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Poèmes évidents

par Guy Bennett

Couverture d’ouvrage : Poèmes évidents
Fiche technique :Prix: 12,50 €
ISBN : 978-2-36242-058-0
Taille : 12,00 x 16,50 cm
Pages : 132

Comme son titre l'indique

Les Poèmes évidents ont été écrits dans les derniers mois de la présidence de George W. Bush, et ont été inspirés par les « guerres culturelles » qui caractérisèrent la campagne électorale présidentielle américaine de 2008. Ils imitent la langue et le niveau du discours politique américain de l’époque tel que reflété par les grands médias, et surlignent certains des principes centraux du mouvement « tea party » ascendant (anti-intellectualisme, chauvinisme, islamophobie, patriotisme, racisme, xénophobie) qui se trouvaient alors au centre des débats. Les poèmes ont donc été intentionnellement « nivelés par le bas », dans leur sujet, leur approche rhétorique, et leur style, de manière à être compréhensibles, évidents, en fait, même pour le lecteur le plus anti-érudit.

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Extrait :

Poème anti-intellectuel

Ce poème est contre l’intellectualisme
sous toutes ses formes.

Il rejette les conclusions
de l’analyse et du raisonnement abstraits,
qui vont souvent à l’encontre du simple bon sens
acquis dès la naissance par la plupart des gens.

Il se méfie extrêmement
de quiconque ou de quoi que ce soit
qui n’est pas immédiatement et clairement
compréhensible
et reste sur ses gardes quant aux explications,
élucidations et démonstrations
de toute espèce.

Il préfère la scolarisation à domicile à l’école laïque,
la foi au savoir,
l’opinion à l’évidence,
le divertissement à l’information,
tirer le premier plutôt que poser des questions,
les cowboys aux indiens,
Oprah à l’opéra,
le ketchup au kimchi
et nous à eux.

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Par son égocentrisme inconséquent
et sa suffisance sans fondement,
il s’oppose viscéralement
à tout ce qui n’est pas aussi manifestement évident
que ce poème.

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Critiques :Claro dans Le Clavier Cannibale a écrit:

C'est évidemment jouissif, d'autant plus que l'excès de lisibilité se double d'un petit double-fond qui agit dans l'esprit du lecteur comme un ressort légèrement vicieux, comme si what-you-see n'était pas toujours what-you-got, si vous voyez ce que je veux dire. Mais le fait que le poème devienne le commentateur et l'exemple de ce que son titre énonce/annonce ne relève bien sûr nullement de la potacherie (rappelons d'ailleurs que Bennett a traduit, entre autres, Espitallier, Roubaud, Novarina — c'est donc quelqu'un de sérieux, aussi).

Eric Chevillard dans Le Monde des livres a écrit:

Guy Bennett me semble développer […] deux propositions qui, sans être contradictoires, rendent plus complexe qu’il n’y paraît l’évidence revendiquée. D’une part, en effet, il démontre par l’absurde qu’une langue pauvre n’enfantera jamais que de pauvres idées. […]
Mais, d’autre part, Guy Bennett, s’il dépouille la poésie de toute emphase, de toute éloquence même, s’il la dégrade sous prétexte de lisibilité, s’il la ravale à ces énoncés programmatiques les plus objectifs, ne renonce en rien à ses prérogatives. Nul ptyx pour le coup, dans ces vers, le poète n’a pas même besoin de le préciser. L’absence de ptyx est criante. Et pourtant, un peu à la manière de Duchamp avec ses ready-made, Guy Bennett réaffirme ce privilège du poète qui est de régner par décrets sur le monde.

Alain Nicolas dans L'Humanité a écrit:

Le poète américain propose un ensemble de textes qui s’imposent par une simplicité non feinte et induisent une réflexion sur la poésie qu’on pourrait avec un peu de malice rattacher à Queneau

Philippe Annocque dans Hublots a écrit:

Je me garderai donc bien d’en faire un commentaire, en disant par exemple à quel point, sous l’apparence d’un texte apparemment dépourvu de tout ce qui aux yeux du lecteur en fait un poème, ce poème parvient à se jouer d’une des principales aspirations d’un poème, à savoir devenir un objet en soi-même. Je ne rajouterai pas que l’objet peut donc être ce quasi-rien, à la fois négation de ce qui fait le poème dans l’horizon d’attente du lecteur (j’éviterai par exemple de faire remarquer qu’il ne reste plus du vers dit libre que Je me garderai donc bien d’en faire un commentaire, en disant par exemple à quel point, sous l’apparence d’un texte apparemment dépourvu de tout ce qui aux yeux du lecteur en fait un poème, ce poème parvient à se jouer d’une des principales aspirations d’un poème, à savoir devenir un objet en soi-même. Je ne rajouterai pas que l’objet peut donc être ce quasi-rien, à la fois négation de ce qui fait le poème dans l’horizon d’attente du lecteur (j’éviterai par exemple de faire remarquer qu’il ne reste plus du vers dit libre que l’extrême pauvreté du récurrent retour à la ligne), et affirmation que l’affirmation de soi-même suffit ; je ne décrirai donc pas ce texte et le livre qu’il introduit comme un énoncé performatif d’auto-affirmation poétique, je ne rajouterai pas qu’il suffit donc finalement que le texte se dise poème, soit rassemblé avec d’autres textes qui pareillement se disent tous poèmes (le mot poème étant en effet présent dans tous les titres du présent recueil), dans un livre qui intitulé Poèmes… s’affirme donc, tout aussi performativement lui aussi, comme un recueil de poèmes, la poésie y étant ainsi réduite à l’affirmation d’elle-même.

Jean-Pascal Dubost dans CCP 31-4 a écrit:

En leur extrême lisibilité, les poèmes sont des petites installations d’objets-mots qui, parfois, frisent l’absurde du nonsense ; on se demande s’ils ne sont pas la critique d’un appauvrissement du langage ; mais sont de jouissifs instants de lecture.

Fabrice Thumerel dans Libcritik a écrit:

… Guy Bennett déconstruit le mythe du Poète, tourne en dérision les travers de l'auteur comme du lecteur, dont la relation peut être synthétisée par le couple antinomique narcissisme / voyeurisme.
… on découvre dans ce livre iconoclaste tout l’espace des possibles contemporain. Ses courants : textualisme / lyrisme, poésie visuelle, poésie à contraintes… L'avant-garde... L'expérimental… Ses modes : le trash, la culture pop... Le poème engagé... Les poncifs textualistes : autoréférentialité, autoréflexivité, autotélisme... Ses pratiques : renvois d’ascenseurs, stratégies diverses… Ironique, le texte dévoile les implicites et subvertit le discours dominant : le tout-marketing... La doxa écologiste… Jouissif !


À propos de l’auteur

Guy Bennett vit à Los Angeles et enseigne à Otis College of Art and Design. Il est l’auteur de plusieurs recueils de poésie, diverses œuvres de non-poésie, et de nombreuses traductions. Ses écrits ont paru dans des magazines et anthologies au Brésil, au Canada, aux Etats-Unis, en France, en Italie, au Maroc et au Mexique. Ses traductions récentes comprennent des œuvres de Nicole Brossard, Jean-Michel Espitallier, Mostafa Nissabouri, Valère Novarina, Jacques Roubaud, et Giovanna Sandri. Il est éditeur chez Mindmade Books et co-éditeur chez Otis Books | Seismicity Editions.
Nommé Chevalier de l'Ordre des Palmes Académiques par le ministre français de l'Education en avril 2005.
Poèmes évidents est son premier livre traduit et publié en France.
Bibliographie (en français)
Ce livre, traduit de l'américain par Frédéric Forte & l'auteur, l'Attente, 2017
Poèmes évidents
, traduit de l'américain par Frédéric Forte & l'auteur, l'Attente, 2015