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Sanza lettere

par Marie Cosnay

Couverture d’ouvrage : Sanza lettere
Fiche technique :Prix: 13,00 €
ISBN : 978-2-36242-056-6
Taille : 14,50 x 20,00 cm
Pages : 112

Course-poursuite énigmatique

Un basculement intime se produit au moment d’un basculement politique. La narratrice prend la route, rencontre des réfugiés dans une forêt de l’Aude, un voleur de bateau en Méditerranée, une infirmière peu conforme et des squatteurs à Besançon. C’est ça : la narratrice tente de se frotter au monde, de le rencontrer – mais voilà, cela semble vain. Restent les étapes nommées, les Gertrude Stein, Dashiell Hammet, Pere Gimferrer, Jean-Patrick Manchette et Virgile. C’est un road movie, une fuite… Une fille, la narratrice a bel et bien l’impression qu’elle fuit un crime qu’elle a commis et oublié, un corps gît au centre d’une pièce.

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Extrait :

on avait perdu un mot dans les sous-sols, impossible de traverser, le couloir retient toute une généalogie, les uns piétinent les autres dans un espace qui ne s’élargit pas sous la pression des corps, prenant appui sur les genoux et les fesses on cherche l’air en surface cogne au plafond et de corps en corps va jusqu’à ma mort Elle est venue ma mort je ne dis pas ça à cause d’un printemps mais après un trop plein de printemps, de saisons, après une impression sordide, un changement de genre et de cap Transformons les corps entassés dans le hall en lettres Évaporons-nous en récits disais-je Passons par le trou de la serrure mais personne n’y arrivait

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d’autant que le désir de liberté lui-même mourait ; m’agrippant je cherchais dans le hall une idée pour survivre ; il semblait plus que tout autre chose dégueulasse mon élan de survivre ; je m’agrippais à la dégueulasserie c’est-à-dire que malgré la mort qui me fonçait dessus je tenais les rênes

j’avais dans l’idée une mort parfaite parfaitement déboîtée. Tout ce qu’on n’imagine pas couler comme humeurs sur un sol de briquettes rouges coulait et collait, parfait. Je luttais c’est bien ça et pas un fichu poète pour m’aider à récupérer le tout, le porter une fois de plus, le tout, avec des mots du genre : tu vas voir comment ça se passe comment c’est doux et triste mais triste d’une façon attachante, de revenir à vivre

pour ce qui est de la sexualité j’ai été débordée, contre un miroir j’ai jeté mon verre puis quelqu’un gisait féminin sur le sol de briquettes bras en croix le sang en jet puissant surgissait de la blessure au front grosse comme une pièce de vingt centimes, on aurait dit le trou d’une balle, je ne me suis pas retournée, la Peugeot Faut qu’elle roule avait dit Delphine, il est 6 heures du matin et je roule en morte que je suis

(le tombeau était magnifique, de marbre et labyrinthique, chaque pièce doublée d’une autre attenante et semblable quoique grise quand l’autre lumineuse)

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Critiques :Tristan Hordé dans CCP 31-5 a écrit:

Il y a dans l’œuvre de Marie Cosnay une continuité remarquable, au point que chaque livre reprend souvent, discrètement, des détails du précédent.

Joachim Sené dans Remue.net a écrit:

"c’est un road movie et retour, rare forme du genre, comme un circuit automobile, tout en étant drame et donc unités de lieux, il faudrait ajouter le passages aux actes il y a aussi : un chat dédoublé ; un chat seul ou chat mème, un chat miroir sans miroir, comme de Schröndinger, chat et non-chat, sœur et non-sœur, meurtre et pas de meurtre, arme du crime ou pas, les pistes sont quantiques mais la Peugeot est rouge et le livre extraordinaire de concis et de force, de rythme, toute la poésie le berce et trace sa route, avec ces drames antiques qui sont nos nouveaux polars, et l’urgence de tout ça dans cette forme qui prend à la gorge comme autant de plans frénétiques d’un David Lynch sous acide"


À propos de l’auteur

Marie Cosnay vit et travaille au pays basque, elle y enseigne le latin, en collège. Traduit Ovide et Virgile, pour le plaisir. Publie des textes sur le site Des aubes particulières, d’autres textes sur le blog Chroniques, sur Médiapart, d’autres encore paraissent dans le journal en ligne Enbata. Tient une rubrique dans la revue Le matricule des anges.

Bibliographie

Aquero, L'Ogre, 2017 • Cordélia la guerre, L'Ogre, 2015 • Sanza lettere, L'Attente, 2015 • A notre humanité, Quidam, 2012 • Des Métamorphoses, Cheyne, 2012 • Comment on expulse, responsabilités en miettes, Éditions du Croquant, 2011 • Des trains à travers la plaines (avec Claude Chambard, Jérôme Lafargue, Éric Pessan), Atelier in8, 2011 • Ovide : d'Orphée à Achille, NOUS, 2011 • L'Allée du bout du monde, Publie.net, 2010 • La Langue maternelle, Cheyne, 2010 • Quand les mots du récit, Publie.net, 2010 • Noces de Mantoue, Laurence Teper, 2009 (Rééd. numérique. - Publie.net, 2012) • Entre chagrin et néant - Audiences d'étrangers, Laurence Teper, 2009 et Cadex, 2011 • André des ombres, Laurence Teper, 2008 (Rééd. numérique. - Publie.net, 2012) • Je ne pourrai pas venir te voir (ouvrage collectif), Vent d'Ouest, 2008 • Les Temps filiaux, Atelier in8, 2008 • Trois meurtres, Cheyne, 2008 • Déplacements, Laurence Teper, 2007 (Rééd. numérique.- Publie.net, 2012) • Le Chemin des amoureux, Le Bruit des autres, 2007 • Villa chagrin, Verdier, 2006 • Adèle, la scène perdue, Cheyne, 2005 • Que s’est-il passé ?, Cheyne, 2003