Sélectionner une page

Paysage zéro

par Sophie Coiffier

Couverture d’ouvrage : Paysage zéro
Fiche technique :Prix: 14,00 €
ISBN : 978-2-36242-070-2
Taille : 14,50 x 20,00 cm
Pages : 144

Recommencements

Traversant plusieurs paysages, réels ou inventés, une narratrice sur le départ tente de croire à un ailleurs, à un lendemain supposé meilleur. Paysage zéro questionne avec humour la possibilité d’habiter un monde désenchanté avec la naïveté de vouloir tout recommencer. Un foisonnement de débuts, d’instants, de retours en arrière et d’arrêts sur image essaie de contrecarrer la prédictibilité du monde, avec le sentiment d’un échec prévu. Ou comment concilier l’idée du bonheur avec le prix du beurre, le happy-end cinématographique, la météo, le Boot Camp

Parution :
Artistes de couverture :
Thématiques :
Extrait :

Un klaxon tonitruant, c’est d’abord, théoriquement, un signe d’impatience. Le signe même qu’on vous attend, en bas ou devant chez vous, à la lisière de ce qui doit vous apparaître comme la phase d’un changement de dimension ou de vitesse et une destination à défaut d’un destin.

LIRE PLUS

Autour du klaxon, il y a la voiture, dont la marque vous importe peu, même si vous n’aimez pas tellement les audi, ni les bmw, encore moins celles aux verres fumés, qui reflètent en passant et la noirceur du ciel, et le secret de l’habitacle, dont vous ne doutez pas un seul instant qu’il doit s’y passer des choses louches, pas avouables, ou même dans un élan de votre imagination vous y devinez un intérieur très vaste, copié sur les banquettes luxueuses des limousines, qui ne devrait logiquement pas tenir dans cette mini chromée. En un éclair, et parce que toute la ville s’est reflétée légèrement concavement dans le miroir noir, vous fantasmez un univers parallèle, avec des cachots et des spas, les cachots d’un côté et les spas de l’autre. Puis la lumière jaillit, celle des phares arrière de la dite auto, qui vous a ébloui de toute son ambivalente et rougeoyante clarté.

Mais revenons à la réalité : un taxi t’attend en bas, pour un nouveau départ. Ou du moins, un départ à nouveau, il serait plus juste de dire cela, car n’est pas toujours gagné ce qu’on suppose être un nouveau départ, au départ, qui bien trop souvent s’achève sur une impression de déjà vu, de déjà arrivé.

Tu te penches à la fenêtre, dont tu perçois une fois de plus et la retenue du parapet en métal xixe, et la joie pour une fois d’être l’être le plus petit de la famille, ce qui t’assure une stabilité plus grande par rapport au sol, de pouvoir sans aucun doute, très souvent, avec un frisson de mauvaise conscience mêlé au carnage intellectuel d’un voyeurisme débridé, reluquer ton prochain dans son quotidien, qui plus est, de haut.

 

(pp. 55-56)

REGROUPER

À propos de l’auteur

Sophie Coiffier est née à Bayeux en 1967. Elle vit et travaille à Paris et Quimperlé. Docteur en arts plastiques, elle a enseigné pendant plusieurs années, dirigé des mémoires de fin d’études et animé des ateliers d’écriture à l’ENSCI (École Nationale supérieure de Création Industrielle à Paris) et à l’Université de Rennes 2, où elle a été maître de conférences. Écrivain et chercheuse indépendante, elle participe à différents projets d’exposition et de publication. Elle vient des arts plastiques, y retourne de temps en temps, les prolonge dans le texte. Elle est chroniqueuse pour le Cahier critique de poésie (CCP) et a notamment publié trois livres aux éditions MIX.

Bibliographie

• Paysage zéro, l'Attente, 2017 • Me and my dog, éditions MIX, mai 2012 • Les ciels , éditions MIX, mai 2009 (avec l’aide du CNL) • Le paradoxe de l’instant , éditions MIX,  février 2007 (avec l’aide du CNL)