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Flip-Book

par Jérôme Game

Couverture d’ouvrage : Flip-Book
Fiche technique :Prix : 10,00 € EUR
ISBN : 978-2-914688-69-7
Taille : 14,50 x 13,50 cm
Pages : 64

Prose cinématographique
(Livre + CD audio)

Ouvrage épuisé

Ainsi il s’agit de cinéma dans le livre. Le livre devient écran et ceci, comme le dit Jean-Luc Godard, parce que le cinéma projette, et parce que le cinéma consiste en une relation particulière du réel et de la fiction. Dans ce sens, Flip-Book est un livre e-motion dans sa durée juste. Les courts plans séquences s’enchaînent en belle page sans fondu au noir, la phrase trouve sa vitesse et son fluide défilement. Un Flip-Book sans images, ni dessins, ni photogrammes? Oui, un Flip-Book avec des mots. Nous reparlerons de ces lignes car les collures de Jérôme Game résisteront à la tension et au temps, feuilletées en temps réel et la lecture orale de l’auteur sur le CD restitue pleinement la dimension syncopée de cette écriture en mouvement.

Parution :
Thématiques :
Extrait :

Forest est lourd, il est léger. Rentre dans le noir intact, glisse, du noir dans le noir, brillant. Sa peau est mate, son hood épais. Sa grosse silhouette procède du noir, bouge, lentement.

Il longe le mur sur le trottoir, vient se servir, avise un parking protégé d’une grille. Ghost Dog sort une pince de  son hood, fait sauter la chaîne, la Mercedes la Lexus est là brille, silencieusement. Il a un beeper, l’épaisse portière se boucle derrière lui son épaule, son corps est dedans. Le cuir crisse. Il allume le coupé s’extrait du parking dans L.A. désert, glisse, sans un bruit.

Tourne à gauche, tourne encore, à droite, appuie le disc brillant tournoie dans ses doigts, s’insère dans la fente, le vert pâle des vitesses le rap emportent Forest.

L’hélicoptère le suit, tourne à droite appuie. Il file, trace dans L.A. opaque son ombre, rebondit, disparaît.

Critiques :Nadine Agostini dans Cahier Critique de Poésie n°16 a écrit:

Un petit livre comme un clap de début / clap de fin / silence on tourne / l'oeil rivé à la caméra Game voit et revoit les scènes les acteurs le cuir souple des banquettes dans les voitures où ça transpire / les ongles rouges des filles / les lumières dans la nuit les buissons / et hume et sent et se laisse envahir par la chaleur du whisky et se laisse aller tout entier dans le plan dans le film / se laisse aller mais voilà qu'il est au combat et ah mais non dans la voiture avec cette fille qu'on imagine sensationnelle sa peau ses seins et là une autre à genoux lèvres entrouvertes / voitures fermées / décapotables / Ben Gazzara / Gena Rowlands vous y êtes vous êtes à Hollywood / Manhattan vous y êtes / avec lui / dans le peep show / dans la chambre où, sous le Christ en croix, un couple halète / que du bonheur à lire la voix de Game à écouter qui vous glisse dans la gorge comme un bon vieux bourbon. Fascinant.

Nathalie Quintane dans Sitaudis a écrit:

Le Jérôme Game 1 était reconnaissable à ses apnées de la diction dont un texte à trous/ruptures/reprises/apocopes donnait l'équivalent plastique : écriture "expériencée" de manière évidente, presque volontariste, et qui masquait sans doute les glissements sensibles dont elle était capable.

Flip-Book est le livre du spectateur dans le film, voyant qu'il voit le film et débordé par lui. L'hypnose propre à l'expérience de cinéma trouve en Jérôme Game 2 la fluidité coupée de mots/plans la mieux à même de la restituer. (…)


À propos de l’auteur

Jérôme Game est un poète et écrivain français auteur d’une quinzaine d’ouvrages (recueils, essais, roman), de plusieurs CD (de poésie sonore), d’un DVD (de vidéopoèmes), et d’installations (visuelles et sonores). Il lit souvent ses textes en public en France comme à l’étranger, et collabore avec des artistes lors de performances à plusieurs (avec la musicienne électronique Chloé, le metteur-en-scène Cyril Teste, le chorégraphe David Wampach, et le compositeur Olivier Lamarche notamment). Correspondances entre pratiques, questionnements transfrontaliers, dispositifs partagés : c’est dans ces écarts que son écriture explore la consistance des corps, des images, évènements et récits, collectifs ou individuels, via celle des signes et leurs grammaires. Publiés dans de nombreuses revues, ses textes ont été traduits en plusieurs langues (anglais, chinois, italien, japonais notamment) et fait l’objet d’adaptations plastiques et scéniques (dernièrement L.A., par François Sabourin, à la MéCA de Bordeaux en 2020 ; Ovni(s), pièce à l’écriture de laquelle il a contribué pour le collectif ildi!eldi au Festival d’Avignon 2018 ; et Frontières/Borders, exposition à Anima Ludens, à Bruxelles, en 2017). Il vit à Paris et enseigne à la Haute École des Arts du Rhin.
Nominé du Prix littéraire Bernard Heidsieck – Centre Pompidou 2020.

Bibliographie

Album photo, coll. Propos poche, L'Attente, 2020 • Flip-Book & other image-poems (traduction anglaise de Barbara Beck), Barque Press (Londres), 2018 • Salle d’embarquement, coll. Ré/velles, L’Attente, 2017 • Développements, Manucius, 2015 • DQ/HK (livre + 2 CD), L'Attente, 2013 • La fille du Far West, avec Jean-Luc Verna, Fiction n° 12, Musée d'art contemporain du Val-de-Marne, 2012 • Sous influence : ce que l'art contemporain fait à la littérature, Chroniques muséales n° 5, Musée d'art contemporain du Val-de-Marne, 2012 • Poetic Becomings. Studies in contemporary French literature, Peter Lang, 2011 • Ça tire suivi de Ceci n'est pas une liste (livre + CD), Al Dante, 2008 • Flip-Book (livre + CD), L'Attente, 2007 • Sans palmes et sans tuba, Contrat maint, 2007 • Ceci n'est pas une légende ipe pe ce, DVD de vidéo-poèmes, collection "Le Point sur le i", Incidence, Marseille, 2007 • Ceci n'est pas une liste, Little Single, 2005 • Écrire à même les choses, ou, Inventaire/Invention, 2004 • Tout un travail, Fidel Anthelme X, 2003 • Corpse&Cinéma, CCCP Press, 2002 • Polyèdre suivi de La Tête bande, Voix, 2001 • Tension, Fischbacher, 2000


Demi-valeurs

par Virginie Poitrasson

Couverture d’ouvrage : Demi-valeurs
Fiche technique :Prix: 6,70 €
ISBN : 978-2-914688-72-7
Taille : 10,00 x 14,00 cm
Pages : 76

Alerte poétique

En lisant Demi-valeurs, il apparaît clairement en filigrane une tentative objectiviste. Une mise en plis montrée du doigt, pour poser justement le doigt sur une tentative de la tentation. En quelque sorte, Virginie Poitrasson énonce (ou dénonce) dans son poème une certaine manipulation de l’image du corps de la femme ou est-ce tout simplement un procès verbal, un esclandre ? Loin du pathos ou de la leçon de morale, il s’agit là de tailler dans le vif du sujet : De quoi j’me mêle ! Et l’auteur de dire aussi hors texte en expliquant ce qu’elle propose : « Je ne revendique pas une écriture féminine mais je joue des clichés, du dispositif culturel et artificiel qui fabrique une idée de la femme et nous y enferme. Mon écriture procède par détournements pour mieux déjouer les pièges de la féminité. »

Parution :
Thématiques :
Extrait :

épluchures
épluchures
en salive
en contenu
je contiens le contenu, le contenu
le contenu me contient
maintenance
absurde valeur
et à quoi la rattacher ?
comment valider ?
je perds de ma valeur
je perds valeur
englobant
les rapports

#

rictus
prunus
tu auras la primeur
mon vortex suinte
abandonnée
saluée, sobre de raisonnement
et de délibération
j’intellectualise
pas vraiment, enfin
prix
abandonnée
à vrai dire
c’est un éreintement
pic

#

cellulite
spéléologue
que de cavernes
encombrées
que de choses prônées
rideau de vraisemblance
rituel du délestement
en rade
un corps, un bras, un nombril
j’oublie
c’est encore une certitude

#

LIRE PLUS

qui a dit paradis ?
sans foi ni loi
alors
aligné, juste en bas
et tu ne peux rien me prédire
casse-gueule
vérité en déconfiture
pas plus bleue que blanche
valise – m’encombre-t-elle
aussi ?
c’est en pourparler

REGROUPER
Critiques :Christian Désagulier dans Demi-valeurs a écrit:

60 poèmes qui seraient comme le synopsis d'un film XY, durée : 60 minutes. Un calcul de pourcentage de désintéressement en marge des fameuses 120 journées ? L'auteur a décidé de se plier en 2 au raisonnement, de se mettre en position d'écrivain pour intellectualiser la chose. Pas de simagrée, la langue parle avec la bouche pleine d'épluchures, « une contrefaçon du lysrisme / carré blanc / pour mieux dévaloriser / abécédaire / en rhizomes / j'analyse en nombre ». Ce petit livre orange serait-il un exercice de division de la « sujette / en chose », l'écriture, le quotien de ce rapport dominant-dominé, sans retenue (par qui ?) : « pour tout rapport quelle aliénation ? / … / tout est blabla / blabla blabla / j'y tiens ». Une première partie en serait la théaoire, la seconde les travaux pratiques devant la caméra : « ton sexe est mou / ma langue sèche / les mains ligotées / et après ? ». Demi-valeurs, 2 à genoux.
(Cahier Critique de Poésie n°16)


À propos de l’auteur

Virginie Poitrasson est née en 1975. Originaire de Lyon, elle a vécu à la Nouvelle-Orléans, à New York et vit aujourd’hui à Paris. Écrivain, plasticienne, performeuse et traductrice, elle explore les frontières entre les genres et les modes d’expression langagiers et plastiques (sons, vidéos, sérigraphie).
Elle traduit de nombreux poètes américains : Michaël Palmer, Lyn Hejinian, Cole Swensen, Marylin Hacker, Charles Bernstein, Jennifer K.Dick, Michelle Noteboom, Shanxing Wang, Rodrigo Toscano, Laura Elrick, et collabore régulièrement à des séminaires de traduction.

Bibliographie

Entretien avec François Bon

. Tantôt, tantôt, tantôt, éditions du Seuil, 2023

. Une position qui est une position qui en est une autre, LansKine, 2019

Le pas-comme-si des choses, L'Attente, 2018 • Il faut toujours garder en tête une formule magique, L'Attente, 2012 • Vraisemblance du perméable, avec l’artiste Gabriele Chiari, Méridianes, 2011 • « Autour de Pierrette Bloch », dans Le Geste à l’œuvre, collection Beautés, Lienart, 2011 • Journal d’une disparition, Ink #1, 2010 • Écrivains en séries, collectif 133 séries vues par 99 écrivains, saison 2, Léo Scheer, 2010 • Nous sommes des dispositifs, bilingue français-italien, La Camera verde, 2009 • Demi-valeurs, L'Attente, 2007 • Série ombragée, Propos 2 éditions, 2006 • Épisodes de la lueur, L’Atelier du Hanneton, 2004 Traductions Lentement (Slowly), de Lyn Hejinian, collection dirigée par Juliette Valéry, Format Américain, 2006 • Première figure (First figure) de Michael Palmer, co-traduit avec Éric Suchère, José Corti, 2011


Moondog Légende

par Pierre Hild

Biographie fictive

L’auteur indique : Moondog Légende n’est pas une biographie de Louis Thomas Hardin, et si certains faits et personnages sont inspirés de sa vie, d’autres appartiennent à sa légende, d’autres encore n’appartiennent qu’à son rêve de fiction. Avec Moondog Légende, Pierre Hild nous offre la première biographie fictive de Moondog (1916-1999) publiée en France. Un hommage à la mesure de cet artiste de rue pendant plus de 25 ans qui s’habillait en Viking, jouait des percussions faites main (trimbas) et qui édifia une œuvre musicale proche du courant minimaliste (Philip Glass, Steve Reich) s’inspirant des classiques du moyen âge, des Indiens d’Amérique et du jazz. L’auteur, dans son écriture limpide et inventive, retrace un parcours atypique et avant-gardiste. De ses archives et recherches sélectives, une poésie émane, du plus frivole au plus technique dans la variété des registres. La biographie et le récit se font signe à travers le temps. Pour les connaisseurs de Moondog, ce livre sera émouvant et impressionnant. Pour les néophytes, conseil d’ami : ne vous endormez pas avec lui les soirs de pleine lune.

Parution :
Thématiques :
Extrait :

1941 Louis T. Hardin voyage dans l’Idaho où vivent les Indiens Blackfoot. C’est encore le temps du Sundance. Les Indiens chantent et dansent durant plusieurs jours, sans manger. Moondog se tient en retrait avec une petite flûte. Les Indiens dansent. Moondog joue. Les Indiens aiment sa façon de jouer et l’invitent à s’asseoir avec les chanteurs. Puis, il est invité dans le grand teepee. Puis, un indien fait rouler un tom-tom dans le teepee et disparaît. Silence. Moondog pense que les Indiens souhaitent qu’il joue du
tom-tom. Moondog joue.

Critiques :Eric Loret dans Libération a écrit:

Pour ceux qui ne connaissent pas le musicien Louis Thomas Hardin, dit Moondog (1916-1999), ça ne va pas s'arranger. En revanche, le goût de la langue et de la légèreté risque de s'améliorer, avec ce poème en prose mêlant choses peut-être vraies et infos assurément fausses. Où l'on voit Moondog cotoyer Pythagore, Charlie Parker ou William Burroughs en courts paragraphes chronologiques : « 1948. Moondog voit pour la première fois Leonard Bernstein. Une rencontre de hasard, à Santa Fe, dans la rue, sous le soleil. Les yeux fermés, Bernstein se fait cirer les chaussures. — Que fais-tu là, Leonard ? — Je suis en route pour Israël. » Pierre Hild n'évoque pas la grande barbe blanche de Moondog. Il n'en porte pas non plus.
15 janvier 2008

Au jour le jour dans Comment c’est !? a écrit:

Une plaquette séduisante consacrée à Louis Thomas Hardin (1016) alias Moondog. Pas une bio qui cherche à en imposer. Plus ou moins 40 petites pages. Le texte est espacé, aéré. Toutes les années de la vie de Moondog sont égrenées.


À propos de l’auteur

Pierre Hild vit et travaille à Paris. Il collabore régulièrement au Cahier Critique de Poésie.
Pascal Comelade, une galaxie musicale, Le Mot et le Reste, 2017
Moondog légende, L'Attente, 2007


Mon journal pour Nina

par Éric Houser

Couverture d’ouvrage : Mon journal pour Nina
Fiche technique :Prix : 7,50 € EUR
ISBN : 978-2-914688-65-9
Taille : 13,50 x 14,50 cm
Pages : 92

Journal poétique & philosophique

Tu as vraiment de la chance Nina d’avoir un grand-père qui t’écrit un livre pour tes 9 ans. Bon, maintenant tu en as 10 mais tu sais les livres ça peut être un peu long à fabriquer. Ça dépend de beaucoup de trucs, de choses et de machins. Éric a écrit ce livre pour toi mais aussi pour tout le monde et c’est vraiment chouette. En plus, il l’a écrit en dizains, tu sais dix vers par page. Et puis un journal de vacances au pays Basque, ça ne s’oublie pas.
On entend encore le bruit des vagues, non ? C’est important ce qu’il écrit pour toi, il parle de plein de sujets qui nous questionnent tous, la poésie bien sûr, mais c’est quoi la poésie ? Et c’est comment un journal ? Et le temps, il appartient à qui ? Bref, comme disent les savants : Nul n’a jamais su définir la poésie et peut-être est-il facétieux de le faire. Si tu remplaces dans la citation (un peu détournée) le mot poésie par le mot temps ou sable ou ciel ou crevette, et bien c’est un peu la même question quoique différente.
Bon, entre nous, le mieux est que tu lises le livre d’Éric et on en parle si tu veux bien ?

Parution :
Extrait :

c'est mon journal pour Nina
d'habitude c'est pour soi
qu'on écrit un journal
on l'écrit tous les jours
ou pas tous les jours
(mais presque)
on écrit : les choses qu'on fait,
qu'on voit,
des pensées
(parfois des pensées secrètes)

j'ai écrit d'été
entre parenthèses
parce qu'on est en été
qui est la saison des vacances
(comme tu sais)
et que pendant les vacances
on est entre parenthèses
de l'année scolaire (pour toi)
ou du travail (pour moi,
comme aussi pour ton papa)

mais on peut aussi
être entre parenthèses
pendant l'année scolaire
ou pendant le travail
(ça m'arrive)
c'est-à-dire : être là,
mais un tout petit peu ailleurs,
en même temps,
entendre ce que les gens disent,
mais ne pas tout à fait le comprendre

Critiques :Guillaume Fayard dans CCP n°16 a écrit:

Pour une fois qu'Éric Houser écrit "pour" une enfant on se dit que la subtilité de sa poésie nous apparaitra sous un jour plus évident. Mais voilà un journal (d'été (de poésie)). Ce qui déséquilibre un peu les notions : journal, vacances, poésie. Nous avons tous une Nina en nous (qui ne sait pas encore ce qu'est la poésie) comme une autre Nina autour de nous (à qui nous désirons plus que tout au monde expliquer ce qu'est la poésie (comment on ne peut pas la circonscrire si précisément qu'une enfant de neuf ans ne puisse de son côté en faire autant, à ses fins propres, puisque, en définitive, la poésie c'est une question d'usage, par rapport à " " : grandir vivre diminuer – un peu comme la philosophie, ou les tableaux)) : […] je regarde le bassin, / ça ressemble à un tableau / quand il y a des gens dedans / un portrait (de groupe si > 1) / quand il n'y a personne : / un monochrome (bleu)


À propos de l’auteur

Éric Houser est né en 1956, à Lyon. Il a reçu une formation juridique, philosophique, psychanalytique et musicale (piano, musique de chambre). Il vit aujourd’hui à Vanves, aux portes de Paris. Il travaille dans le journalisme et l'édition juridiques. Depuis 2001, il écrit des critiques de livres et chroniques pour Cahier critique de poésie (publié par Farrago / cipM), pour Action poétique (Ivry-sur-Seine), pour L'Humanité et sitaudis.fr. À l’automne 2003, a participé à la septième Biennale internationale des poètes en Val-de-Marne.
Il a traduit en français des passages de Semiramis if I remember de Keith Waldrop (publiés dans la revue Vacarme, n° 41 en 2007 et n° 46 en 2009) et en anglais des extraits de ses propres textes pour la revue Aufgabe. Le titre de son projet actuel d’écriture est Les souffrances du jeune houser, une sorte de roman en poèmes de 12 lignes chacun.

Bibliographie

- Mouvement perpétuel, éditions Nous, 2014 - Hello Ernest, Les Petits Matins, 2013 - Poèmes en langue vulgaire, Action Poétique, 2009 -" je ne suis pas je t’ "(in rup&rud – l’intégrale 1999-2004), L’Attente, 2009 - Mon journal pour Nina, L’Attente, 2007 - Encore vous précédé d’Auto-di-Dax, Les petits matins, 2006 - (le couteau), contrat maint, 2005 - "Sørlandet", Anthologie de la 7e Biennale des poètes en Val-de-Marne, Farrago, 2004 - Somatic limit, Little Single, 2003 - Impressions de Mormoiron, avec Claudine Capdeville, Jacques Jouet & Pierre Laurent, Plurielle, 2003 - "Patch ! (edutec)", Anthologie Autres territoires, Biennale en Val-de-Marne / Farrago, 2003 - Un composte, L’Attente, 2002 - Chapelle & Discrétion (sonate de chambre), Patin & Couffin, 2002 - Sortes scories, coll. "Week-end", L’Attente, 2000


L’ombre des mots qui n’ont pas d’ombre

par Jean-Paul Chague

Couverture d’ouvrage : L’ombre des mots qui n’ont pas d’ombre
Fiche technique :Prix : 7,50 € EUR
ISBN : 978-2-914688-64-2
Taille : 13,50 x 14,50 cm
Pages : 92

Formules grammairiennes
Prix Hercule de Paris 2007

Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère selon Marcel Proust. Avec L’ombre des mots qui n’ont pas d’ombre nous sommes à la terrasse de cette langue, mi-parlée mi-rêvée ou peut-être avec cette langue physique et organique qui parfois nous encombre la cavité buccale. Mais aussi le problème d’écrire ne sépare pas d’un problème de voir et entendre : en effet, quand une autre langue se crée dans la langue, c’est le langage tout entier qui tend vers une limite... C’est Gilles Deleuze qui le dit. Un lieu où à chaque fois ce serait parler et voir pour la première fois, bâti d’énoncés et de questionnements. Certains phénomènes soulèvent des lièvres lorsqu’il s’agit de traduction du français en français. Chasse-spleen pour tout le monde...

Parution :
Thématiques :
Extrait :

un lieu où rien ne se ressemble

trente ans cherchant à le formuler

un lieu où à chaque fois ce serait
parler et voir pour la première fois

l’idée de succession redoutée
pas de récit alors peur peut-être des traces
nul ne se fera l’égyptologue de nos gestes

on ne fait pas de chaque instant une stèle

croyant pourtant à ce qu’on appelait
un « mot d’écrit » mais à quoi le raccrocher
quand l’énumération n’offre qu’une échelle flottante
juxtaposer ces disparates

c’est juste tenter une simultanée verbale

proses erratiques oui et non
ces instants sont des glaçons dans la voix

entre deux corps la distance n’est pas seulement
fonction de leur position     deux corps constants

ne veut rien dire      non plus que le poids des mots
dans la main      vous voudriez ici une histoire

LIRE PLUS

avec émulation d’idées-hirondelles non
on vérifie l’ajustage de l’entendrevoir      quelle mesure
l’échec une composante de tout procédé
pourquoi décrire ce qui est

et que chacun peut voir sinon
qu’il le verra de façon différente

ce qui se forme dans la bouche bâtit la théorie

« clarté dans le sens du silence » dit Oppen
pourquoi si vite les fictions s’éteignent-elles

en réalités ternies par qui les porte

trop sans doute d’oiseaux en fleur
pour ce qui fut là déchiré       mais les oiseaux

oui nous savons dans vos rêves couturiers

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Critiques :Jacques Demarcq dans CCP n°16 a écrit:

Ce livre procède de l'invention d'une forme : à partir d'un octosyllabe, ajouter une dizaine de vers de mesure variable, agencés diversement en strophes (du monostiche au quatrain), le dernier vers pouvant faire chute, et silence provisoire. Ce genre de protocole engendrerait l'ennui, si Chague n'avait mis la superbe d'une forme au service d'une démarche modeste : des poèmes de circonstance, sans plus, attrapant ce qui arrive à la pensée, via des mots lus ou entendus, ou via le vécu, et retraitant, parfois maltraitant ces données pour les rendre au mystère et à la folie de la vie.
Chague est philosophe dans son approche de l'écriture. L'humour, le détachement est son attitude dominante (…).
Les poèmes sont particulièrement réussis quand le décousu des dérapages d'une proposition à l'autre esquisse des rebonds ou des échos, en une danse titubante et tournoyante à la fois (…).

Comme les sonnets de Pétrarque ou Ronsard, les chaguins, pour leur donner un nom, sont le journal de l'activité mentale d'un poète. La relation amoureuse est leur fréquent sujet, autant dire le dépassement de la douleur. Comme les sonnets, les chaguins ne vont que par séries, et souvent s'enchainent, le suivant repartant du précédent pour déborder autrement un même souci. Mieux, au fil de la lecture, on sent Chague apprivoiser sa forme, ou nous apprendre à l'habiter, si bien qu'on est de plus en plus à l'aise dans ses poèmes. Impression rare et agréable.


À propos de l’auteur

Jean-Paul Chague est né en 1939. Deux enfants. Vit à Draguignan (Var).
A été enseignant de philosophie à l’Institut universitaire de Formation des Maîtres.
A été un des membres du collectif Lettres de Casse et membre du comité de rédaction de la revue Hi.e.ms.

Bibliographie

Expansion sans profondeur, L'Attente, 2013 • Une phrase ouverte, Grèges, 2011 • L'ombre des mots qui n'ont pas d'ombre, co-édition Contre-Pied / l'Attente, 2007 • Le traitement des circonstances, Grèges, 2007 • Une tentative d'exténuation, La main courante, 2005 • A.O.C, Contre-Pied, 2005 • Question d'objectif (avec le photographe André Villers), Nan'Nigi, 2003 • L'impensable du corps, La Porte, 2002 • Labiales (avec Jeanine Baude et Michel Carlin), AB éditions, 2001 • Laisse au moins une phrase allumée, Contre-Pied, 2001 • L'île d'elle, Encres Vives, collection "Lieu", 2000 • Ellil, une partition, La Porte, 2000 • L'air du rien, Rougerie, 1998 • Le cri d'Égisthe, Rougerie, 1994 • Le temps fracturé, Rougerie, 1990 • Calendrier du corps, Rougerie, 1988 • Un travail au noir, Rougerie, 1984