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Remerciements

par Guy Bennett

Retour aux sources

Tel un pisteur dans la jungle des causes à effet, Guy Bennett nous ouvre un chemin à la fois instructif et drôlatique dans la nébuleuse du processus créatif. En faisant un livre entier de ce qui n’est habituellement qu’un ajout empreint de politesse et de gratitude à la fin d’un ouvrage, il nous dévoile non sans humour ses réponses à des questions cruciales. Qu’est-ce que l’inspiration ; quels signes, perçus à tel ou tel moment de sa vie, l’ont transformé ; quelles influences les mondes domestique, éducatif, culturel, etc. ont déterminé son devenir-écrivain…

 

Lecture d'un extrait par l'auteur

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Extrait :

Extraits

(pages 8)

À ceux qui ont soutenu ce projet dès le début mais qui ont semblé s’en désintéresser par la suite : je comprends. À ceux qui ne le soutiennent toujours pas : idem. À ceux qui ne me connaissent peut-être pas, qui n’ont pas la moindre idée que j’ai écrit ce livre et qui ne le verront vraisemblablement jamais si un jour il est publié : je vous remercie quand même. Votre indifférence à mon sujet ainsi qu’à mon projet nous lie d’une façon qui me touche, me réconforte même.

(page 11)

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J’ai consommé d’innombrables doubles et triples expressos au cours de l’écriture de ce livre, et je n’aurais jamais pu les préparer aussi rapidement, aussi facilement et délicieusement sans les gens formidables de chez Rancilio, à qui je dois beaucoup pour leurs machines et moulins à café professionnels à usage domestique. Remerciements particuliers aux employés du Conservatory for Coffee, Tea & Cocoa (à Culver City), comme à ceux du Boy & The Bear (à Redondo Beach) pour leurs mélanges de café bio équitable fraîchement torréfié.

(page 63)

Je dois signaler également mon estime pour Jorge Luis Borges, dont les fictions ont anticipé deux truismes qui me sont chers et qui ont fini par marquer notre époque : 1) que la « frontière » entre le réel et sa représentation est elle-même un topos qui vaut la peine d’être exploré et subverti, et 2) que la miniature en littérature peut abriter des concepts aussi vastes que ceux explorés dans les récits épiques du passé. Son Histoire universelle de l’infamie, « Tlön, Uqbar, Orbis Tertius », « Pierre Ménard, auteur du Quichotte », « Le jardin aux sentiers qui bifurquent », « Borges et moi », etc., non seulement rendent manifestes ces idées riches et stimulantes, mais laissent également entrevoir l’ampleur de la culture littéraire de leur auteur, que j’admire et à laquelle j’aspire.

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Critiques :Christian Rosset dans DIACRITIK a écrit:

"Dans Remerciements, on découvre beaucoup de noms. Si quelques-uns ne nous évoquent pas grand-chose, d’autres peuvent nous toucher d’assez près..." (extrait)

Jean-Philippe Cazier dans DIACRITIK a écrit:

"Guy Bennett remplace le central par le marginal, défait l’ordre commun du sens, de la lecture, de la valeur. Ce n’est pas que le centre a disparu, c’est sa marge qui le remplace, l’inessentiel devenant l’important." (extrait)

Alain Nicolas dans L'Humanité a écrit:

Guy Bennett, merci pour tout et pour rien


À propos de l’auteur

Guy Bennett est écrivain et traducteur. Il vit à Los Angeles, où il enseigne à Otis College of Art and Design. Remerciements est son quatrième livre traduit et publié en France.
Bibliographie (en français)
Remerciements, traduit de l'américain par Frank Smith et l'auteur, l'Attente, 2021
Œuvres presque accomplies
, traduit de l'américain par Frédéric Forte & l'auteur, l'Attente, 2018
Ce livre, traduit de l'américain par Frédéric Forte & l'auteur, l'Attente, 2017
Poèmes évidents
, traduit de l'américain par Frédéric Forte & l'auteur, l'Attente, 2015


Une enfance

par Dominique Fabre

Territoire de l'enfance
Avec le soutien du Centre national du livre

Une enfance passée en famille d’accueil, évoquée en filigrane dans les récits, nouvelles et romans de Dominique Fabre, est ici abordée de front, sans personnage prétexte, en "je" direct. Pas de mélo, pas de pathos pesant malgré la dureté du drame, l’abandon, les morts. L’humour désabusé et l’émerveillement candide qui caractérisent l’écriture romanesque de l'auteur se retrouvent dans sa poésie. Ainsi que ses thèmes de prédilection : la banlieue, la mélancolie attachante de la routine, les micro-évènements qui font chavirer le cœur… Avec son air de rien, "Une enfance" nous montre combien le monde adulte nous entrave, et combien le territoire de l’enfance reste libre en nous.
Lecture-teaser par l'auteur

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Extrait :

Quand la tristesse monte / en moi / l’enfance réapparaît / enfance d’enfant placé / pièces sur les pantalons aux coudes / tout ce qui s’use trop vite / le bonnet qui serre aux oreilles / ma sœur aînée qui rit souvent / et je ne sais jamais pourquoi / les visiteurs du soir / ne sont pas les bienvenus / ils apportent les nouvelles / pénibles les papiers timbrés / les décès / certains vous aiguisent vos couteaux / ou avertissent du cirque / un petit cirque de ritals / crève-la-faim qu’on appelle chiffonniers / j’en ai déjà vu sur la route de Genève / autour d’un feu bleui / à la base ou au sommet / assis sur une cagette du genre / à mettre des vieux jouets / ou transporter le bois / tout ce temps passe et je m’oublie / le temps de me coucher / le temps de partir au travail / tandis qu’elle monte encore en moi / si ça se trouve / en toi aussi / peut-être / dis-moi comment tu fais / quand ça t’arrive hé dis / l’ami ?

Critiques :Zephirine dans Babélio a écrit:

La prose de Dominique Fabre se fait vers libres pour nous parler de cette enfance brinquebalée, solitaire et rêveuse, celle d'un enfant placé.
L'auteur nous livre des petits bouts de vie, son trait se fait léger pour raconter la dureté de l'abandon, l'incompréhension des adultes et la banlieue désabusée. Ce pourrait être profondément triste, c'est juste mélancolique avec un humour doux-amer.

Frédéric Lacoste dans Courrier de Gironde a écrit:

30/04/21 - Un entretien avec Dominique Fabre. (extraits)

C.G.: Comment s'est nouée votre collaboration avec les éditions de l'Attente et son directeur Franck Pruja?
D.F.: J'ai rencontré Franck dans un salon de la poésie. Ce que j’aime dans son catalogue, c’est qu'on y découvre un grand nombre de formes diverses, originales. Dans le contexte actuel de l'édition, mettre en valeur la poésie contemporaine est très méritant. C’est la deuxième fois que nous collaborons, puisque l’Attente avait déjà publié un de mes textes, "Les enveloppes transparentes".

C.G.: Vous êtes souvent présenté comme "l'écrivain de la banlieue", d'Asnières plutôt que Versailles. Comment jugez-vous l'évolution de la situation en banlieue au cours des dernières décennies?
D.F.: J'ai toujours vécu dans 'la petite ceinture’, comme on dit. Dans la Seine Saint-Denis, où j'habite, j'ai vu la boboïsation d'un côté et la ghettoïsation de l'autre. Auparavant, je vivais avec cette idée un peu folle qu'il pouvait exister une forme d'harmonie populaire. Aujourd'hui, je ne peut que faire le constat d'une scission, avec des mondes qui se côtoient mais qui ne se parlent pas.

C.G.: Pour quelles raisons dites-vous que votre livre, "Une enfance", sous-tend l'ensemble de votre œuvre?
D.F.: Je ne suis toujours pas débarrassé de l’enfance... Le fait d'avoir eu une enfance particulière, entre famille d'accueil et internat, m'avait quelque peu formaté. Dans ce recueil, j'ai voulu poser mon regard sur ce qui reste d'une enfance quand on a soixante ans. Bref, c'est un bilan. L’enfance est pour moi un réservoir d'innocence et d'émerveillement, dans lequel je ne peux m'empêcher de puiser quand le moral n'est plus vraiment là. D'où cette phrase : "Quand la tristesse monte en moi, l’enfance réapparaît." Et puis, l'enfant ne vit pas dans la même temporalité que l'adulte, engoncé dans d'innombrables codes ; il éprouve constamment le goût du jeu et connaît des moments de réelle plénitude dans ce temps qui est hors du temps.

Désirdelire dans Evelynes Sagnes a écrit:

Dans une forme qui s’apparente au vers libre, l’auteur évoque son enfance dans une tonalité douce-amère.


À propos de l’auteur

Dominique Fabre enseigne l’anglais dans un collège parisien. Il est l’auteur de quinze romans et recueils de nouvelles. Son roman «Fantômes» a été distingué par le Prix Marcel Pagnol (Le Serpent à plumes, 2001), et son recueil de nouvelles «Pour une femme de son âge» (Fayard, 2004) par la Bourse Thyde Monnier de la Société des Gens De Lettres. La critique a unanimement salué «J’aimerais revoir Callaghan» (Fayard, 2010) et «Il faudrait s’arracher le cœur» (L’Olivier, 2012).

Bibliographie

Une enfance, L'Attente, 2021 • Aujourd'hui, Fayard, 2021 • Les enveloppes transparentes, L'Attente, 2018 • Le grand détour, avec des photos de Charles Delcourt, Light Motiv, 2017 • Les soirées chez Mathilde, L’Olivier, 2017 • En passant (vite fait) par la montagne, Guérin, 2015 • La mallette, Cénomane, coll. « Mots-manbules », 2014 • Je t’emmènerai danser chez Lavorel, Fayard, 2014 • Photos volées, L’Olivier, 2014 • Des nuages et des tours, L’Olivier, 2013 • Il faudrait s’arracher le cœur, L’Olivier, 2012 • J’aimerais revoir Callaghan, Fayard, 2010 • Avant les monstres, Cadex, 2009 • Les prochaines vacances, Le Chemin de fer, 2008 • J’attends l’extinction des feux, Fayard, 2008 • Les types comme moi, Fayard, 2007 • Le perron, Cadex, 2006 • La serveuse était nouvelle, Fayard, 2005 • Pour une femme de son âge, Fayard, 2003 • Mon quartier, Fayard, 2002 • Fantômes, Le Serpent à plumes, 2001 • Celui qui n’est pas là, Le Serpent à plumes, 1999 • Ma vie d’Edgar, Le Serpent à plumes, 1998 • Moi aussi un jour j’irai loin, Maurice Nadeau 1995, Points 2012


La geste permanente de Gentil-Cœur

par Fanny Chiarello

Périple permanent

Une jeune joggeuse croisée dans le bassin minier du Pas-de-Calais a inspiré à Fanny Chiarello un roman et cette chanson de geste. Images, vers métrés, langue musicale, mais rien d’épique dans le propos puisqu’on y découvre comment, pendant un mois, tous les jours nombres premiers, la narratrice est allée jusqu’au parc de la jeune athlète sur un vélo en fin de carrière, observant la vie des oiseaux d’eau, subissant la météo, variant ses pique-niques, se trouvant de nouveaux spots de pipi nature, chantant et dansant cajun. La rencontre espérée se produira-t-elle ?

Voir l'image de couverture

 

Lecture d'un extrait par l'autrice

Extrait :

(début du prologue) :

comme toi je débute dans l’existence
encore que pas tout à fait comme toi
admettons par exemple que tu sois née
le onze septembre deux mille un j’étais
moi en un lotissement de Thumesnil
lorsque tu as pénétré dans l’atmosphère
terrestre et des avions percutaient des tours
de New York New York en boucle dedans ce
salon de pavillon parmi des millions
à moins que ce ne fût en octobre et que
ne barbotasse parmi les anableps
gros yeux près de Cayenne ayant ça y est
perdu ton innocence d’aujourd’hui puis
que j’avais jà connu l’amour et le bagne

Un entretien avec Sophie Joubert à La Maison de la Poésie de Paris

+ lecture d'extraits

https://www.youtube.com/watch?v=h9pmWow56Lw

Critiques :Georges Guillain dans LES DÉCOUVREURS a écrit:

"C’est là peut-être que le petit vélo de Fanny Chiarello qui trace sa route, sans écraser, entre tous les réseaux subtils de signification par lesquels il nous fait passer, peut prendre figure aussi d’un art poétique en phase avec les questions d’aujourd’hui. "

Sophie Joubert dans L'HUMANITÉ 20/05/21 a écrit:

Quête du Graal dans le bassin minier
À l'origine, il y a une exposition de photos sur l'été dans le bassin minier, commandée à l'autrice par l'association Colères du présent, et l'image en
noir et blanc, parue en 2019 dans l'Humanité, , d'une jeune joggeuse s'entraînant dans un parc. Fascinée par l'inconnue qui lui rappelait sa propre adolescence, Fanny Chiarello lui a écrit une longue lettre, devenue le roman le Sel de tes yeux (l'Olivier, 2020). Elle y parlait de féminisme, d'homosexualité, de la vie en lotissement, du pouvoir libérateur de l'écriture. Reprenant un motif loin d'être épuisé, elle a enfourché son vieux vélo pour parcourir les 37 kilomètres qui la séparaient du parc Jean-Guimier de Sallaumines et a tenu pendant un mois, uniquement les Jours correspondant à des nombres premiers, une permanence poétique.
L'autrice prend à rebours les exploits héroïques des chevaliers.
Récit en vers de onze pieds, la Geste permanente de Gentil-Cœur est un road trip rythmé par la musique cajun du sud des États-Unis qu'écoute la narratrice. S'inspirant des chansons de geste du Moyen Âge, Fanny Çhiarello prend à rebours les exploits héroïques des chevaliers et détourne les codes de l'épopée guerrière, préférant la lenteur à la vitesse, l'observation patiente à l'efficacité narrative. Chevalière tatouée au crâne rasé pédalant sur une antique machine tendrement baptisée « Mon Biclou », elle s'amuse des efforts des sportifs occasionnels, détaille les jeux de balle des enfants et la composition de son pique-nique, s'émerveille des plantes et des animaux qui peuplent le parc. Long travelling où se superposent les paysages du bassin minier et ceux du pays cajun, le texte donne une impression de mouvement perpétuel, même si la narratrice, qui tient permanence comme on ferait salon, s'impose l'immobilité. Ludique et entraînante, cette chanson de geste contemporaine, qui trouve sa liberté dans les contraintes d'écriture, joue sur les sonorités - assonances, allitérations et onomatopées - et les contrastes entre le vocabulaire médiéval et la modernité technologique. À mesure que passent les jours, au gré d'une météo changeante et capricieuse, l'espoir de croiser à nouveau la jeune joggeuse s'amenuise, transformant cette quête du Graal moderne en aventure intérieure, à l'unisson de la nature.

Emmanuelle Jawad dans DIACRITIK a écrit:

« Je ne sais pas ce qu’est ma langue » : entretien double avec Fanny Chiarello et Vincent Broqua

LYVRES dans LYVRES a écrit:

Long poème en prose, longues chevauchées sur un vieux vélo, à la recherche ou l'attente d'une jeune joggeuse croisée à deux reprises. C'est surprenant, parfois déroutant et franchement j'adore ça. Combien de livres ouvre-t-on et lit-on sans ce petit truc en plus qui surprend, qui titille, qui lutine la zone de confort sise dans le cerveau en lui disant qu'il faut se bouger un peu ? Même si je tente de lire régulièrement ce genre d'ouvrages, parfois ça marche, parfois ça marche pas. Là, ça marche formidablement.


À propos de l’auteur

(Photo © Mandana Nicoukar, 2020)

Fanny Chiarello est née en 1974, elle vit à Lens. À la fois romancière (aux éditions de L’Olivier), autrice jeunesse (L’école des Loisirs, Le Rouergue), et poète (Les Carnets du Dessert de Lune, et désormais l’Attente), elle pratique aussi la photographie. C’est au fil de longues courses à pieds dans les villes ou dans la nature, dans des moments d’observation du monde ou en écoutant des genres de musique très éclectiques qu’elle trouve son inspiration. Elle a été récompensée de prix prestigieux comme Le Prix Landerneau ou le Prix Orange du livre pour son roman « Dans son propre rôle » (éditions de l’Olivier 2015).

Bibliographie

• 1999 : Trois nouvelles dans les recueils collectifs Choisir et Fêter, Page à Page • 2000 : Si encore l'amour durait, je dis pas, Page à page ; Pocket "nouvelles voix" • 2001 : Tu vas me faire mourir, mon lapin, Page à page • 2001 : Les mamies ne portent pas de pantalons, roman pour adolescents, illustrations de Pascale Evrard, Commande de la municipalité de Liévin, diffusion gratuite dans les établissements scolaires et culturels du Nord-Pas-de-Calais ; • 2003 : Push the push button, Page à page ; Pocket • 2003 : La prochaine fois : ciseaux, nouvelle, dans le recueil collectif Lettres d’aveux, Pocket • 2004 : Tout le monde est allongé sur le dos, Page à page ; Pocket • 2004 : Un cow-boy sur le dos, nouvelle pour Lille 2004, in Migrations, Page à Page • 2004 : Body snatchers et coprins noirs d’encre, nouvelle, sur www.ecrivainsenligne.com ; • 2005 :Carnet de voyage à Lille-Moulins, carnet de voyage sous forme d’un coffret de cartes postales, illustrations de Pascal Goudet, Maison Folie de Moulins ; • 2005 : La Fin du chocolat, Les Carnets du dessert de lune • 2006 : Je respire discrètement par le nez, Les Carnets du dessert de lune ; • 2008 : Collier de nouilles, Les Carnets du dessert de lune • 2010 : L'éternité n'est pas si longue, Éditions de L'Olivier ; Points • 2011 : Holden, mon frère, L'École des Loisirs • 2013 : Une faiblesse de Carlotta Delmont, Éditions de L'Olivier • 2013 : Prends garde à toi, L'École des Loisirs • 2014 : Le Blues des petites villes, L'École des Loisirs • 2015 : Banale, L'École des Loisirs • 2015 : Dans son propre rôle, Éditions de L’Olivier Prix Landerneau Découvertes 2015- Prix Orange du Livre 2015 • 2016 : Tombeau de Pamela Sauvage, La contre allée • 2016 : Le Zeppelin, Éditions de L’Olivier • 2016 : Je respire discrètement par le nez , Les Carnets du Dessert de Lune • 2017 : La vitesse sur la peau3, Éditions du Rouergue, collection doado • 2018 : La vie effaçant toutes choses, Éditions de L’Olivier • 2018 : Pas de côté, Les Carnets du Dessert de Lune • 2019 : A happy woman, un mois avec Meredith Monk, L'Olivier • 2020 : Le sel de tes yeux, L'Olivier • 2021 : La geste permanente de Gentil-Cœur, L'Attente


RIKIKI

par Aurélia Declercq

Métamorphose verbale
Préface de Pierre Alferi

Avec des mots tour à tour tranchants et veloutés, une syntaxe acérée mais un phrasé soyeux, Aurélia Declercq nous entraîne dans la petite grotte, la gorge derrière la glotte, où la nature physique abdique ses lois devant celles de la profération et de la projection, de la lecture et de la rature, d’une métamorphose verbale continue et néanmoins brutale. Il vaut la peine de la suivre dans ce détroit de tissu et de chair déchirés. La voix qui nous guide est déjà reconnaissable entre toutes. (Extrait de la préface de Pierre Alferi)

 

Lecture d'un extrait par l'autrice

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Extrait :

Remise du deuil à moitié je me suis rappelée qu'on était dans une sorte de cave ceci explique cela. Toujours pas d'Elsa dans l'angle de vue, pas de tapis rouges tapissés bientôt cavés. Disant bientôt cavés je trébuche, presque c'est la chute totale dans pigeon tout emplumé, trébuchée là un tchin aux fabuleux clowns qui nous enchantent encore : à Keaton titubant, sa blessure cicatrisée c'est-à-dire à la seconde. Ramassée je vois le visage de Keaton ici, je vois dentelle et autres tissus sur ses cils, enchanté Keaton, bienvenue dans le jabot. J'imagine, Keaton tu as dû tomber dans l'oiseau, tomber bien tomber là, toboggan à ton tour. Dans sa chute, dans son gag pigeon, je vois une broderie lézarde, une crevasse toute cousue, chute un peu fibrée rien de tel qu'un birdy pour les clowns encore d'aujourd'hui.

Critiques :Christian Rosset dans DIACRITIK a écrit:

"C’est toujours un bonheur de lire un ouvrage peu épais, mais d’une grande densité, qui nous entraîne du premier au dernier mot, et que l’on peut reprendre aussitôt, comme on replace la tête de lecture sur la première plage d’un vinyle après le lockgroove final."

Yves di Manno dans CATASTROPHES a écrit:

Une inconnue, pour clore cet épisode. Aurélia Declercq est née à Bruxelles en 1993, elle est diplômée en psychologie clinique, ayant mené des recherches sur les processus langagiers dits psychotiques, et a entamé plus récemment un nouveau cursus aux Beaux-Arts de Paris. Pour l’instant, elle a trouvé refuge en Géorgie (ex-soviétique – pas celle du deep South et de Ray Charles…) après avoir publié en ce début d’année un étonnant premier livre : Rikiki, aux éditions de l’Attente – dont il faut souligner, au passage, le remarquable travail depuis plus de vingt ans au service de cette subversion joyeuse que nous évoquons aujourd’hui. A bien des égards, Rikiki relève de ce registre perturbateur : c’est un texte à proprement dire insensé, ou plus précisément qui expose l’impossibilité de produire son propre sens dans le langage courant. Nous sommes donc confrontés à une langue hybride, mêlée d’autres dialectes (où l’anglais a peut-être la part trop belle) et à la grammaire décalée, qui s’acharne à capter une étrange mélopée censée remonter du jabot d’un pigeon… Résumé de la sorte, le projet de l’ouvrage paraîtra sans doute improbable : il l’est, d’ailleurs, mais autrement. La vérité, c’est que cette narration parcellaire et presque psalmodiée par instants s’avère très vite envoûtante, enchaînant ses déroutants énoncés comme s’il s’agissait de la langue commune, justement, et non de l’idiome le plus privé qui soit, au double sens du terme. Une simple citation ne saurait rendre compte de l’étrangeté de ce texte et de la fascination qu’il exerce sur son lecteur, en le confrontant constamment à d’étonnants néologismes, des tournures qui semblent de prime abord obscures ou dénuées de signification mais diffusent à la longue une lumière et un sens seconds, d’une évidence que n’auraient jamais su produire le vocabulaire et la syntaxe ordinaires. Tout cela donne un chant dont l’opacité, pour ne pas dire le trouble, ne masquent ni la dimension charnelle ni l’élan amoureux dont il est probablement la métaphore. C’est une belle entrée en matière, quoi qu’il en soit, et l’on attend avec curiosité la suite d’une aventure aussi singulièrement entamée.

Paul de Brancion dans Radio Fidélité a écrit:

Entretien et lecture de l'autrice


À propos de l’auteur

Aurélia Declercq (1993) est née à Bruxelles et vit à Paris. Après un diplôme en psychologie clinique et des recherches sur la fonction du néologisme dans les processus langagiers dits psychotiques à l’Université Libre de Bruxelles, elle rejoint l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris afin de poursuivre ses réflexions sur la matérialité du langage. RIKIKI est son premier livre et il suit une série de publications de textes théoriques (Flux News, le Point Contemporain, Université Libre de Bruxelles) ainsi que poétiques (11 Mars 1978 Serendipity, DO IT, revue Dissonances, A) GLIMPSE) OF) Issue).


Tiroir central

par Sophie Coiffier

Couverture d’ouvrage : Tiroir central
Fiche technique :Prix : 11,50 € EUR
ISBN : 978-2-36242-092-4
Taille : 13,00 x 19,00 cm
Pages : 82

Désordre centralisé

Comment atteindre le fondamental en partant du dérisoire, d’un fouillis inquiétant et familier ? Nous sommes perdus, lost in translation, égarés dans le langage, dans des espaces difficiles à habiter, entre les cases des formulaires… Les chapitres-dossiers de ce tiroir central exposent des repères qui font signe : découvrir un certain sens au désordre, s’y reconnaître, retrouver un passage, un endroit déjà connu et de là, enfin, tracer son chemin, singulier et multiple.

 

Lecture d'un extrait par l'autrice

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Extrait :

C'est compliqué. C'est compliqué depuis toujours. Mais, là ça dépasse l'entendement, au sens littéral. On fait dire aux mots des choses qu'ils ne disaient pas avant ou bien on leur interdit d'en dire davantage. Imagine : tu désignes d'un doigt tremblant une chose, ton doigt tremble car bientôt tu ne sauras plus en dire quoi que ce soit. Avant, les mots paissaient paisiblement à flanc de coteau, ils attendaient patiemment qu'on les trouve, qu'on les ramène au lasso, qu'on fasse un troupeau au carré, alignant comme il se doit ces gentils animaux dans un ordre harmonique. Aujourd'hui, à l'image des ours bruns, des dauphins et du moineau domestique, les mots s'étiolent et disparaissent.

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Du coup, soit on se rabat sur ceux qui restent et un vocable rassemblera généreusement désormais sous son aile plein de significations différentes - à l'image d'une encyclopédie chinoise borgesienne, on entrera à nouveau dans un monde mythique acceptant le tohu bohu et le pithécanthrope dans la même case, si le mot compte double en plus, on pourra gagner la partie, (à condition, cependant, de trouver encore des gens avec qui jouer).

lecture de Tiroir Central par Delphine Bretesché

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Critiques :Eric Pessan a écrit:

En lisant l’ouvrage de Sophie Coiffier, j’ai repensé aux tiroirs fourre-tout : mes parents en avaient un, mes grands-parents aussi, et j’adorais les ouvrir pour en retirer un bric-à-brac d’objets, de photos, de vieilles paires de lunette, de briquets à étoupe, de bijoux moitiés cassés, de clés qui ouvraient des serrures perdues… des choses qui participaient au désordre d’autrui et dont – parfois – la signification m’échappait totalement. J’ai aussi réalisé que je ne possédais pas chez moi un tel tiroir, il est sans nul doute réservé aux gens ordonnés, ceux qui rangent tout et doivent parfois renoncer à le faire pour une chose spécifique qui n’a sa place dans aucune étagère ou une photographie qui ne peut se coller dans un album ; en ce sens, ma maison entière est un tiroir central. Tout ça pour dire que le livre de Sophie Coiffier qui sort dans quelques jours aux éditions de l'Attente est une sorte d’inventaire du tiroir central d’un buffet intime. « Nous sommes tous les secrétaires provisoirement définitifs de nous-mêmes. La vie contemporaine le veut plus que tout. Nous devons nous classer, nous ranger, trouver une place, nous réconcilier avec un monde dont l’ordre était là avant que nous arrivions », écrit-elle ; et de cette tentative de classement en 10 chapitres (qui forment comme le tracé du vol d’une mouche contre une vitre), l’autrice en tire un livre drôle, puissant, dénué de nostalgie, où le langage lui-même tout à la fois résiste et collabore à cette tentative de mettre un peu d’ordre dans le fouillis généré par nos existences.

Adrien Meignan dans Un dernier livre avant la fin du monde a écrit:

"Naviguant entre les livres et les lieux, la poète construit un endroit pour se poser, restituer le désordre dont chaque vie est faite. L’absence de linéarité n’est pas ici cacophonique. Au contraire, il sort du Tiroir central une mélodie proche de la saudade. La joie triste de voir son monde qui évolue incite le lecteur à se faire discret. Nous sommes ici des spectateurs effacés d’une réflexion dont seule Sophie Coiffier détient la clef. Nous nous devons de faire silence et écouter ce récit qui jaillit plus qu’il ne s’écoule."

Yves lecteur dans Les libraires.fr a écrit:

"Je ne sais plus qui disait que l'écrivaine n'a pas forcément une vie plus riche qu'un autre, mais qu'elle a le talent de la raconter. Ces textes de Sophie Coiffier en sont l'exemple parfait. Quasiment rien de ce qu'elle raconte n'est extraordinaire, je me suis même remémoré quelques souvenirs personnels très proches. Mais les ressemblances s'arrêtent ici, là où moi, je serais plat et sans saveur, elle sait intéresser et procurer un réel plaisir de lecture. "

dans YEUSE RADIO:

Entretien avec Eric Pessan


À propos de l’auteur

Sophie Coiffier est née à Bayeux en 1967. Elle vit et travaille à Paris et Port-Louis. Docteur en arts plastiques, elle a enseigné pendant plusieurs années, dirigé des mémoires de fin d’études et animé des ateliers d’écriture à l’ENSCI (École Nationale supérieure de Création Industrielle à Paris) et à l’Université de Rennes 2. Autrice et chercheuse indépendante, elle participe à différents projets d’exposition et de publication. Elle vient des arts plastiques, y retourne de temps en temps, les prolonge dans le texte. Elle a notamment publié Paysage zéro aux éditions de l’Attente en 2017 et, en 2020, Le poète du futur aux éditions Lanskine.

Bibliographie

• Le poète du futur, éditions Lanskine, mai 2020 Paysage zéro, l'Attente, 2017 • Me and my dog, éditions MIX, mai 2012 • Les ciels , éditions MIX, mai 2009 (avec l’aide du CNL) • Le paradoxe de l’instant , éditions MIX,  février 2007 (avec l’aide du CNL)