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Loin

par Marie Borel

Récit voyageur
Avec le soutien du Centre National du Livre

Les quatre points cardinaux sont l’ailleurs indispensable du mouvement perpétuel et des rencontres. Ce récit interroge la littérature de voyage, et la citation comme appropriation du monde (animal, végétal, minéral mais aussi céleste et maritime). Les pronoms personnels du singulier sont les personnages d’une narration épistolaire où le langage envoie des cartes postales aux pélicans de la syntaxe. Difficile parfois de savoir qui est qui. Les éléments ont (parfois) tendance à se déchaîner et les images déplacent les frontières. Se perdre n’est-il pas ce qui arrive en voyage ?

Écouter l'entretien de Marie Borel avec Frank Smith, suivi de la lecture d'un extrait de "Loin"sur France Culture (à partir de 36'20")

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Extrait :

le monde tourne tout seul
la géographie est un espace de pays translucides
à déplier en soi
le réel et l’imaginaire son double
tout autant concerné distrait indifférent et négligeable
cherche partout l’absence une aile d’oiseau dans le vent

les pistachiers bleuissent les paumes à kingstown
aux grenadines près de l’arbre à pain de blight
au terme d’une navigation insensée
il achève ici sa mission
en un seul bord au près port ste-catherine port-louis
caps écorchés au-dessus des forêts sous-marines
des rochers en forme de château ou de nuage
des châteaux semblables à des animaux fantastiques
entre les figuiers douze gardiens posent la question
des ondulations du littoral

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Critiques :Catherine Pomparat dans Remue.net a écrit:

Loin de l’abécédaire, L.O.I.N., analphabet. Loin d’Aleph, la douzième lettre, même si toujours la première revient. Arme parlante, trou dans le savon d’olive et de laurier, la bombe lettrée est de retour. Bâbord d’abord avec deux ailes qui portent les armures à gauche. Plus de mousse, plus d’écume, L couvre la surface des fonds. Latitudes et longitudes font les points d’arme. Les lignes défensives n’y comprennent rien. Les lignes imaginaires en perdent leur latin. Un prompteur inscrit sweden sans capitale.

Elsa Gribinski dans JUNKPAGE septembre 2013 a écrit:

Loin est un livre sur le temps et l’espace, la durée et la distance. On y part, avec l’auteur, « d’où il n’y a plus rien que loin où se rendre », on y traverse une carte qui « n’est jamais à jour ». Surgit une pluralité, des mondes parallèles, l’animal et le végétal, les cieux et les eaux, le rêve, le présent, le passé, des réminiscences d’ici et d’ailleurs. Pour s’en tenir à quelques-unes (celles de Marie Borel, ou celles que le texte suscite), rester en France et les écrire, comme l’auteur, sans capitales : paris, ses rues, son spleen, colchiques et alcools un peu de biais, la « désolation muette des dimanches », anna karina sur une île avant la fuite, de là, peut-être rimbaud, éternité, voyelles et bateau ivre. Mais Rimbaud, parti, a cessé d’écrire. Pour Marie Borel, le voyage et l’écriture (la lecture, la traduction) vont ensemble : « une forme d’exil », dit-elle, par quoi chercher « le contraire d’ici et maintenant », et quelques réponses. Le texte s’étire à l’horizontale (par conséquent vers l’horizon), tout en minuscules : des césures pour seule ponctuation, et la cadence d’une syntaxe qui s’aventure hors des habitudes de la langue maternelle.


À propos de l’auteur

Marie Borel voyage écrit lit traduit.

Bibliographie

Des questions singulières, éditions Renard bleu, Suisse, 2019 • Loin, L’Attente, 2013 • Le Léopard est mort avec ses taches, (nouvelle édition) L’Attente, 2011 • Écrit sur du sable, contrat maint, 2008 • Le monde selon Mr Ben, Fage, 2008 • Priorité aux canards, L’Attente, 2008 • Tombeau des Caraïbes, contrat-maint, 2003 • Trompe-Loup, Le bleu du ciel, 2003, traduit en anglais par Sarah Riggs et Omar Berrada (Wolftrot, La Presse, 2006) • Le Léopard est mort avec ses taches, L’Attente, collection Week-end, 2001 • Fin de citation, cipM, 1995, traduit en anglais par Keith Waldrop (Close Quote, Burning Deck, 2001) /// TraductionsL'indien jamais n'a eu de cheval, Etel Adnan, Galerie Lelong, Paris, 2022 • Murmurations, Sarah Riggs (collaborated with Jérémy Victor Robert), Apic, série “Poèmes du Monde” dirigée par Habib Tengour, Algérie, 2021 • Là-bas, Etel Adnan, avec Françoise Valéry, L'Attente, 2013 • La revanche de la pelouse, Rosmarie Waldrop, avec Françoise Valéry, L’Attente, 2012 • Journal d’un Ange Sadomaso, Lisa Jarnot, avec Pascal Poyet, contrat maint, 2011 • Un cas sans clef, Rosmarie & Keith Waldrop, avec Françoise Valéry, L’Attente, 2010 • 43 Post-it, Sarah Riggs, avec Françoise Valéry, L’Attente, 2009 • Chansons du chien noir, Lisa Jarnot, trd collective, Format américain, 2005 • Pelouse du tiers exclu, Rosmarie Waldrop, Format américain, 2001 • Prétense, Tom Raworth, La Tuilerie Tropicale, 1988 Traductions parues en revue de Lyn Hejinian, Nancy Khul, Gertrude Stein, Charles Reznikoff  et de  cinq livres de la Bible dans le cadre du projet collectif La bible : nouvelle traduction, Bayard, 2001


O l’explosion des poppies

par Catherine Weinzaepflen

Dizains amoureux

Une femme qui porte une jupe en tissu africain regarde les fleurs des pavots se déplier d’un seul coup, sous ses yeux. Australie. Deuxième opus. Où la beauté vénéneuse de ce pays suscite la nostalgie de l’amour. Des scènes de rêve se mêlent à celles d’une réalité incertaine, en dizains comme dans l’opus précédent Ode à un kangourou.

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Extrait :

l’hiver bleu et vert / à Sydney / mon été / 2011 fut Bolaño / en 2012 c’est Sebald / sourde mélancolie / nous chassons les corbeaux / de mon jardin aromatique / les petits perroquets se posent sur les fils à haute tension / lorikeets sitting on a power line

elle dit : les pensées entravent le corps / je pense : ficelé comme un rôti

nous les appelons The Kids / adorables Hallie et Ryan / se jettent dans le Pacifique / en plein hiver / The Kids remuent terre et mer / l’océan lance de longues vagues / blanches / on entend battre le cœur du monde / wind rain sun rainbow / l’amour de Hallie et Ryan

Fumi nous a préparé une salade / avec fleurs

sur la route de Melbourne / à l’intérieur des terres / Apology to a roadkill : / le parfum des eucalyptus embaume / le kangourou mort / hit by / écrasé par / un motard casque intégral / les arbres au tronc qui pèle / ont ici des feuilles en bouquets ronds

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perroquets au sol en mode pigeon / gris à ventre rouge les gullahs

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Critiques :Anne Malaprade dans POEZIBAO a écrit:

Ode au coquelicot, dont les noms — corn poppy, Feldmohn, rosolaccio, papavero —, en Europe tout au moins, distillent cette douceur attenant au sommeil ? Non, ici c’est d’explosion qu’il s’agit, comme si Catherine Weinzaepflen transformait ces pétales en autant de micro feux d’artifice qui, comme ce nom l’indique, distillent couleur, chaleur, bruit et éclat. Il sera donc question de passion, de sédition et de révolution discrètement induites par la découverte d’un pays. Ce dernier introduit à d’autres noms propres, des vocables inouïs, des syntaxes étranges. À d’autres solitudes aussi, des chants singuliers, des cruautés bizarres, de mouvants refuges : « inaltérable houle/est ma maison ».


À propos de l’auteur

Née à Strasbourg, Catherine Weinzaepflen passe son enfance en Alsace et en Centrafrique. Elle vit et travaille à Paris depuis 1977, a voyagé à plusieurs reprises au Moyen-Orient (Turquie, Afghanistan, Iran, Pakistan). A souvent séjourné à Los Angeles et récemment à Sydney. En 1981, elle fonde et codirige, avec Christiane Veschambre, la revue littéraire Land. Elle obtient en 1983 le Prix France Culture pour Portrait et un rêve. Elle est ensuite membre du Comité de lecture de Flammarion pendant deux ans, puis membre de la Commission Poésie du Centre national du livre de 2003 à 2006. Elle a créé des ateliers d’écriture (à l’École supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg et à l’École spéciale d’architecture de Paris) et continue d’animer celui de l’ESA. Elle collabore régulièrement à la revue CCP (Cahier Critique de Poésie). Catherine Weinzaepflen est l’auteur d’une vingtaine de romans et recueils de poésie, publiés par plusieurs maisons d’éditions (Flammarion, Fourbis, Éditions des Femmes...).

Bibliographie

Poésie • avec Ingeborg, Editions Des femmes- Antoinette Fouque 2015 Ô l'explosion des poppies, éditions de l'Attente, 2013 • Ode à un kangourou, éditions de l'Attente, 2012 • Le temps du tableau, Des femmes - Antoinette Fouque, 2008 • Les mains dans le jaune absent suivi de York &Le Scorff, 2000 • Les maisons, Spectres Familiers, 1989 • Cracher l’Afrique, Atelier de l’Agneau, 1980 • La distance intime, Coprah, 1977 ProseLa sœur de mon frère, Des femmes-Antoinette Fouque 2017 • La Vie sauve, Des femmes-Antoinette Fouque 2014 • Celle-là, Des femmes - Antoinette Fouque, 2012 • Am see, Des femmes - Antoinette Fouque, 2007 (réédition) • Orpiment, Des Femmes - Antoinette Fouque, 2006 • La place de mon théâtre, Farrago, 2004 • Allée des géants, L’Atelier des Brisants, 2003 • Ismaëla, L’Atelier des Brisants, 2002 • D’où êtes-vous  ?, Flammarion, 1992 • L’ampleur du monde, Flammarion, 1989 • Totem, Flammarion, 1985 • Portrait et un rêve, Flammarion, 1983 (Prix France Culture) • La farnésine, jardins, Des Femmes, 1978 • Isocelles, Des Femmes, 1977


Vrac conversations

par Claude Favre

Couverture d’ouvrage : Vrac conversations
Fiche technique :Prix : 8,00 € EUR
ISBN : 978-2-36242-038-2
Taille : 14,50 x 21,00 cm
Pages : 52

Fiction de réalités

Vrac conversations est une fiction de réalités. Celles offertes par les lectures, par les textes, par les personnages. Les mots cargo sont écrits à la vitesse du temps vécu, imaginé, temps des lectures d’avant, de loin parfois, qui vaquent en tête de souvenirs, de ces conversations qui dépassent l’entendement. En hommage. Sans repentirs. D’allant. Merci.

Parution :
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Extrait :

&

_Moteur à plusieurs ratés

_Bartleby disais-je n’ homme de lettres obstinément tantinet ailleurs le nez sur les veines de la pluie mais j’apprends d’Andrew Zawacki vous le connaissez tout de même précis dehors là dedans ça cogne qu’il aurait écrit des carnets à les lire allez Que le corps accueille / son Fragment en Ami à lire battre les sangs provoquant zou

_Badigoinces qui engendrent et pas que le p’tit Bob des noms propres on voudrait que ça dise et ça toujours fabuleux mais commun aussi il suffit que nous tout à la fois tandis que par goût des contrastes et concessions acquiescant aux situations sans lesquelles il n’y a pas de chute nous lisions rétifs récalcitrants gauchissant le mors en bouche

_Et je vois bien quand il se tape la bouteille avec Don Quichotte Lowry note les ondes de choc pour n’en conclure rien

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Critiques :Sébastien Écorce dans Poezibao a écrit:

Claude Favre nous propose une épreuve de pensée. Une épreuve de force, douce et vitale. Dans le cadre des éditions de l’attente, un recueil de notes s’intitulant : vrac conversations. On pourra y déceler et y vivre tout au long, un carnet ouvert, un ensemble de petites partitions à moduler (notations), esquisse de termes, échelles de traversées de nature à façonner toute une topologie de lecture, ou de l’espace à lire, ou dé-lire, que l’on approchera avec un régime de vitesse tout particulier (…)

Aïnhoa Jean-Calmettes dans Mouvement.net a écrit:

La confusion des élocutions pêle-mêle contamine bientôt le langage. « & ayant perdu la raison tout est permis » dira la narratrice en introduction. Toutes les licences, tous les flottements et autres contorsions des sens. Aucun point, aucune virgule. L’absence de ponctuation accentue les doutes du signifié. Où s’arrêter ? Quel nom définit l’autre ? Claude Favre s’amuse des fonctions grammaticales, chaque mot pouvant jouer, tour à tour le rôle de nom, d’adjectif ou de verbe.


À propos de l’auteur

Lectures / performances, écrites ou non, seule ou avec des musiciens, danseurs, cavaliers... de ses textes, ou d'autres. Ateliers de mésécriture, lecture à voix haute, musique et voix avec Dominique Pifarély. Collaboration aux Cahiers Critiques de Poésie du cipM.

Bibliographie

A.R.N., agencement répétitif névralgique_voyou, éditions de la Revue des Ressources (ERR), 2014 • Vrac conversations, L’Attente, 2013 • Métiers de bouche, ijkl, Ink, 2013Autopsies, CD avec Nicolas Dick, label Micr0lab, 2011 • Interdiction absolue de toucher les filles même tombées à terre, avec Éric Pessan, Cousu main, 2011 • Sang.S, encres de Jacky Essirard, Atelier de Villemorge, 2008 • L'atelier du pneu, IdP éditions, 2007

 


Conversation avec les plis

par Marie Rousset

Puzzle en chantier

Conversation avec les plis détaille une histoire de l’étendue quotidienne et questionne nos accoutumances. Marie Rousset manipule un jeu de puzzle tissé en miroir du langage. Elle pointe l’inattendu. Doutes et évidences défilent à la vitesse obligée du présent.

Parution :
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Extrait :

Puzzle en chantier

Première figure
extraite d’un puzzle au nombre de pièces inconnu.

Excavations. Déblaiements.
J’allège le cahier des charges. Je repère puis je vise les failles qui me conduiront aux caves où sont enfermés des regards dans un affouillement souterrain. Prunelles aplaties vers le bas. Paupières comprimées sous les menus quelconques d’un ordinaire non familier.
C’est par une pluralité d’approches de l’espace immédiat que je viens interroger les flottements rétiniens au fond desquels s’emmêlent le CAC 40, la population Rom et le prix des fruits.
Au milieu de cette inquiétante profusion, le regard, impatient, traverse lentement des intervalles patients.

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(1)
L’œil, contraint à déshabiter ses certitudes, vient tout naturellement habiter ses ignorances. Il assemble fièrement ses arrière-pensées. Il butine l’audace de quelques têtes bien relevées. Enfin, il n’ignore pas que la vue est une affiche écrite en brut et en élémentaire.

Aux pieds, de bonnes chaussures de sécurité
et une embarrassante réserve à visiter.

Deux faims ressemblantes se sont réunies pour réclamer un grand débarbouillage. Ces deux appétits de gloutonne s’avèrent inextinguibles malgré l’accumulation des ingestions constatées. Il me serait si doux de combler cette voracité ou tout au moins de l’apaiser. Le fait qu’elles cohabitent dans l’unique asile d’une même enveloppe leur fait réaliser une économie substantielle d’énergie et, actuellement, ceci est loin d’être négligeable.

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Critiques :Anne Malaprade dans Poezibao a écrit:

Écrire comme on s’attaque à un puzzle d’au moins soixante-douze pièces dont on ne saura jamais combien de formes exactement ciselées il peut contenir, quel paysage intérieur il entend révéler, quelle intrigue il dénoue par la représentation. Un puzzle in(dé)fini, qui dessine l’autoportrait lui-même fracturé d’une femme éprise, d’une femme aux prises avec les plis extérieurs et intimes : pliures, pliages, plissements, pliures, replis, dépliants. Chaque mini bloc de prose, ou de vers (ils sont plus rares), est numéroté et fonctionne comme la pièce d’un jeu perplexe qui a commencé bien avant ce livre-ci et qui ne s’achèvera qu’avec la fin de la parole, pli suprême d’un son courbé par le sens. Marie Rousset conçoit l’écriture comme un exercice ludique qui emprunte au chantier, à l’exploration, au forage. Attention, travaux ! (…)

Elsa Gribinski dans Junkpage a écrit:

Le livre veut explorer l’immédiat et ses points d’image, la continuité des accoutumances et des accommodements dans l’accumulation hermétique du quotidien, espionner le « vaste présent » enfoui dans les replis des placards qui font bibliothèques, où chaque livre fut acheté pour répondre à une question. À l’opposé de Marie Borel, mais l’obsession est peut-être la même, Marie Rousset pratique donc l’« arrêt mobile ».

Centre du livre et de l'écrit en Poitou-Charentes dans http://livre-poitoucharentes.org/marie-rousset a écrit:

À Ostende aujourd’hui, j’avais ma mère dans le dos et la mer en face. Toutes deux me regardaient défaire les plis à côté des vagues communes. Elles ne m’ont pas dit ce qui fait que la vie vaut d’être vécue. Elles ont rajouté qu’elles ne le savaient pas.


À propos de l’auteur

(Photo Régis Nardoux)
Marie Rousset est née en 1954, à Clermont-Ferrand où elle vit et travaille. En 1988, elle se forme en tant qu’éducatrice spécialisée. L’année suivante, elle part vivre et travailler en Angleterre jusqu’en 1990. En 1996, elle intègre l’association L’Offre Spéciale, avec Emmanuelle Pireyre (écrivain) et Olivier Bosson (cinéaste). Membre depuis d’un groupe de réflexion sur la littérature et la poésie, elle anime des ateliers de découverte de la poésie contemporaine, à destination de jeunes autistes, des jeunes des centres de détention et à destination également des collèges et lycées.

Bibliographie

Les carrés de Rima, L’Attente, à paraître en 2021 • RomaRome, La Passe du Vent, 2019 • Grammaires d’un tourment, Le Frau, 2016 • Conversation avec les plis, L'Attente, 2013 • Vibration des silences, Le Frau, 2012 • Bobcat, Color Gang, 2010 • Petit f n’est pas grand F, L'Attente, 2010 • L’ordinaire d’un imagidé, L'Attente, 2006 • petit balai, L'Attente, 2005 • , peut-être, L'Attente, 2002 • Vingt poussières, L’Escalier de poche, 1997 (épuisé) /// En revue • "Conversation avec les plis", revue Ligne 13, n°1 « Tirer un trait », 2010


États de faits

par Frank Smith

Couverture d’ouvrage : États de faits
Fiche technique :Prix : 9,50 € EUR
ISBN : 978-2-36242-035-1
Taille : 12,00 x 16,50 cm
Pages : 88

Récit objectiviste

« Le 15 février 2011, à Benghazi, deuxième ville de Libye, l’arrestation d’un militant des droits de l’homme provoque des émeutes et lance le début d’une guerre civile qui durera huit mois. On énonce les faits : on se fie aux phrases, on ne compte pas sur les mots. » En agent de liaison et dans la mouvance des poètes objectivistes américains, Frank Smith poursuit ses investigations poétiques commencées avec Guantanamo (Seuil, 2010). Entre une ouverture et une fermeture de texte en italique (forme de plongée dans la situation), 35 poèmes numérotés se succèdent comme autant de cas de figure d’un conflit rapporté anonymement par voie de presse. L’auteur développe une écriture à la fois critique, poétique et politique de documentaire journalistique où le « on » désincarne pêle-mêle les points de vue des différents protagonistes et englobe le narrateur comme le lecteur. La notion d’information se retrouve ici fortement mise en question : « Mais où en est-on vraiment ? ».

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Extrait :

On tient un discours halluciné par téléphone / On prétend que les manifestants prennent de la drogue distribuée par des agents de l’étranger / On martèle / On exhorte / On jure de réprimer les protestataires dans le sang /

On est de plus en plus isolé / On est confronté à une région qui échappe à tout contrôle / On accuse Al-Qaïda de se dissimuler derrière le soulèvement populaire / On appuie fortement sur l’idée d’une manipulation /

On tente de convaincre le peuple / On peut augmenter les salaires, dit-on, mais on n’a pas le pouvoir de faire des lois ou de faire appliquer la loi /

On se protège d’un gilet pare-balles dissimulé sous les vêtements /

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Critiques :Alain Nicolas dans L'Humanité a écrit:

Les faits parlent d'eux-même. Encore faut-il que la poésie les y aide. Frank Smith démontre la possibilité, et l'urgence de cette tâche.

Fabienne Swiatly dans Remue.net a écrit:

Qui parle ?
Qui décide de quoi ?
De quel côté puis-je me tenir comme lecteur : Libye. Je connais son ancien dictateur. J’ai suivi les infos sur la guerre civile. J’ai vu des images. J’ai ingurgité. Mais saurais-je seulement citer un auteur libyen ?

Le livre nous renvoie à toute cette masse d’informations et c’est violent.
Violent de se dire que l’on ne comprend pas grand chose de plus à ce qui a été vécu par ce pays, par ses habitants.
C’est dérangeant et c’est ce que nous demandons à la littérature : de nous déranger, de nous obliger à quitter les zones de confort.

Alexandre Plank dans France Culture a écrit:

Le 15 février 2011, à Benghazi, deuxième ville de Libye, l'arrestation d'un militant des droits de l'homme provoque des émeutes et lance le début d'une guerre civile.
On énonce ici des faits majeurs survenus pendant huit mois de conflits, jusqu'au 11 octobre 2011, où les combattants du Conseil national de transition libyen mettent fin à la résistance, à Syrte, et où Mouammar Kadhafi meurt des suites de ses blessures après des frappes aériennes de l'Otan sur son convoi qui tentait de fuir la ville.
On expose ce qui a eu lieu : on se fie aux phrases, on ne compte pas sur les mots.

Jean-Philippe Cazier dans Médiapart a écrit:

La poésie de Frank Smith trouble ce rapport entre le monde et le langage, moins pour rejeter ce rapport que pour le multiplier et par là multiplier les points de vue, le sens, pluraliser le monde pour le rendre à son hétérogénéité – mettant en échec le langage du pouvoir qui fonctionne en imposant un point de vue, un cadre unifiant et homogénéisant par lequel le monde exclut la pluralité des possibles qui pourtant l’habitent, exclut la question de la communauté au profit d’une unique réponse, celle de l’identité.


À propos de l’auteur

Frank Smith, né en 1968, vit et travaille à Paris. Il est écrivain, poète et réalisateur, vidéaste. Il est représenté par la Galerie Analix Forever, Genève.
Il a longtemps été producteur pour France Culture où il a notamment codirigé l’Atelier de création radiophonique, de 2001 à 2011, et animé l’émission La Poésie n'est pas une solution (été 2012).
Il est par ailleurs éditeur, directeur de la collection ZagZig de livres/CD, qu’il a créée aux éditions Dis Voir en 2008, et dirige avec Antoine Dufeu la revue critique et clinique de poésie, RIP.
Il a collaboré également au journal L'Impossible de Michel Butel, à la revue Mouvement, et a animé le dispositif « Poé/tri » d’entretiens avec des poètes pour la plateforme nonfiction.fr
Depuis Guantanamo, (éd. Le Seuil, 2010) puis Gaza, d’ici-là (Al Dante), Etat de faits et Katrina (L'attente), il inaugure, à partir de documents et d’archives, une série d’« investigations poétiques » en phase avec les conflits majeurs du monde contemporain.
En 2014, aux États-Unis, la traduction de Guantanamo par la poète conceptuelle Vanessa Place, est sacrée meilleur livre de l’année par The Huffington Post : « un livre mutant, errant aux confins de Kafka, Lyotard et WC Williams » selon Avital Ronell.
A paraître : Choeurs politiques, Poème dramatique pour voix (L’attente, automne 2017).
Prochaines réalisations : Le Film de l’impossible, présenté au centre Pompidou dans le cadre du Festival Hors Pistes Production, septembre 2017, et Le Film des Indiens (Hors Pistes 2018, centre Pompidou).
En 2018, Frank Smith présentera une nouvelle exposition à la Galerie Analix Forever : Les Films du monde/68 cinétracts, pour célébrer les 50 ans de mai 1968, et participera à une exposition collective Art & Prison, à Hobart, Tasmanie, en juin (commissariat Barbara Polla).

Bibliographie

Chœurs politiques, l'Attente, 2017 • Fonctions Bartleby, bref traité d’investigations ­poétiques, Le Feu sacré, collection Les feux follets n°2, 2015 • Résolution des faits, Fidel Athelme X, 2015 • KATRINA - Isle de Jean Charles, Louisiane, l'Attente, 2015 • Surplis, Argol, 2015 • Le Film des questions, Plaine Page, 2014 • Guantanamo (tranduit par Vanessa Place, introduction by Mark Sanders, praise by Avital Ronell), Les Figues Press, Los Angeles, 2014 • États de faits, l'Attente, 2013 • Gaza, d’ici-là, Al Dante, 2013 • Guantanamo, Seuil, Collection « Fiction & Cie », 2010 • Dans Los Angeles, Le Bleu du ciel, 2009 • Le cas de le dire, Créaphis, 2007 • Je pense à toi, Les Cygnes, 2004 • Zigzag poésie. Formes et mouvements : l’effervescence, Autrement, 2001 • Poé/tri. 40 voix de poésie contemporaine, Autrement, 2001 • Je @ toi, Olbia, 2001 • Pas, photographies d’Anne-Marie Filaire, Créaphis, 1998