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365+1

Poésie d'anticipation

par Thibault Marthouret

Calendrier de l'après

365 portraits d’un « Demain » caractérisé comme un personnage, qui interrogent notre rapport au temps, à la mortalité, mais également nos ressources, nos élans. Deux principes structurent l’ensemble : la série de portraits à l’écriture condensée, et l’anaphore déployée à l’échelle du livre dont chaque poème débute par le vers « Portrait de Demain… ».
Entre calendrier de l’Avent dévoyé et anti-horloge de l’apocalypse, les niveaux de subjectivité se mêlent pour insuffler de l’énergie à l’ensemble. Une énergie destinée aux lecteur.rices afin qu’iels se sentent inspiré.es pour créer ce « +1 », ce Demain qui n’est pas contenu dans le livre.

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Parution :
Artistes de couverture :
Thématiques :
Extrait :

001.
Portrait de Demain
en ours polaire
à l’encre sympathique.

002.
Portrait de Demain
en débris de fusée,
en infime probabilité
d’impact sur zone habitée,
en risque infinitésimal
de dégâts humains,
l’infini sidéral
livré sur ton palier.

003.
Portrait de Demain
en grain de poivre
dans une mer de lait.

004.
Portrait de Demain
en mûre granulée, juteuse, sucrée,
un nuage noir au goût d’été
qui éclate sur tes lèvres.
Tantôt Demain se détache du ciel,
tantôt tu dois le dénicher,
plonger le bras dans le roncier.

005.
Portrait de Demain
aux pupilles dilatées,
tremblant derrière le rideau de scène.

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006.
Portrait de Demain
en grain de sel
échoué sur l’immensité
de la toile cirée verte.

007.
Portrait de Demain
en oiseau assommé,
à terre, gisant, inerte.
Il aura volé dans tes cornées de verre.

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Critiques :Dominique Boudou dans JACQUES LOUVAIN a écrit:

"Le futur au passé" n'est pas que "l'apanage des romanciers". Les murs murmurants de Beaumarchais et Hugo, accoisés, n'ont pas fini de saigner à blanc le bonheur exsangue. En ce sens, le livre de Thibault Marthouret est éminemment politique.

Et le politique s'exprime d'abord dans le quotidien ordinaire et infra-ordinaire. L'index thématique rédigé par l'auteur en atteste.

Traction-Brabant dans Poésiechroniquetamalle a écrit:

S'il s'agit là de "poésie d'anticipation", je crois qu'on peut mettre dans cette expression toute la distance de l'ironie. Toute la distance pour se rapprocher du réel. Car "poésie d'anticipation" ne signifie pas surtout science-fiction. Si l'anticipation existe, elle découle directement du présent.
Ce n'est certainement pas un appel à la révolte, mais plutôt, et plus simplement, un appel à appréhender le monde dans son immédiateté et sa richesse.

Claude Vercey dans Décharge a écrit:

Au fil des poèmes, Demain se transformera en débris de fusée, en grain de poivre / sur une mer de lait, en mûre granulée, juteuse, sucrée… Et j’ai déjà tourné la première page, je vous laisse, lecteur et lectrice, découvrir vous-même la suite de ce qui s’affirme d’abord comme un exercice d’imagination appliquée. Au fur et à mesure que se développe la construction, les poèmes – vers non mesurés – s’étoffent tout en restant pour la plupart, d’une longueur modeste, prennent substance, inventent leur propre mode d’emploi, tel que l’auteur en prend finalement conscience et peut ainsi la décrire, avec toujours la même verve

Sorento dans Babelio a écrit:

Nouveau livre de Thibault Marthouret dont j'avais aimé "Les enfants masqués", cette fois aux éditions de l'Attente (Rémi Checchetto, Marie Cosnay, Jean-Michel Espitallier, Laure Limongi...). Celui-ci est très différent. Il décline en 365 textes le principe du "portrait de Demain". Tous les courts poèmes de ce livre qu'on pourrait qualifier d'"oulipesque" commencent par "Portrait de Demain en..." et évoquent l'avenir bien sûr, tour à tour sombre, lumineux, cocasse, mais aussi notre rapport au temps (coups de griffes donnés à l'obsession de patrimonialisation française et la sclérose en cours). L'écriture est fine, précise, pleine de télescopages qui font mouche, et le ton, souvent drôle et sans concession, sait se faire tendre et vulnérable quand il le faut. Enthousiasmant !


À propos de l’auteur

Photo © Franck Pruja, 2024

Né à Vichy en 1981, Thibault Marthouret vit et travaille aujourd’hui à Bordeaux. Sa poésie a été accueillie dans une quarantaine de revues et il a publié aux éditions Abordo, l’Atelier de l’agneau et le Citron Gare. Il collabore fréquemment avec des photographes (Lisa Gervassi, Magali Lambert) et des musiciens (Tana Barbier, Jean-Sébastien Noël). Il a dirigé des ateliers d’écriture auprès de publics variés et enseigne l’anglais de spécialité en tant que professeur agrégé au sein de l’Université de Bordeaux.

Bibliographie

365+1 – Poésie d'anticipation, collection « Alimage », l'Attente (2024) • En perte impure, illustré par Laure Chapalain, Le Citron-Gare (2013) • Qu’en moi Tokyo s’anonyme, préfacé par Patrick Autréaux, Abordo (2018) • Smog rosé, Atelier de l’Agneau (2021) • Les enfants masqués, Abordo (2023)


Untoten

par Éric Pessan

Le retour du mort-vivant


Le temps d’une nouvelle, Éric Pessan nous entraîne dans un quotidien qui bascule brutalement dans le fantastique. Tout commence par une banale agression dans un train de banlieue… Entre foule indifférente et migrants résilients, Untoten embarque dans un voyage troublant qui questionne les certitudes bien-pensantes. Indispensable pour, un jour, peut-être, savoir renaître.

 

Lecture d'un extrait par l'auteur

Extrait :

(p. 9-10)
Au fil des années, le geste est devenu un petit rituel inconscient : l’index et le majeur de la main droite se portent au poignet gauche et écoutent battre le sang. Le geste est machinal ; trouver la veine, exercer une légère pression et la sentir pulser se fait sans réfléchir, il n’y a plus besoin de chercher, les doigts se posent d’emblée pile au bon endroit, là où la peau semble plus fragile, plus fine.
Souvent, vous écoutez battre votre cœur, vous n’avez jamais porté de montre-bracelet, vous boutonnez rarement les manches de vos chemises, la veine est libre et l’évidence de votre pouls vous rassure : quelque chose encore vit en vous, la pompe fonctionne, le sang circule, la mécanique se maintient.
Vous avez si souvent l’impression d’être mort que vous vous étonnez parfois de ce que le cœur ne renonce pas.
Cahoté, vous vous laissez emporter, vous avez déniché une place assise à l

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étage de ce RER, les passagers se tiennent au-delà du brouillard dont – par défense ou indifférence – vous savez si bien vous entourer : des silhouettes, des figurants sélectionnés par un chef opérateur consciencieux de capter en arrière-plan une fresque sociologique la plus réaliste possible : des hommes des femmes des adolescents des personnes racisées issues de l’immigration des grands des petits. Plusieurs langues sont parlées alentours, même si – dans leur écrasante majorité – les gens se déplacent seuls et se taisent. Vous voyagez dans la cohue ordinaire. Vous n’avez pas d’écouteurs, vous ne jouez pas sur un téléphone, vous ne lisez pas des courriels ni ne distribuez des pouces ou des cœurs sur les réseaux sociaux, vous attendez, flou, que le trajet, indécis, s’achève. À dire la vérité, vous n’avez aucune idée de l’endroit où vous vous trouvez, vous allez d’un point A – où s’est tenue une fastidieuse réunion avec des élus municipaux ne voulant rien entendre – à un point B, une gare – où vous prendrez un métro pour vous rendre à une autre gare, où vous monterez dans un TGV qui vous conduira à une gare lointaine, où vous attendrez un bus qui vous laissera en bordure du périphérique, où vous retrouverez le véhicule garé ce matin aux alentours de 6h pour regagner votre domicile dans le bourg d’un village de banlieue. Ces allers et retours incessants entre votre maison et les villes nouvelles d’Île de France font partie des charges de votre emploi. Deux à trois fois par mois, vous vous déplacez pour aller rencontrer des élus, des agents territoriaux, des maires parfois.
Votre corps cette après-midi est particulièrement épuisé, vous peinez à ne pas fermer les yeux, à résister au tangage irrégulier du train.

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Critiques :Hugues Robert dans Librairie Charybde a écrit:

Publié en avril 2023 aux éditions de l’Attente, « Untoten » est peut-être bien l’un des textes les plus saisissants, à ce jour, d’Éric Pessan, qui a pourtant rarement manqué de nous surprendre et de nous réjouir au fil de ses chemins de traverse littéraire ces dernières années...

Sébastien Brebel a écrit:

Moi aussi je recommande absolument la lecture de Untoten, livre aussi étrange que dérangeant, porté par une écriture phénoménologique qui peut rappeler la Modification de Butor dans les premières pages de ce récit et nous entraîne par la suite dans un crépuscule de fin de monde. Envoûtant et sombre (comme j’aime) !
Sébastien Brebel

Yves Mabon dans LYVRES a écrit:

L'écriture d'Eric Pessan est comme toujours, fine, délicate, élégante, précise et belle. Mais qu'il va m'être difficile d'en parler, tant il est dense et m'a chamboulé.

Lecteurs dans Babelio a écrit:

Ce texte dans lequel l'auteur s'adresse à l'homme en le voussoyant est magnifiquement écrit. L'écriture d'Eric Pessan est comme toujours, fine, délicate, élégante, précise et belle. Mais qu'il va m'être difficile d'en parler, tant il est dense et m'a chamboulé.


À propos de l’auteur

Photo © Mélio Pessan

Né en 1970, Éric Pessan est écrivain et dramaturge, il écrit des romans, de la poésie, des récits, des textes pour la jeunesse, du théâtre, des fictions radiophoniques. Passionné d’espace, il collabore depuis 15 ans avec l’Observatoire de l’Espace, le laboratoire culturel du Centre National d’Etudes Spatiales. Il est l’auteur d’une cinquantaine d’ouvrages où il explore ce qui le questionne, l’effraie, le scandalise ou – au contraire – lui donne la force d’avancer.
Il est membre du comité de rédaction de la web revue remue.net et de la revue Espace(s) éditée par l'observatoire de l'Espace (centre national d'Études Spatiales).
Prix NRP (Nouvelle Revue Pédagogique) de littérature jeunesse pour son roman Aussi loin que possible en 2015.
Grand Prix SGDL (Société des gens de lettres) du roman Jeunesse pour Dans la forêt de Hokkaido en 2018.

Bibliographie

Untoten, L'Attente, 2023 • Le long des fissures (avec Patricia Cartereau), l’Atelier contemporain, 2023 • Samedi (avec Christian de Massy), Patayo, 2022 • Qui verrait la Terre de loin, Fayard, 2022 • Rien dans mon enfance, L’Œil ébloui, 2022 • Le Poème de Fernando, Thierry Magnier, 2022 • Dino et la fin d'un monde, L’École des loisirs, 2021 • Teenage Riot (avec Olivier de Solminihac), L'École des loisirs, 2021 • La Gueule-du-Loup, L'École des loisirs, 2021 • Tenir debout dans la nuit, L’École des loisirs, 2020 • … ou bien, je me trompe ?, N'a qu'1 Œil, 2020 • Biji (livre aléatoire numérique), La Marelle, 2020 • Photos de famille, L’Œil ébloui, 2020 • L’homme qui voulait rentrer chez lui, L’École des loisirs, 2019 • La connaissance et l'extase, L'Attente 2018 • Quichotte, autoportrait chevaleresque, Fayard, 2018 • De si beaux uniformes, Espaces 34, 2018 • Un chagrin d’amour avec le monde entier (avec Virginie Sauvageon), Le Chemin de fer, 2017 • Dans la forêt de Hokkaido, l’École des loisirs, 2017 (Grand Prix SGDL Jeunesse) • Pebbleboy, l’École des loisirs, 2017 • La plus grande peur de ma vie, l’École des loisirs, 2017 • La Nuit du second tour, Albin Michel, 2017 • Lettre ouverte au banquier séquestré dans ma cave depuis plusieurs semaines, Éditions Le Réalgar, 2016 • Sang des glaciers, La Passe du vent, 2016 • Parfois, je dessine dans mon carnet, L'Attente, 2015 • En voie de disparition (essai), Al Dante, 2015 • La hante (avec Patricia Cartereau), L’atelier contemporain, 2015 • Aussi loin que possible (roman jeunesse), l’École des loisirs, 2015 • Cache-cache (théâtre), l’Ecole des loisirs, 2015 • Le démon avance toujours en ligne droite, Albin Michel, 2015 • Demande de remboursement des livres pour cause de non-conformité avec ce que l'on peut attendre de la littérature (hors commerce), L'Attente, 2014 • La fille aux loups (avec Frédéric Khodja), Le Chemin de fer, 2014 • Le syndrome Shéhérazade, L'Attente, 2014 • Et les lumières dansaient dans le ciel (roman jeunesse), L’École des Loisirs, 2014 • Muette, Albin Michel, 2013 • Ôter les masques, essai sur Shining de Stephen King, Cécile Defaut, 2012 • N (avec Mikaël Lafontan), Les Inaperçus, 2012 • Plus haut que les oiseaux (roman jeunesse), L’École des Loisirs, 2012 • Quelque chose de merveilleux et d'effrayant, roman jeunesse, avec Quentin Bertoux, Thierry Magnier, 2012 • Monde profond, L'atelier In-8, 2012 • Dépouilles, roman-théâtre, L'Attente, 2011 • La grande décharge, théâtre, L’Amandier, 2011 • Sexie conférencière, Derrière la salle de bains, 2011 • Croiser les méduses, L'atelier In-8, 2011 • Incident de personne, roman, Albin Michel, 2010 • Moi, je suis quand même passé, poésie, Cousu Main, 2010 • Tout doit disparaître, théâtre, Théâtre Ouvert, 2010 • La nuit de la comète, nouvelles, Cénomane, 2009 • Cela n’arrivera jamais, roman, coll. "Fiction & Cie",Seuil,  2007 • Une très très vilaine chose, roman, Robert Laffont, 2006 • Les géocroiseurs, roman, La Différence, 2004 • Chambre avec Gisant, roman, La Différence, 2002 • L’effacement du monde, roman, La Différence, 2001 réédition en poche (collection Minos-2004) /// Fictions radiophoniques La grande décharge (2011, France Culture) • La plus heureuse entre toutes les mères (2009, France Culture) - La grande enseigne (2008, France Culture) • Dépouilles (extraits) (2006, France Culture) • Demain matin, la lune (2005, France Culture) • Seuls mes yeux (2005, France Culture) • Le syndrome de Münchhausen (2004, France Culture) • La Signature (2003, France Culture)


Discographie

par Frédéric Forte

Formes poétiques nourries de formes musicales (reparution)

Comment écrire un livre de poésie quand on a passé son temps à écouter de la musique ? En composant sur la page des quatuors à cordes qui se la jouent Bartók ? En prenant les lyrics de Tom Waits pour parole d’évangile ? En racontant les aventures d’une harmonie municipale qui aurait trop lu Queneau et trop entendu Ayler ? En fabriquant des poèmes-accordéons pour les musiciens du Rouergue ? En tirant de pochettes d’album matière à une fantaisiste anthologie de la musique bulgare ? Découvrez tout cela dans ce livre en 5 parties titrées "Sept quatuors à cordes"; "Who are you (3:54)"; "Quatorze pièces faciles pour harmonie municipale"; "a,o,é,on"; "Anthologie de la musique bulgare vol. 2".

Voir l'image de couverture

Les poèmes de Discographie ont été écrits entre septembre 1999 et le printemps 2000. Les éditions de l’Attente en ont d’abord publié deux séquences dans leur collection Week-end – « Who are you (3:54) » en juillet 2001 puis « Anthologie de la musique bulgare vol.2 » en janvier 2002 –, avant d’éditer l’ensemble à l’été 2002 en compagnie de mon deuxième livre, Banzuke. Un peu plus de vingt ans après, Discographie reparaît sous une nouvelle couverture de jeune premier. — FF

 

Lecture d'extraits choisis par l'auteur (in "Anthologie de la musique bulgare vol. 2", pp. 107,109-112, 116)

Parution :
Artistes de couverture :
Thématiques :
Extrait :

I (Formes)

Formes prenant l'air pavés
sonnants et trébuchants mains
que l'on tourne nuage froid
écharpes

Formes assises sur un banc
vert chien pissant contre
un réverbère nuage jaune
de fumée

#

Formes aux fenêtres regards
jetés sur les passants ronron
des radiateurs et sur la chaîne
un disque mat

Formes en ruelles contre-
jour découpant coupe-gorge
silhouette galop ou vieillard
assombri

#

II (Pierres)

Le premier lance une pierre
et attend puis lance une autre
pierre et une autre et une
autre pierre

Le deuxième lance une pierre
et attend attend une autre
pierre et renvoie la pierre
à l'envoyeur

#

Le troisième ne lance pas
de pierre ne renvoie pas de
pierre à l'envoyeur qui n'a
pas lancé

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Le quatrième ne lance pas
et attend une pierre d'un
envoyeur qui lancerait la
pierre éventuelle

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Critiques :dans Lettres d'Aquitaine (février-mars 2003):

Un livre de formes, (…) qui emprunte en premier lieu, au modèle physique du quatuor à cordes le positionnement dans l’espace et, à la forme classique, la division en mouvements. Suit la traduction condensée des 90 folk songs qui composent les six derniers albums de Tom Waits, puis vient "Quatorze pièces faciles pour harmonie municipale", qui pourrait être une quatorzine, forme inventée par Raymond Queneau par extension de la sextine. ‘Rapatitata boum boum’. a, o, é, on, 9 poèmes en forme d’accordéon, suivi d’un Anthologie de la musique bulgare, volume 2, onzains de prose. Enfin, Signe de renvoi et Quelques précisions. Frédéric Forte oulipien? Certainement.

Adrien Meignan dans LA VIE SANS PRINCIPE a écrit:

Tout est explicite dans Discographie (car expliqué dans les dernières pages) et c’est un livre réjouissant pas seulement parce qu’il redonne de la vitalité aux pratiques oulipiennes, mais aussi parce qu’il incite son/sa lecteurice à abandonner son dévouement durant la lecture au profit du plaisir qui peut être pris. Traverser un livre n’est pas porter tout le poids de l’auteurice sur les épaules. Iel ne nous surveille pas et nous pouvons nous permettre d’effectuer sciemment des erreurs d’interprétation comme je l’ai fait avec le quatuor à cordes n°5 de Bartók et Forte.

Alain Nicolas dans L'Humanité.fr a écrit:

Séquelle #40

Poésie etc. Musique

De Tom Waits à Bartok en passant par les accordéonistes du Rouergue et les harmonies municipales, comment remettre à sa place la musique, populaire ou savante, en poésie ? Avec Discographie, Frédéric Forte propose une nouvelle approche, malicieuse et inventive.

Discographie
de Frédéric Forte
L’Attente. 128 pages, 11 euros

Sept quatuors à cordes, quatorze pièces pour harmonie municipale, quatre-vingt-dix folk songs de Tom Waits, neuf poèmes en forme d’accordéon (du Rouergue), c’est peut-être ça la musique en poésie. Entendons-nous : si l’on s’accorde sur le lien originel de la musique et de la poésie, si l’on aime souligner la musique des mots, le rythme des vers, la profondeur du chant des poètes, il y a une autre façon de parler musique qu’en lançant comme Musset « Poète prends ton luth ».

La musique en poésie, ce peut être alors ces quatre petits blocs de texte, quatrains répartis sur la page comme les quatre pupitres des musiciens d’un quatuor, du premier violon, à gauche au violoncelle à droite. Comme pour faire l’hypothèse que le sens de l’écriture pourrait aller du plus aigu au
plus grave.

« Formes prenant l’air pavés »

Est-il écrit dans les premières lignes du premier quatrain, ou si l’on veut des premières « mesures » de la « partition du premier violon ». On lira celles des autres « instruments »

« Formes assises sur un banc »
« Formes aux fenêtres regards »
« Formes en ruelles contre-jour »

Frédéric Forte installe ainsi une sorte d’harmonie entre les blocs de texte, où l’unisson se met à diverger au fur et à mesure que le thème se développe, sans cependant que les différentes lignes se perdent de vue. Le mode de dialogue interne à la page peut varier, comme dans le mouvement « Étapes » du premier quatuor qui expose plusieurs moments d’une course cycliste, ou « Garage », qui renvoie à différents états d’un lieu partagé entre ordre et désordre. Un jeu à lancer et recevoir, comme dans le premier quatuor, le mouvement « Pierres ».

La lecture de ces « Sept quatuors à cordes » – les six de Bela Bartók plus un, précise l’auteur- montre la variété de sa thématique comme la finesse des jeux de forme et de composition, de typographie et de ponctuation, depuis la variation du même jusqu’à la narration classiquement enchaînée, en passant par l’expression émue de la simple contemplation amoureuse :

« Toi dans ta robe et tes
yeux de charbon moi
partagé entre le regard
et te déshabiller »

Il y a beaucoup à découvrir dans ce livre de quatuors, une fois entré dans le dispositif, qui se laisse pénétrer aisément, et qui laisse au lecteur le plaisir des trouvailles. Il suffit de se prendre au jeu.
« Jeu » : le mot vient naturellement à l’esprit en présence des textes de Frédéric Forte, et s’accorde aussi bien à la musique qu’à son approche de la poésie, jeu sérieux comme il est de règle à l’Oulipo(*) dont il est membre.

On trouvera ainsi dans « Who Are You (3 :54) » une extraction de la substantifique moelle de 90 chansons de Tom Waits appartenant à six albums (de Swordfistrombones à Mule variations pour ceux qui aiment, et pour les autres, qui découvriront et –forcément- aimeront). À raison d’un fragment de vers traduit par chanson, (« grande ville sombre lieu » pour « big dark town » dans « Underground », première chanson du premier album) l’ensemble constitue un portrait sévèrement buriné du chanteur et une bonne réponse à la question « Who are you ? ». Se lit en 3 minutes 54 secondes.

On aimera beaucoup « a, o, é, on », 9 poèmes en forme d’accordéon, dont la forme évoque le « coup de soufflet » de l’instrument, avec un buisson de cinq mots au début et à la fin de chaque poème, comme les doigts de l’instrumentiste, séparés par les quelques mots, avec lesquels ils dialoguent, d’un titre issu de la discothèque des accordéonistes du
Rouergue.

« Ma petite bourrée »
ou
« Le Rossignol »
ou encore
« La bas le long de la rivière »

Comme pour Tom Waits, nous sommes bien dans une discographie.

Plus savantes, les inattendues « Quatorze pièces faciles pour harmonie municipale », composées selon un procédé très oulipien, la « quenine », règle de permutations basée sur les « nombres de Queneau », -ici le 14. L’auteur en donne la clef, heureusement pas indispensable pour savourer la restitution de l’atmosphère des orphéons et des kiosques à musique, le
charme désuet des inaugurations « troisième république » où sous le martellement de la grosse caisse les cuivres s’époumonent en plein vent.

On laissera enfin planer le mystère sur l’étrange « Anthologie de la musique bulgare » qui comme le dit l’auteur n’a « qu’un lointain rapport avec la Bulgarie ».
Mais faut-il qu’il y ait un rapport ?

Alain Nicolas


À propos de l’auteur

Frédéric Forte est né en 1973 à Toulouse et vit à Paris. Il a joué de la basse dans des groupes de rock avant de se tourner vers la poésie à la fin du siècle dernier. Depuis 2005, il est membre de l’Oulipo et il co-dirige actuellement le Master de Création littéraire du Havre. Ses initiales sont aussi celles de «formes fixes» dont il aime explorer les potentialités…

Bibliographie

De la pratique, avec des dessins de David Enon, L'Attente, 2022 • Nous allons perdre deux minutes de lumière, P.O.L, 2021 • Été 18, L'Usage, 2020 • Dire ouf, P.O.L, 2016 • Bristols, les mille univers, 2014 • 33 sonnets plats, L'Attente, 2012 • Re-, NOUS, 2012 • Une collecte, Théâtre Typographique, 2009 • Comment(s), L’Attente, 2006 • Opéras-minute, Théâtre Typographique, 2005, 2017 • N/S (avec Ian Monk), L’Attente, 2004 • Banzuke, L’Attente, 2002 • Discographie, L’Attente, 2002, 2023 /// Traductions • Guy Bennett, Œuvres presque accomplies, L'Attente, 2018 • Guy Bennett, Poèmes évidents, L'Attente, 2015 • Michelle Noteboom, Hors-cage, L'Attente, 2010 • Oskar Pastior, 21 Poèmes-anagrammes (co-traduit avec Bénédicte Vilgrain), Théâtre Typographique, 2008


Virgule

par Samantha Barendson

Couverture d’ouvrage : Virgule
Fiche technique :Prix: 13,00 €
ISBN : 978-2-493426-10-9
Taille : 15,00 x 21,00 cm
Pages : 118

Une vie en suspens

Coma en espagnol signifie également virgule. J’aime cette idée de pause, de court temps d’arrêt, de respiration, avant de passer à autre chose. Ton coma ne sera pas trop long, le temps d’un soupir, tu traversais la rue virgule, tu te réveilles et souris point. Tu diras Où suis-je ? et je répondrai Tu as traversé la rue et tu as atterri dans ce lit. La vie reprendra son cours et nous pourrons rire de cette absurde mésaventure, de cet accident typique du XXIe siècle, nous repenserons à tous ces touristes tombés connement en reculant au bord d’une falaise pour prendre un selfie.

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Lecture d'un extrait par l'autrice (audio seul)

Parution :
Artistes de couverture :
Thématiques :
Extrait :

Drôle d’époque, nous sommes devenus des hommes modernes augmentés, nos bras se prolongent vers des écrans, nos pouces s’agitent sans cesse pour passer d’une nouvelle importante à une image rigolote, notre cerveau analyse quantité d’images sans filtre, nos yeux voient des corps explosés dans des pays en guerre, des petits chats mignons qui ronronnent, des sexes exposés comme des œuvres d’art, des poèmes cucul, nous ingurgitons sans discernement violence, mauvais goût, beauté, images, vidéos, textes, infos, intox, politique, culture, faits-divers, guerres, opinions, ego-portraits, food-porn, hoax, notre cerveau au bord de l’implosion, nos yeux rougis par les écrans bleus et le bruit inaudible d’une voiture qui approche à toute vitesse lorsque tu poses ton pied droit sur les lignes blanches du passage piéton, trop tard pour freiner, trop tard pour éviter l

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impact, ton corps qui vole pendant quelques secondes dans les airs, ta main qui ne lâche pas le téléphone que l’on retrouvera intact dans ta paume inerte, du sang sur tes tempes, tes vêtements abîmés, marionnette connectée à la 4G. Petit con. Tu n’as pas intérêt à mourir.

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Critiques :Denis Billamboz dans CritiquesLibres a écrit:

Ce livre est un puissant plaidoyer contre le mariage traditionnel qui enferme les protagonistes dans un cage de conventions, de règles, de convenances sociales, de coutumes et d’usages, , …, pour le mariage pour tous, pour la PMA mais aussi pour l’amour sans sexe, l’amitié profonde débarrassée de toute contrainte de sexualité et d’exclusivité.

Eric Pessan dans BLOG a écrit:

Jour après jour, la narratrice se rend à l’hôpital pour parler à Léonard, il est dans le coma, il a été renversé alors qu'il traversait la rue en regardant l'écran de son téléphone. Infirmières et soignants pensent qu'elle est la compagne du patient, elle laisse penser, elle est simplement sa meilleure amie, elle n'a aucun vrai droit de visite. Monologue après monologue elle retrace sa vie, celle de Léonard, son homosexualité, sa rupture récente d'avec Maxime, son compagnon, leurs rituels, leur complicité, les parents, la vie, le quotidien, l'espérance, la tristesse, la colère. "Virgule" (qui se dit coma en espagnol) est tout entier situé dans ces instants entre virgules, hors du monde, dans l'attente d'un point (le réveil ? la mort ?) et Samantha Barendson parvient à écrire un roman sensible et émouvant, terriblement humain, un condensé d'émotions qui va droit au cœur. Ce n'est pas une moindre qualité, je lis si souvent des critiques insistant sur le fait qu'un livre, un texte, est sans pathos, comme si l'émotion était dangereuse, comme si la littérature devait s'empêcher de nous empoigner par les sentiments. "Virgule" nous plonge en plein pathos, en pleine humanité, et c'est tant mieux.

Librairie VIVEMENT DIMANCHE dans https://www.vivementdimanche.com/livre/9782493426109-virgule-barendson-samantha/ a écrit:

C'est si beau. Émouvant et drôle à la fois.

Son meilleur ami est dans le coma. Coma, ça veut dire virgule en espagnol. Virgule, c'est une pause infime, le temps d'une respiration. Sauf que là, on ne sait pas quelle sera la durée ni l'issue de cette pause. Alors elle remplit ce temps incertain en racontant leur amitié, et son présent à elle, avec humour, esprit, pertinence, et poésie. Parce que bien sûr c'est un roman, mais le regard de Samantha Barendson est empreint de poésie. Et ça change tout.

Patricia Bouchet dans Désir de Lire a écrit:

On retrouve dans ces pages, la verve de Samantha Barendson. Autour d’anecdotes retrouvées par la narratrice, Samantha a l’art de tapisser le chagrin avec des situations cocasses parfois drôles et elle conclut toujours ses chapitres par un uppercut touchant de mots, d’émotions, d’interrogations. Elle manie l’équilibre dans sa forme narrative. Doser la vie qui continue malgré tout et les peurs intrinsèques liées à la perte, le chagrin qu’elle repousse à chaque page. Elle maintient la narratrice dans l’espoir et rien n’est « pathos » dans ce récit. Bien au contraire.

Lecteurs dans Babelio a écrit:

J'ai beaucoup aimé ce livre, bien qu'il soit court à lire. Il a un format et une mise en page assez spécial ce qui le rend unique en son genre. Il traite aussi quelques sujets d'actualité. Je le recommande vivement.


À propos de l’auteur

Photo © Rogier Maaskant

Née en 1976 en Espagne, de père italien et de mère argentine, Samantha Barendson grandit au Mexique. Elle vit et travaille actuellement à Lyon. Romancière, auteure de poésie et performeuse, elle aime surtout travailler avec d’autres artistes, poètes, peintres, illustrateurs, photographes ou musiciens. Elle fait partie de plusieurs collectifs : « Le syndicat des poètes qui vont mourir un jour » dont le principal objectif est de promouvoir la poésie pour tous et partout et « Le cercle de la maison close » qui propose des performances alliant poésie, musique et arts plastiques.

Bibliographie

Virgule, collection « Roman/ces », l'Attente, 2023. • 50, avec Estelle Fenzy, La boucherie littéraire, 2022. • Americans don’t walk, Le chat polaire, 2022. • Alto mare, La passe du vent, 2020 (italien/français). • Mon citronnier, Jean-Claude Lattès, 2017. • Machine arrière, La passe du vent, 2017. • Le citronnier, Le pédalo ivre, 2014 (Prix de poésie René Leynaud 2015). • Le poème commun, avec Jean de Breyne, Coll. « Duo », Lieux-Dits, 2012. • Des coquelicots / Amapolas, Pré # carré, 2011 (espagnol/français). • Les délits du corps / Los delitos del cuerpo, Christophe Chomant, 2011 (espagnol/français).


Quand les décors s’écroulent

par Christophe Fiat

Couverture d’ouvrage : Quand les décors s'écroulent
Fiche technique :Prix: 14,50 €
ISBN : 978-2-493426-09-3
Taille : 13,00 x 19,00 cm
Pages : 152

Quatrains bruts-lyriques


266 quatrains, autant d’antennes pour capter des ambiances et toutes sortes de messages émis par les médias et les réseaux sociaux. Que faire quand la vulnérabilité nous met à nu dans un monde semblant voué à devenir un champ de ruines ? En résistance, une réponse s’esquisse : manier l’humour, afin de renvoyer la réalité au dérisoire. Y percevoir des éclats de beauté aussi. La forme brève et frontale du quatrain reflète en décalage cette époque inquiétante, entre épidémie, crise économique et écologique, et guerres. Les rimes désamorcent la terreur pour laisser la place à une forme de jubilation et invitent le lecteur à renouer avec une certaine naïveté lucide.

 

Lecture d'un extrait par l'auteur

Extrait :

NO FUTURE
À n’importe quelle heure
Du jour et de la nuit
Bienvenue dans le no future
Où tout s’autodétruit

INCANDESCENCE
Le ciel est tellement bleu
Qu’on dirait un poster
Ça en fait mal aux yeux
Ça en fait mal aux nerfs

OUT OF CONTROL
Je me fous de mon âme
Je me fous de mon corps
Sur mon compte Instagram
J’ai simulé ma mort

REC
Il faut enregistrer nos vies
Avant qu’elles ne disparaissent toutes
Dans un cambriolage inouï
Ou un reboot

Critiques :Jean-Philippe Cazier dans DIACRITIK a écrit:

Le choix de composer ici des quatrains implique le fait d’imposer une forme stricte au désordre, à l’incendie mondial : la langue n’est pas emportée par ce qui arrive, elle le dit en lui résistant, elle le dit en créant les moyens qui permettent de continuer à dire malgré l’écroulement de tout, y compris du langage.

Fabrice Thumerel dans LIBR-CRITIQUE GRAND ENTRETIEN a écrit:

... Ainsi, j’aimerais qu’on sorte de la lecture de ce livre, abasourdi, sidéré et puis qu’on le relise et qu’on aperçoive cette fois, ce qu’il y a derrière les décors : le drame de nos vies ordinaires et les restes d’une liberté à laquelle nous avons renoncé par peur de la société de contrôle et de surveillance qui nous trace. Hier, j’ai reçu cette pub : « L’intelligence artificielle au service des écrivains ! » m’expliquant que ça me permettrait de comprendre instinctivement les schémas narratifs etc. Ici, c’est le mot « instinctivement » qui m’interroge et qui m’inquiète. Notre raison, notre esprit ne suffisent plus aux bots, il faut aussi qu’ils se servent (au sens de service) aussi de notre instinct c’est-à-dire de notre spontanéité et de notre intuition pour faire de nous des datas.


À propos de l’auteur

Christophe Fiat est né en 1966 à Besançon.
Il a publié une vingtaine de livres dont des romans, des récits et de la poésie et un essai sur l’écriture et la voix, Ritournelle, une antithéorie (Éditions Léo Scheer) et édité un disque vinyle 45 tours, Action ! (CNEAI) et des sérigraphies, Fonds Verts (atelier Tchikebe).
Dramaturge, il écrit des fictions pour France Culture (Stephen King On the radio, Les disques de la mort, Vive la Comtesse !...) et met en scène ses propres textes au théâtre, dans le in du Festival d’Avignon, au T2G, au Nouveau Théâtre de Montreuil et au TNS de Strasbourg.
Performer, il s’accompagne depuis les années 2000 d’une guitare électrique lors de ses lectures publiques. En 2015, il a écrit le livret de la comédie musicale Sound of Music de Yann Duyvendak et en 2020, il a participé à l’album The Unreal Story of Lou Reed de Fred Nevché et French 79.
Enseignant, il a été pendant sept ans professeur d’écriture et de littérature à l’école d’art de Clermont-Ferrand.
Il anime avec Charlotte Rolland la revue de création COCKPIT.

Compte Instagram de l'auteur

Bibliographie

Quand les décors s'écroulent, collection « Ré/velles », l'Attente, 2023. • Développement du sensible (Seuil, 2022) • TEA TIME (Les Petits Matins, 2020) • L’épopée virile de Marcel Pagnol (Naïve, 2015) • La Comtesse (Naïve, 2014) • Cosima Femme électrique (Philippe Rey, 2013) • Retour d’Iwaki (Gallimard, 2011) • Stephen King Forever (Seuil, 2008) • La Reconstitution historique (Al Dante, 2006) • Héroïnes (Al Dante, 2005) • Qui veut la peau de Harry ? (Inventaire / invention, 2004) • Épopée, une aventure de Batman + CD (Al Dante, 2004) • Bienvenus à Sexpol (Léo Scheer 2003) • Ritournelle, une anti-théorie (Léo Scheer 2002) • New York 2001, poésie au galop (Al Dante, 2002) • King Kong est à New York (Derrière La salle de bain, 2001) • Ladies in the Dark (Al Dante, 2001) • Texte au Supplice, essai sur Georges Bataille (Éditions 23, 1998)