Fern dans 43 Post-it a écrit:

Sarah Riggs, traductrice américaine vivant en France, publie aussi bien en anglais qu’en français. Aux éditions de l’Attente, 43 Post-it est son troisième livre de «formes brèves», c’est-à-dire de textes qui nécessitent, en peu de mots, d’éviter tout autant la surcharge que l’inconsistance où peut parfois conduire un certain minimalisme – bref, de parvenir à condenser suffisamment la langue.

Pour cela, l’auteur varie les intensités en cherchant non pas tant à restituer un événement supposément originel qu’à le susciter par le poème lui-même où, dans une simplicité apparente, se mêlent souvent sensation et abstraction (…)
(remue.net, 7 avril 2009)


À propos de l’auteur

Sarah Riggs est une poète, cinéaste et artiste née à New York, où elle vit actuellement, après avoir passé plus de dix ans à Paris. Son livre Pomme & Granite a remporté aux États-Unis le prix de poésie 1913. Elle a traduit plusieurs livres de poésie contemporaine en anglais, dont, tout récemment, TIME, d’Etel Adnan, qui a reçu, en 2020, le prix international Griffin pour la poésie et celui de la meilleure traduction. Elle est liée au Maroc et à la langue arabe par le biais de son compagnon, le poète Omar Berrada, avec qui elle a fondé, en 2004, Tamaas (tamaas.org), une organisation artistique internationale impliquée dans l’environnement, l’art, la justice et le cinéma, qui organise un séminaire annuel de traduction poétique.

Bibliographie

Murmurations (traduit par Marie Borel et Jérémy Victor Robert), Apic éditions, 2021 • Pomme & Granite, 1913 Press, 2015 • Autobiography of envelopes, Burning Deck, 2012 • Chaîne de décisions minuscules dans La forme d'une sensation (traduit par Stéphane Bouquet, Virginie Lalucq, Jérôme Mauche, Eric Suchère, Bénédicte Vilgrain), Le bleu du ciel, 2010 • 43 post-it (traduit par Françoise Valéry et Marie Borel), L’Attente, 2009 • Chain of Miniscule Decisions in the Form of a Feeling, Reality Street, 2007 • Waterwork, Chax Press, 2007 • 60 textos (traduit par Françoise Valéry), L’Attente, 2007 • 28 télégrammes (traduit par Françoise Valéry), L'Attente, 2006


Lignes de dérivation

par Rémi Froger

Couverture d’ouvrage : Lignes de dérivation
Fiche technique :Prix : 10,50 € EUR
ISBN : 978-2-914688-86-4
Taille : 19,50 x 14,20 cm
Pages : 106

Poésie

lignes de dérivations sont des histoires à plusieurs fils dont l’intrication nous amène à une pensée plurielle, une sensibilité (au sens photographique du terme), une révélation de mouvements autour d’images, d’objets, de faits et de gestes... Rémi Froger joue de mécanismes (éparpillés sur son bureau) littéraires, tente des branchements, risque des pannes.. Imaginons que nous pourrions être sur le filmage économique d’un suspense, flottant et gazeux en quelque sorte. Le chef opérateur tourne des pages et nous l’entendons soudain prononcer des énoncés qui viennent d’ailleurs. Voici venu le temps de la téléportation littérale.

Parution :
Extrait :

16 –––––––––––––––––––
crois-moi – nous avons perdu beaucoup de temps à recycler ces pièces – nous posons des phrases génériques – passer devient un mot déserté – nous démontons des vieilles machines – certaines se cassent sans bruit – j’ai repris un piston – j’ai refait une bielle – le plancher est en bois – certaines paroles sont pleines d’huile – pleines de graisse – donne-moi les bonnes cotes – je nettoie à l’essence – le plancher reste noir – catalogue – le catalogue du temps à recycler – beaucoup de mots tombent en roulant

Critiques :Sébastien Smirou dans Blog a écrit:

Les Editions de l'Attente viennent de publier un très beau livre de Rémi Froger : lignes de dérivations. Très beau formellement, avec sa couverture rouge, à l'italienne, et ses 49 poèmes - tous situés en pages impaires (les autres restant blanches - je devrais dire crème). Mais aussi très beau sur le plan de l'écriture elle-même, bien sûr. Les vers sont longs, comme j'aime de mon côté : les phrases ont le temps et l'espace nécessaires pour s'y contorsionner, s'y reprendre, s'y déplier, s'y dérober aussi parfois (rarement).

Et puis il y a ce qu'on pourrait bien appeler une voix ou une marque Froger, qui passe beaucoup par le vocabulaire employé, chargé de matériaux, de mécanismes, de transports. Avec l'emploi systématique (systémique), cette fois-ci, de tirets. Il n'y a pas d'autres signes de ponctuation ("pour que [la] langue glisse") : ces tirets ne se substituent d'ailleurs à aucun autre signe. Il ne marquent ni la fin des phrases, ni la respiration elle-même. Ils impriment un rythme au poème, qui vient souvent en superposition mais souvent aussi en décalage avec celui de la syntaxe. C'est une scansion très particulière, pas brutale du tout (sur des vers courts, les tirets bloquent fort). Parce qu'il y a aussi chez Rémi Froger le souci permanent d'être attentif à la morphologie de la phrase, de la manipuler sans la casser, comme s'ils se guidaient l'un l'autre.

Je relève à ce sujet le poème 21 :

21 ----------------

quelque chose arrive toujours - oui naturellement - et ensuite

en soulignant les mots - ensuite nous n'avons plus qu'à obéir -

voix un peu basse n'est-ce pas qu'il faut le faire - ce que je dis là vit

de l'obscurité - d'une petite photographie sépia à côté des cartes -

dormir et y penser quitter soigneusement les lieux - il se dit pourtant

qu'est-ce qui lui prend à celui-là - des scabieuses l'allée et vers

des fleurs de l'été en taches rouges répétées indéfiniment sur les lieux

La fin du livre est magnifique, avec un poème (le 49ème) dont les vers s'engendrent presque d'eux-mêmes. Je vous laisse le soin d'y aller voir.
En quatrième de couverture, Rémi Froger précise :
"j'ai fait cet écart sans bien m'y prendre sans bien compter mes pas
et tout est tombé juste" (...).
Je suis bien d'accord quant au résultat. Pour le reste, je crois que ses pas comptaient pour lui. Du reste, ils comptent pour moi.


À propos de l’auteur

Né en 1956, Rémi Froger est un écrivain et poète français. Il a coordonné le numéro de la revue Fusées consacré à Bernard Noël, ainsi que celui consacré à Gherasim Luca.

Bibliographie

- Planches, P.O.L, 2016 - Regarde ça, P.O.L, 2011 - Lignes de dérivation, L'Attente, 2009 - Des prises de vues, P.O.L, 2008 - Transferts, Triages / Tarabuste, 2008 - Routes, repérages, publie.net, 2008 - Chutes, essais, trafics, P.O.L, 2003 - Échelles, Tarabuste, 2000 - Peintures et revêtements, Carte blanche, 1999 - Début de paysage, Nemo, 1988 - L'Intérieur des terres, Nemo, 1985 - Des fétus, des noms, Les Cahiers du Confluent, 1983 - Les Bruit qui meurent, Le Dé bleu, 1980


Duchamp romantique

par Youssef Ishaghpour

Méta-ironie et sublime

Les questionnements autour du champ sémantique de l’idée de créativité avec Marcel Duchamp influencèrent certes beaucoup d’artistes du XXème siècle. Mais que penser de la nouvelle fonction de l’art dans un monde désenchanté ?

Qu’en est-il de l’art autonome en tant que vision sociale ? L’analyse esthétique et concrète de «Duchamp romantique» amène un peu de sel sur la planche de nos réflexions pour poursuivre nos recherches en continuant d’affiner notre «frisson rétinien». À bon regardeur, salut !

Parution :
Thématiques :
Extrait :

Grâce à l’ironie, l’Idée est œuvre et l’œuvre aussi est Idée, lorsqu’elle surmonte la limitation de sa forme de présentation et s’ouvre au domaine de l’œuvre invisible . L’ironie devient ainsi, pour l’esprit, le seul moyen d’affronter ce qui est nul, en même temps qu’il est le masque d’une impuissance à son égard. Elle s’élève au-dessus de tout le fini et même au dessus de l’art, de la vertu et de la génialité propre .

Cette « génialité », l’activité du Moi suprême, coïncide avec « la poésie transcendantale » : l’Idée de l’art consciente d’elle-même. En tant que réflexion de la forme, l’Idée de l’art englobe tous les matériaux 
et pratiques et, dans une plasticité allant de l’un à l’autre, ne s’identifie ni ne se réduit à aucun en particulier. Ce sont l’Artiste et sa pensée de l’art qui importent et non la matérialité des œuvres.

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L’arbitraire de l’artiste, comme principe premier du romantisme, exige de lui qu’il soit « Artiste » de part en part. Il se doit d’être et de vivre « l’Art » en personne, et il ne le peut que par jeu et ironie. L’attente, l’abstinence d’œuvre, le désœuvrement intense ou le travail épuisant et inutile seront les chiffres symboliques de sa relation à l’absolu dans un monde profane.

Cette conception de la génialité romantique, du Witz, a trouvé en Marcel Duchamp sa réalisation radicale. Tandis que les mondes romantiques de nostalgie, de désir, de rêve, de lyrisme, de syncrétisme mythico-alchimique et d’imaginaire en général se sont réactualisés, selon les contextes, en différentes écoles romantiques, ou symbolistes et même dans le Surréalisme. Duchamp lui-même – ses premières peintures le montrent – s’enracine directement dans le Symbolisme, malgré ce que ses toiles doivent à l’impressionnisme, au fauvisme, au cubisme et au futurisme. Par exemple, « l’androgyne », l’un des mythes fondamentaux du Symbolisme, restera une constante chez lui : depuis l’image primordiale et cosmique du jeune homme et de la jeune femme autour de l’arbre, jusqu’à la moustache et la barbiche de la Joconde ou à son propre déguisement féminin en Rrose Sélavy.

Pour le peintre Duchamp, le tournant décisif – et désespéré : parce que Duchamp, plus que tous les autres, était profondément attaché à la signification symbolique et spirituelle de l’art – a été dû à une prise de conscience de ce qu’il advient de l’art, selon la parole de Walter Benjamin, « à l’ère de sa reproductibilité mécanique ». Les autres peintres ont intégré les effets de la reproductibilité technique à leurs pratiques, comme Duchamp lui-même pendant un court moment, avant que cela n’entraîne pour lui une rupture radicale au niveau des principes. Cette conscience aiguë des métamorphoses mécaniques et machiniques du monde – et dans l’ordre des images, de la reproduction technique dont dépend même Étant donnés, l’œuvre finale – a été essentielle. Contrairement à ses amis surréalistes, Duchamp ne privilégie pas  l’univers du rêve poétique ou mythico-alchimique contre le devenir machinique et matériel du monde. Mais il « œuvre » et traverse, de manière ironique, cette nouvelle réalité, avec ses pratiques mécaniques, techniques et « scientifiques ».

« À l’ère de la reproductibilité technique », quand l’activité scientifique remplace la magie et l’alchimie et que la valeur « cultuelle » des œuvres cède à leur valeur d’exposition, l’occulte devient Témoins oculistes ; « la clarté divine », la transparence du verre ; l’éther, le gaz d’éclairage. Et l’ésotérisme prend pour masque le banal et le trivial.

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À propos de l’auteur

Youssef Ishaghpour, né à Téhéran (14 mars 1940- 15 octobre 2021), est un essayiste français d'origine iranienne. Il étudie le cinéma à l'École Louis Lumière et à l'institut des hautes études Cinématographiques, l'histoire de l'art ainsi que la philosophie et la sociologie à l'École pratique des hautes études et à la Sorbonne. Docteur ès lettres, il est professeur à l'université Paris Descartes.
Il fut un proche de Lucien Goldmann et de Jean Mitry. Il a publié depuis les années 1960, des essais sur la philosophie, la peinture, la littérature et le cinéma. Son ouvrage majeur est une monographie en trois volumes, (La Différence, 2001), écrit sur trente-sept ans, consacrée au cinéaste Orson Welles, dont il avait découvert l'œuvre à son arrivée à Paris, en 1958.
Association Les Amis de Youssef Ishaghpour

Bibliographie

CinémaKiarostami. II, Dans et hors les murs, Circé, 2012 • Le Cinéma : histoire et Théorie, Farrago, 2006 • Historicité du cinéma, Farrago, 2004 • Satyajit Ray : l'Orient et l'Occident, La Différence, 2002 • Orson Welles, cinéaste, une caméra visible III (Les films de la période nomade), La Différence, 2001 • Orson Welles, cinéaste, une caméra visible II (Les films de la période américaine), La Différence, 2001 • Orson Welles, cinéaste, une caméra visible I (Mais notre dépendance à l'image est énorme...), La Différence, 2001 • Kiarostami : le réel face et pile, Farrago, 2001 • Archéologie du cinéma et mémoire du siècle, dialogue avec Jean-Luc Godard, Farrago, 2000 • Le Cinéma, coll. "Dominos", Flammarion, 1996 • Opéra et théâtre dans le cinéma d'aujourd'hui, La Différence, 1995 • Formes de l'impermanence : le style de Yasujiro Ozu, Yellow Now, 1994 • Cinéma contemporain : de ce côté du miroir, La Différence, 1986 • Visconti : le sens et l'image, La Différence, 1984 • D'une image à l'autre : la nouvelle modernité du cinéma, Denoël, 1982 • Luchino Visconti, signé Yves Guillaume, éditions Universitaires, 1966 /// PeintureHopper, lumière d'absence, Circé, 2014 • Courbet le portrait de l’artiste dans son atelier, L'Échoppe, 1998 ; réédition augmentée, Circé, 2011 • Chohreh Feyzdjou, L’épicerie de l’apocalypse, Circé, 2011 • La Miniature persane : les couleurs de la lumière, le miroir et le jardin, Farrago, 1999 ; réédition augmentée, Verdier poche, 2009 • Duchamp romantique, méta-ironie et sublime, L'Attente, 2008 • Antoni Tapies : œuvres, écrits, entretiens, Hazan, 2006 • Rauschenberg, le monde comme image de reproduction, Farrago / Leo Sheer, 2003 • Rothko, une absence d'image, lumière de la couleur, Farrago / Leo Sheer, 2003 • Staël : la peinture et l'image, Farrago, 2003 • Morandi : lumière et mémoire, Farrago / Leo Sheer, 2001 • Chohreh Feyzdjou : l'épicerie de l'apocalypse, Khavaran, 1998 • Courbet : portrait de l'Artiste dans son atelier, L'Échoppe, 1998 • Poussin, là où le lointain... Mythe et paysage, L'Échoppe, 1996 • Seurat : la pureté de l'élément spectral, L'Échoppe, 1992 • Aux origines de l'Art moderne : le Manet de Bataille, La Différence, 1989 /// Philosophie et littératureShahrokh Meskoob par lui-même (en persan), Khavaran, 2011 • Marx à la chute du communisme : disparition du politique et de l'intellectuel ?, Farrago, 2005 • Le Tombeau de Sadegh Hedayat, Fourbis, 1991 • Élias Canetti : métamorphose et identité, La Différence, 1990 • Paul Nizan : l'écrivain et le politique entre les deux guerres, La Différence, 1990 • Paul Nizan : une figure mythique et son temps, Le Sycomore, 1980 • Lucien Goldmann, Lukàcs et Heidegger, Denoël, 1973 /// PhotographieNuée et pâture de vent, La Différence, 2012 • Au commencement, La Différence, 2010 • Arbres, avec Juliette Grange, Farrago, 2006 • Grèves, rocs et mers, Farrago, 2006 • Proche et lointain, Farrago, 2004


Djinn jaune

par David Lespiau

Colorimétrie mentale

David Lespiau écrit une série de textes sur la couleur jaune dont voici les premiers volets. Un jaune aux multiples symboles et usages dans la langue. Ici la couleur devient un verbe, une vitesse à l’allure de peinture fraîche… Qui s’y colle en garde des traces. Rayon, spectre, synthèse… où le mot poème (sans e) a la forme d’un revolver — sans fin, visant toute métamorphose…

Parution :
Thématiques :
Extrait :

1

Une amibe se désenkyste. Gélule
la phrase encapsule des taches jaunes
entre chaque mot
ce que tu décoques tu le stockes où ?
gin jaune huilé. Allitérations de synthèse.
Formes gravitationnelles
de l’alcool. Des homophonies relevées en bulles
tonic et paille coudée, siphon
urine, foutre et mouille
huile de serpent
yeux mouillés, nez mouché

#

excrétion peinte, jaune,
au-dessus d’un revolver rouge
excrétion d’huile épaissie de sang,
étalée avec la main, les doigts
jaune mental fluide, épais, corporel,
lymphatique blanchi de salive — traîné
un cheval à l’œil jaune, deux personnages
dessus à nez jaunes
acrobate d’un coup d’œil, jaunement :
l’espace blanc est jaune

#

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épaissir la couleur est une façon de réduire
la distance
sans agrandir le tableau
des larves d’insectes posées directement
sur un scanner haute définition
l’impression numérique ou aux pigments agrandie
jusqu’à la taille d’un homme
poisson dans un poisson
tenu entre les mains d’un vieillard
comment on se nourrit dans les abîmes,
sur la lune. Plancton. Lumière intérieure
de la baleine, grotte de chair
éclairée à la bougie dans la graisse
lumière nocturne de Jonas, Job
Jack
sers-moi encore un verre s’il te plaît

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Critiques :Éric Loret dans Djinn jaune a écrit:

Jaune, c’est la couleur de la margarine et de la Poste, voire, vers la fin de ce chant en quatre temps, un « jaune d’autruche bizarrement étranglée ». Djinn, c’est un esprit malfaisant chez les musulmans, dont Hugo a fait un autre poème, mais « gin jaune » à la première page. Le mélange des deux, c’est le sexe plus la peinture qui fait que « le mot poème sans e a la forme d’un revolver / dirringer – gamme à crosses nacre, opaline, marbre, sable, fauve / il n’y en a pas exactement de crème / si la fragmentation du corps intervenait pour ça / des excréments / des macules, un pelage / approchons de là avec suffisamment de pollen pour tout jaunir ». Un texte qui rend « gruté » et réjoui, comme tous ceux de Lespiau, expert en radiographie à « la vitesse de la couleur ».
(Libération, 8 janvier 2009)


À propos de l’auteur

Auteur et traducteur, David Lespiau est né en 1969 à Bayonne. Premiers textes publiés en revue à partir de 1996, puis chez plusieurs éditeurs à partir de 2002 ; une vingtaine de livres publiés depuis. Il a co-dirigé la revue Issue autour de la poésie américaine et s'est engagé dans un travail de lecture critique, notamment pour la revue CCP. Il poursuit plusieurs axes de recherche et d’écriture autour de la poésie et du récit.

Bibliographie

  • équilibre libellule niveau, P.O.L, 2017Carabine souple, L'Ours Blanc/ Héros-Limite, 2016 • Récupération du sommeil, Héros-Limite, 2016 • Nous avions, Paris, coll. "L'Estran", Argol, 2014 • Notes pour rien, Contrat maint, 2014 • Poudre de la poudre, Le bleu du ciel, 2014 • Notes de production, Contre-mur, 2013 • Aluminium, poème Rauschenberg, Argol, 2012 • L'intérieur du jour, Head, 2012 • Un conte (version galicienne : Emilio Araúxo), Amastra-n-gallar, 2013 • 70 je piqués de biais, Lnk, 2013 • 27 réponses, Lnk, 2013 • Nocturne, D-fiction, 2012 • Djinn John, coll. Spoom, L’Attente, 2011 • Férié, postface d’Emmanuel Hocquard, Les petits matins, 2010 • Ouija-Board (version américaine : Cole Swensen ; version allemande : Cosima Weiter) avec des collages de Tom Raworth), Héros-Limite Genève, 2009 • Oh un lieu d’épuisement, Contrat maint, 2009 • Peliqueiros (version galicienne : Emilio Arauxo), Amastra-N-Gallar, 2009 • Scan de felo (version galicienne : Emilio Arauxo), Amastra-N-Gallar, 2008 • Supplément Celmins, Little Single, 2008 • Djinn jaune, coll. Spoom, L’Attente, 2008 • La fille du département Fiction (carnet Hawaii), L’Attente, 2007 • [or est un mot minuscule], coll. "Vade-Mecum", L’Attente, 2006 (H.C.) • Quatre morcellements ou l'affaire du volume restitué, Le bleu du ciel, 2006 • De l'électricité comme moteur, L’Attente, 2006 • La poule est un oiseau autodidacte, L’Attente, 2005 • Réduction de la révolution la nuit, Contrat maint, 2005 • Spirit II, Contrat Maint, 2004 • Autocuiseur, coll. "Vade-Mecum", L’Attente, 2004 (H.C.) • L’Épreuve du Prussien, Le bleu du ciel, 2003 • La poursuite de Tom, Farrago / Léo Scheer, 2003 • La Mort dans l’eau l’âme download (85 polaroïds de plage), Spectres Familiers, 2003 • Opération Lindbergh, Contrat maint, 2002 Parus en catalogues, ouvrages collectifs, anthologies, revues • Jean-François Bory, L’apocalypse de Gutenberg, français/italien, Fondation Berardelli, 2008 • Jean-Luc Parant, L’évasion du regard, Médiathèque Voyelle, 2009 • Poem, Poets on (an) Exchange Mission, français / américain, Fish Drum, New York, 2009 • Textes de création parus dans la Revue de littérature générale n° 2, If  n°14 & 21, Action poétique n°156, Le Cahier du Refuge n°80, Les cahiers de l'Institut d'études Poétiques, Action restreinte n° 2, Hypercourt n° 1, Issue n° 1 à 5, Amastra-N-Gallar n° 13, Fin n° 21, Le Bout des Bordes n° 9/10, Java n° 25/26, Nioques n°3 (3e série), Espace(s) n°4, D’ici là n°1 & 5, Fondcommun n° 1... Participation aux ateliers de traduction collective des poètes américaines Joan Retallack, Kristin Prevallet, Elizabeth Willis (cipM / Un bureau sur l’Atlantique, 2002 à 2007). Traductions pour If n°16 (Reznikoff). Traduction de Light travels, Keith & Rosmarie Waldrop, L’Attente, 2006 Textes critiques parus dans les revues CCP (n°1 à 21), Cinéma n°10, Amastra- N-Gallar n°8 & 12, Critique n°735-736 et Ent’revues n°42.


Ralentir Spider

par Véronique Pittolo

Archéologie du toon

Dans Ralentir Spider se dresse une archéologie du toon, à travers une typologie de personnages issus de l’entertainment. Spiderman est une figure générique raccourcie en Spider pour évoquer le terme anglais speed, speeder : vitesse accélérée. Entre addiction et aliénation, le monde virtuel imprègne l’imaginaire d’un adolescent, et produit d’autres modes d’exploration. Une collusion se produit entre ce monde artificiel et la réalité que l’on perçoit par bribes documentaires.

Parution :
Thématiques :
Extrait :

Les aventures des toons correspondent
aux restes de nos actions,
les choses que nous n’aimons plus,
que nous trouvons inutiles.
Nous recyclons en toon ce qui ne fonctionne plus, rendons vivant ce qui est mort.
Je veux décrire les ravages d’un essai nucléaire, des oscillations qui n’emballent que moi.
Si je veux,  je dessine des horreurs en direct.
Quelqu’un se jette dans le vide
qui pourrait être moi
ou un toon féminin flanqué de son homologue.

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Chaque monstre est accouplé d’un autre monstre, en plus petit.
Je cherche une flore et une faune, impossible,
derrière le hublot mon cou s’allonge, maigre,
je vais piquer le sol.
Au stade liquide des catastrophes, je suis puissant, à dix mille mètres d’altitude, pas déçu.
Sans pilote, il n’y a plus rien.
Jamais une femme ne pourrait conduire un
engin pareil.
Une cagoule pourrait débarquer dans l’ombre
en représailles,
une cagoule pointue, un géant,
le pistolet au bout.

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Critiques :Éric Loret dans Libération a écrit:

«Les aventures des toons correspondent / aux restes de nos actions, / les choses que nous n'aimons plus, / que nous trouvons inutiles. / Nous recyclons en toon ce qui ne fonctionne plus, / rendons vivant ce qui est mort.» Une exploration du monde des héros de BD et jeux vidéo, […] en ce qu’ils déterminent notre imaginaire et nos sens car «quand je lis Rahan, c’est comme si on me caressait la tête (comme ça)». Mais c’est aussi un manuel de vie moderne («Si mon affreux déprime, je lui enlève sa cape, / il tombe, je le remonte») et une mise à l’essai des nouvelles formes de mémoire et de jeux : «Comment raconter une histoire aujourd'hui? […] Sur Homme qui meurt, je tombe sur un genre, une tendance. / je clique, et hors de ma peau, je ne sens rien»
(Libération du 4 janvier 2009)


À propos de l’auteur

Née en 1960 à Douai, Véronique Pittolo est écrivain, critique d’art pour la photographie, elle organise également des expositions (elle a participé aux revues Photographies et Beaux-Arts Magazine) et elle anime des ateliers d'écriture.
Elle "pratique une prose poétique qui intègre le narratif, en laissant au lecteur des possibilités d'interprétation. Il s’agit d’un travail sur la fiction qui prend le plus souvent comme point de départ la notion de personnage. Ses livres peuvent se lire comme des propositions qui réveillent quelque chose chez le lecteur, quelque chose qu'il connaît mais qu'il a un peu oublié".

Bibliographie

À la piscine avec Norbert, Seuil, 2021 • Monomère & Maxiplace, l'Attente, 2018 • Une jeune fille dans tout le royaume, L'Attente, 2014 • On sait pourquoi les renards sont roux, Le Temps des cerises, 2012 • Toute Résurrection commence par les pieds, L'Attente, 2012 • La Révolution dans la poche, Al Dante, 2010 • Ralentir Spider, L’Attente, 2008 • Hélène mode d’emploi, Al Dante, 2008 • Danse à l’école, L’Attente, 2006 • Opéra isotherme, Al Dante, 2005 • Gary Cooper ne lisait pas de livres, Al Dante, 2004 • Chaperon Loup Farci, La Main Courante, 2003 • Schrek, L’Attente, 2003 (Épuisé, repris dans l'ensemble "Une jeune fille dans tout le royaume") • XY ou la Poursuite du Bonheur, Cahiers Ephémérides, 1998 • Héros, Al Dante, 1998 • 29 Poètes françaises, Stock, 1995 • Montage, Fourbis, 1992 /// Œuvres radiophoniquesL’homme et le pantin, mise en voix et vidéo sur le site D – Fiction, 2012 • Hélène mode d’emploi, poème sonore pour deux comédiens, France Culture, 2006 • Toute Résurrection commence par les pieds, Perspectives contemporaines, France Culture, 2008 • Peinture-Écriture à l’hôpital, Sur les Docks, France Culture, 2008 • 1789-2009, fiction, France Culture, 2009 Prix de poésie de la SGDL (société des Gens de Lettres) en 2004 Prix Yvan Goll en 2009