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La route est partout

par Rosmarie Waldrop

Couverture d’ouvrage : La route est partout
Fiche technique :Prix: 14,00 €
ISBN : 978-2-36242-013-9
Taille : 14,50 x 20,00 cm
Pages : 128

Road-poème
Avec le soutien du Centre National du Livre

Cette séquence de quatre-vingt sections consigne le flux de conscience d’une automobiliste filant sur les routes de Nouvelle-Angleterre. Le plan de la réalité extérieure (habitacle, chaussée, paysage) et de la réalité intérieure se télescopent et se chevauchent continuellement faisant du poème une bande de Möbius, un miroir biface promené simultanément le long de la route et de la langue. Les objets se brouillent, leurs contours bavent. La vitesse rend manifeste les limites de nos capacités de perception, l’incapacité de notre vue à saisir les objets. Éparpillement des détails, dissolution du cadre, medium opaque, objet fuyant et sujet instable caractérisent l’anti-paysage qui défile. Plus que tout, nous voyons les panneaux de signalisation qui rompent la continuité de l’écrit et obligent le lecteur à changer de code, du textuel au visuel, et à les articuler comme il peut, tâtonnant pour énoncer leurs instructions et les raccorder au texte. (Abigail Lang)
Ce livre est magnifiquement traduit de l'américain et postfacé par Abigail Lang. Intitulé "The road is everywhere - or stop this body", ce fut le deuxième livre de Rosmarie Waldrop, publié aux États-Unis en 1978.

Extrait :

une question de
non
une simple cigarette effiloche
des analogies tirées
d’un départ trop fréquent
ne laisse qu’une cendre
de mémoire que démangent les mots
dans ma bouche ne naîtront pas à
la transparence désormais close
devant moi
s’accélère
en une illusion solide
alors je tente de changer
de vitesse ou au moins
de parler
la route refait surface
malgré la cigarette
lèche mes lèvres
deux klaxons
et un champ couvert de
fleurs sauvages se retirent
(un signe ?) je n’aime
pas les voitures en troupeaux se meuvent
dans nos cavernes
et la vie que je pensais mienne passe
d’un millimètre
la pointe extrême de
mes attentes

Critiques :Patrice Beray dans Mediapart (31 mars 2013) a écrit:

À la manière de Denise Levertov (anglaise qui est devenue américaine), Rosmarie Waldrop conjugue les influences des poésies allemande et française (Jabès notamment) à celles de l’héritage américain, où la plus prégnante est sans doute celle de George Oppen (…).

Comme l’inventeur de l’objectivisme (poétique), son poème rompt violemment avec l’image analogique des legs poétiques passés, creuse l’espace vierge de la page d’écriture à force de disjonctions, de fragmentations, de ruptures syntaxiques. Son ontologie est historique, le sujet de son histoire est tout dans son écriture. Le prodige de l’invention poétique étant que le monde soit toujours convié à la saisie du temps vécu par le sujet (…)


À propos de l’auteur

Née en 1935 en Allemagne, Rosmarie Waldrop vit à Providence, Rhode Island (États-Unis). Elle est poète, traductrice et, avec son mari Keith Waldrop, co-dirige les éditions Burning Deck depuis 1961. Cette maison d’édition au long cours est un cas unique, un modèle clef dans le monde de l’édition de poésie. Rosmarie Waldrop a traduit entre autres Edmond Jabès, Jacques Roubaud, Emmanuel Hocquard, et plusieurs poètes allemands. Des traductions de son travail ont été publiées en France et dans de nombreux pays d’Europe.
Les livres qu’elle écrit en commun avec Keith Waldrop seraient l’œuvre d’un « troisième Waldrop », qui n’écrit ni tout à fait comme Keith, ni tout à fait comme Rosmarie.

Bibliographie

En français (livres traduits de l'américain)La revanche de la pelouse, (traduit par Marie Borel & Françoise Valéry), éditions de l’Attente, 2012 • La route est partout, (traduit par Abigail Lang), éditions de l’Attente, 2011 • d’Absence abondante, (traduction collective dirigée par Pascal Poyet, de Lavish Absence), contrat maint, 2009 • Dans n’importe quelle langue, (traduit par Pascal Poyet), contrat maint, 2006 • La reproduction des profils, (traduit par Jacques Roubaud), Melville, 2004 (première édition : La Tuilerie Tropicale, 1991) • Pelouse du tiers exclu, (traduit par Marie Borel), Format Américain, 2001 • Pré & con, (traduit par Pascal Poyet), contrat maint, 1999 • Quand elles sont douées de sens, (traduit par Françoise de Laroque), Spectres Familiers, 1989 • Différences à quatre mains, (traduit par Paol Keineg), Spectres Familiers, 1989 • Le mouchoir de la fille du roi Pépin, (traduit par Rosy Pinhas-Delpuech), Liana Lévy, 1989 • Comme si nous n'avions pas besoin de parler, (traduit par Roger Giroux), Terriers, 1980 De Keith & Rosmarie WaldropUn cas sans clef, traduction de Marie Borel et Françoise Valéry, éditions de l’Attente, 2010 • Light Travels, (traduit par David Lespiau), éditions de l’Attente, 2006 • Tome un, (traduction collective Royaumont et Juliette Valéry), Créaphis (Un bureau sur l'Atlantique), 1997 Dans des anthologies ou en revueRoyaumont : traduction collective 1983-2000, Rémi Hourcade, Grâne, pp. 497-503, Créaphis, 2000 • Fenêtre d’accélération, traduit par André Paillaugue, 3ème partie du livre Lawn of excluded Middle (Duration Press, 1993), revue Action poétique n° 160-161, octobre 2000 • Je te continue ma lecture, M. Cohen-Halimi & F. Cohen, P.O.L, 1999 • Une "Action Poétique" de 1950 à aujourd'hui, Pascal Boulanger, Flammarion, 1998 • Le poète d'aujourd'hui (1987-1994), Dominique Grandmont, Maison de la Poésie Rhône-Alpes, 1994 • 20 Poètes Américains (M. Deguy/J. Roubaud), Gallimard, 1980