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Album photo

par Jérôme Game

Couverture d’ouvrage : Album photo
Fiche technique :Prix: 13,00 €
ISBN : 978-2-36242-091-7
Taille : 12,00 x 16,50 cm
Pages : 144

Photopoèmes
Avec le soutien du Centre national du livre

Traversant le flux des images qu’on produit et reçoit en continu aujourd’hui et sur lesquelles nos yeux glissent à vive allure, ce livre cherche à ralentir notre regard, à lui redonner une prise concrète sur le monde via une multitude de photopoèmes. Ces images-récits sonnent comme des débuts, ouvrent sur des possibles, invitent à faire un pas de côté hors de la frénésie pour retrouver un regard sensoriel et critique. Dans ce livre comme trempé dans du révélateur poétique, un contrechamp s’ouvre à même la photogénie de la globalisation.

Extrait :

(p. 29-33)

En plein contre-jour, on voit la fenêtre du ferry-boat est énorme en biais, sur-éclairée de ciel azur, avec la mer emplissent l’image au centre, repoussant le crâne des passagers sur les bords, en ombres chinoises.

SWIPE

Ça a zoomé. On voit mieux l’immense viaduc enjambant l’estuaire pixellisé à l’extrême au loin, en gris-clair, bien flou, avec un camion plus foncé au milieu et la tour en aiguille de seringue par-derrière, élancée.

SWIPE

On voit toute la partie gauche de l’image est complètement voilée avec les deux gratte-ciel au milieu, en contre-plongée, le ciel bleu là, et les branches sur le côté, saturés. C’est une cité radieuse on dirait, avec coulures de violet, de jaune aussi, de bleu délavés mangent tout le cadre verticalement, les nuages. On sent le soleil très fort en sous-jacent.

Critiques :Alain Nicolas dans l'Humanité a écrit:

Jérôme Game, quand le mot met l'image en pause

On le feuillette, on examine les rectangles bien nets, centrés sur la page. Disposés en mode portrait ou paysage, ils évoquent des scènes parfois bien identifiées, parfois partielles et énigmatiques. « Évoquent », et non « montrent ». « Album photo » n’est pas un livre d’images, mais un album de textes. La poésie, on le sait, entretient avec l’image des rapports complexes. Ingrédient obligé de la « puissance d’évocation » si recherchée à certaines époques, elle a été, à d’autres, reléguée dans le placard des oripeaux de la « vieillerie poétique ». Jérôme Game, qui avait déjà publié des DVD de « vidéopoèmes » pose un regard neuf sur la question de l’image « dans » le texte…

Fabrice Thumerel dans LIBR-CRITIQUE a écrit:

"Au lieu d’être synthétisées pour constituer une vision cohérente, les sensations sont enregistrées au fur et à mesure par une intuition purement empirique : dans notre monde régi par la logique du ressenti, prime la conscience immédiate, un instantanéisme lié à un monde qui vit en accéléré. Le phrasé béhavioriste traduit avec brio au plan phénoménal notre nouveau rapport au monde, immanentiste. C’est en cela que Jérôme Game renouvelle l’épiphanie, un peu à la façon de Michèle Métail dans ses Portraits robots (Les Presses du réel / al dante, 2018), qui, cependant, vise l’archétypal à coups de syntagmes juxtaposés."

Adrien Meignan dans ADDICT-CULTURE a écrit:

"Ce qui ressort de cet Album photo est surtout son inventivité. Jérôme Game se saisit d’un sujet pour produire une forme poétique inédite. Il n’y a pas de discours ni de morale. Nous pouvons en tirer les conclusions que nous voulons. Le poète ne donne pas son opinion et nous laisse libre de l’interpréter. Ce que peut produire Album photo est sans doute une envie de diversifier sa façon de percevoir le monde. L’image confrontée au texte prouve qu’il existe plusieurs moyens de produire du sens."

Sally Bonn dans ARTPRESS N°482 Nov 2020 a écrit:

II fait chaud, voire super chaud, et le ciel est bleu, souvent, dans les images feuilletées et pixellisées du dernier livre de Jérôme Game, Album photo. En une multitude de vignettes d'une réalité sans cesse en mouve-ment, l'auteur saisit le bruissement de notre monde d'images. Dans ses mots, on voit des paysages, des scènes urbaines, des individus, do¬dus parfois. On survole des auto¬routes, des deux fois quatre voies, en avion. Ça vire à gauche; contre¬plongée. On traverse des foules et des carrefours, on voyage en train, on regarde par la fenêtre, on scrute des images publicitaires. On voit et on sent aussi. Sa phrase est brève et souple, précise et sensitive, et, si elle reproduit à dessein le glissement ra-pide des images virtuelles sous les doigts (ce «SWIPE » qui ponctue), elle sait aussi s'arrêter et saisir en un bloc de texte mis en page une odeur, une chaleur, une couleur, un lieu. De vagues indications géographiques que l’on débusque à travers quelques signes, quelques dates, mais ce n'est pas ce qui importe. Ce serait plutôt un saisissement qui relève autant du photographique que du cinématogra-phique dans le double jeu de la ca-méra (en héritier de Duras et de Beckett). L’outil qui sert à voir est pré¬gnant: appareil photo, téléphone por¬table, caméra de vidéosurveillance, et permet de pénétrer plus ou moins dans l'image. Qui tient la caméra, le stylo ? L’élision des pronoms person-nels évite le sujet. Et le lecteur ne sait pas toujours si ce qui est regardé est l'image prise ou le geste de la prise, tant les deux tendent à se confondre. Les rnots glissent et s'en-châssent mais chaque cadre est un précipité de réel. L’Album photo de Jérôme Game poursuit ce geste d'écriture singulier qui est le sien, ce-lui d'une langue-image au plus près du monde.


À propos de l’auteur

Jérôme Game est un poète et écrivain français auteur d’une quinzaine d’ouvrages (recueils, essais, roman), de plusieurs CD (de poésie sonore), d’un DVD (de vidéopoèmes), et d’installations (visuelles et sonores). Il lit souvent ses textes en public en France comme à l’étranger, et collabore avec des artistes lors de performances à plusieurs (avec la musicienne électronique Chloé, le metteur-en-scène Cyril Teste, le chorégraphe David Wampach, et le compositeur Olivier Lamarche notamment). Correspondances entre pratiques, questionnements transfrontaliers, dispositifs partagés : c’est dans ces écarts que son écriture explore la consistance des corps, des images, évènements et récits, collectifs ou individuels, via celle des signes et leurs grammaires. Publiés dans de nombreuses revues, ses textes ont été traduits en plusieurs langues (anglais, chinois, italien, japonais notamment) et fait l’objet d’adaptations plastiques et scéniques (dernièrement L.A., par François Sabourin, à la MéCA de Bordeaux en 2020 ; Ovni(s), pièce à l’écriture de laquelle il a contribué pour le collectif ildi!eldi au Festival d’Avignon 2018 ; et Frontières/Borders, exposition à Anima Ludens, à Bruxelles, en 2017). Il vit à Paris et enseigne à la Haute École des Arts du Rhin.
Nominé du Prix littéraire Bernard Heidsieck – Centre Pompidou 2020.

Bibliographie

Album photo, coll. Propos poche, L'Attente, 2020 • Flip-Book & other image-poems (traduction anglaise de Barbara Beck), Barque Press (Londres), 2018 • Salle d’embarquement, coll. Ré/velles, L’Attente, 2017 • Développements, Manucius, 2015 • DQ/HK (livre + 2 CD), L'Attente, 2013 • La fille du Far West, avec Jean-Luc Verna, Fiction n° 12, Musée d'art contemporain du Val-de-Marne, 2012 • Sous influence : ce que l'art contemporain fait à la littérature, Chroniques muséales n° 5, Musée d'art contemporain du Val-de-Marne, 2012 • Poetic Becomings. Studies in contemporary French literature, Peter Lang, 2011 • Ça tire suivi de Ceci n'est pas une liste (livre + CD), Al Dante, 2008 • Flip-Book (livre + CD), L'Attente, 2007 • Sans palmes et sans tuba, Contrat maint, 2007 • Ceci n'est pas une légende ipe pe ce, DVD de vidéo-poèmes, collection "Le Point sur le i", Incidence, Marseille, 2007 • Ceci n'est pas une liste, Little Single, 2005 • Écrire à même les choses, ou, Inventaire/Invention, 2004 • Tout un travail, Fidel Anthelme X, 2003 • Corpse&Cinéma, CCCP Press, 2002 • Polyèdre suivi de La Tête bande, Voix, 2001 • Tension, Fischbacher, 2000