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Colloque des télépathes

& album CD "Post-Gradiva"

par Sandra Moussempès

Héroïnes amplifiées
Livre + CD audio
Avec le soutien du Centre National du Livre

Un fait divers de l’ère victorienne se dévoile en filigrane, autour des sœurs Fox qui communiquaient avec les esprits. En parallèle à cette ambiance gothique l’auteure convoque celle tout aussi étrange des années 69-71 à Hollywood, temple des sectes hippies, des starlettes en devenir et d’une idéologie inquiétante et joyeuse qui berça aussi son enfance. Comme une auto-fiction poétique caméra au poing, le récit alterne les époques, revient sur ces femmes, héroïnes amplifiées par des états modifiés de conscience.
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L’album Post-Gradiva est la bande son du livre. Sandra Moussempès utilise les différentes textures de sa voix chantée qu’elle intègre à l’énonciation du poème en vocalisations narratives. Les atmosphères cinématographiques questionnent la notion de temporalité et les sensations de déjà-vu en provoquant une forme d’hypnose.

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Lecture d'un extrait par l'autrice

« See » extrait de l'album Post Gradiva inclus dans le livre - Black Sifichi / Sandra Moussempès

Parution :
Thématiques :
Extrait :

{ 1 }
Certaines réponses se sont évaporées sur ce guéridon
Nous étions dans un corridor passant d’une certitude à l’autre sans pour autant faire tournoyer nos sensations
Il s’agissait peut-être de nulle part sauf si nulle part est une chambre à air, militant pour le prolongement des rêves éveillés
Tu affines une pensée, nous sommes entourés de terre glaise et d’une impression de déjà-vu
Chaque trou représente une dissonance à recoudre le long de vies parallèles
Les enveloppes remplies de sirènes sont toutes tombées
Si nous perdons du temps à en gagner nous sommes nous-mêmes notre alter ego retenu dans un trou enduit de paillettes

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{ 2 }
Émerveillés par une rivière flottante, des voyageurs nous représentent mieux qu’une élongation familière
À la surface des phénomènes s’encastrent nos reflets, même s’il s’agit du printemps, nous pouvons voir fondre leur véhémence
Avec régularité, des masses de mémoire ont supplanté ce que nous pensions toucher
J’aurais voulu digérer ton ambivalence mais le jour suivant, mon attention s’est relâchée
Tu as souri, transformant des mots en effleurements transcutanés, moi-même je n’étais plus vraiment sûre de pouvoir évoquer ta densité le long d’un voile léger
Désormais nos questions cisaillaient une étoffe à ne pas mettre en toutes les mains photographiées

{ 3 }
« En me promenant dans le noir » est une semonce composée de frissons et de ratures mais qui dit actes manqués se retrouve sur une passerelle à replier un drap
J’entassais chaque réflexion mais rien ne venait à travers le brouillard, j’affûtais ma mémoire en restituant les bribes d’oubli sachant que désormais tu pourrais te passer d’écran total sur la surface de ta pensée
En forêt par exemple, les thèses reposent sur des axiomes bien plus crédibles qu’un confort de masse, la phrase qui arrive peut être écrite devant le mot « auréole »
J’attendais de choisir entre attendre et faire en sorte que l’attente soit un espace de moins car c’est une chose de voir pour croire une autre de se retrouver dans un miroir objectif

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Critiques :Richard Blin dans Le Matricule des Anges N°186 sept 2017 a écrit:

"Lire, écouter Sandra Moussempès, c'est accepter d'être affecté, d'entrer dans un univers de mondes emboîtés les uns dans les autres, d'être pris dans des jeux de miroir qui font de chaque séquence un objet d'anamorphoses."

Ritta Baddoura dans L'ORIENT littéraire a écrit:

Quand un excès de luminosité créait l’aveuglement et rendait flous les gros plans effectués par la poète, dans Colloque des télépathes, c’est l’effort de traverser le temps et les ténèbres qui crée l’éblouissement.

François Crosnier dans POEZIBAO a écrit:

Dans un pays où la « littérature hors du livre » est encore peu répandue (malgré de récentes initiatives comme le festival Extra ! du Centre Pompidou et la création du prix Bernard Heidsieck, dans la pré-sélection duquel figurait le nom de Sandra Moussempès), il n’est pas dans les habitudes des éditeurs de poésie d’insérer un CD dans les livres qu’ils publient. C’est pourquoi il faut féliciter les Éditions de l’Attente de faire entendre de nouveau, après Acrobaties dessinées (2012), le travail sonore de l’auteure, qu’elle a présenté au cours de plusieurs performances ces dernières années - à la Maison de la Poésie ou au Festival Actoral, notamment. Chant, voix, musique et sound design se mêlent pour se constituer en un monde autonome, parallèlement au texte imprimé qu’ils reprennent en partie. L’effet d’étrangeté produit par la voix de Sandra Moussempès induit une approche nouvelle de l’œuvre. Il ne s’agit pas d’illustration secondaire de celle-ci, mais bien plutôt d’un développement différent du même, rattaché à l’écriture à un niveau très profond.

HUGUES dans Blog CHARYBDE a écrit:

Entrechoquant tromperies victoriennes corsetées et illusions dansantes d’un swinging flower power, une redoutable poésie de dévoilement des secrets, portée par une voix aux visages toujours multipliés.

Fabrice Thummerel dans LIBR-CRITIQUE a écrit:

Dans Post-Gradiva, œuvre en soi par laquelle on doit commencer, ce sont la voix et le sens qui sont suspendus : par/dans les susurrements, chuchotements, ricanements, glissandos, vocalisations, effets sonores, boucles rythmiques... Enchantement garanti : quelle puissance hypnotique !

Marie Jejcic dans La Revue Lacanienne N°19 a écrit:

opni : objet poétique non identifié. Ou Famille je vous hais

"... Performance à inscrire dans la filiation de Dada ou de Breton un siècle après, happenings ou « poésie-action » façon Bernard Heidsieck à l’origine de la poésie sonore, innovation en tous les cas, en espérant que la poésie ne s’y éteigne pas."

Eric Lynch dans L'Esprit créateur a écrit:

"Like pop culture’s chimerical representations, Spiritism and related practices emphasize uncanny aspects of language, which Moussempès explores both seriously and with satirical distanciation. If poetic trance, telepathy, and contact with spirits all seize words arising from outside the subject, Colloque captures these messages along with the simulacra of Hollywood, juxtaposing cinematic illusions with altered states of consciousness. Referencing occult and New Age practices, Moussempès evokes the Fox sisters, whose 1848 seances launched Spiritism, a fictional hippy cult surrounding a guru film director, as well as the Primal Scream therapy of the 1970s.12 Her poetry probes Spiritism and other alternative spiritualities, then, with these practices orienting the intermedial play between text and vocal textures and soundscapes. (...)
Eric Lynch in "L'Esprit Créateur" (Etats-Unis, Fall 2018)

Jacques Bonnafé dans FRANCE CULTURE a écrit:

Une lecture de Jacques Bonnafé sur France culture :

"Scènes de film, nichées en nos mémoires d'ombres et de nuit, script d'un scénario invisible. La poésie opère un détachement des paroles, une légère distorsion du fil.
Des indicatifs passent alternant recettes ou préceptes, dispersant les effets d'une décoction réussie, par extraits d'une collecte occulte. Nous sommes dans une communauté et nous en sommes les observateurs. Mots qui ne s'adressent pas au seul lecteur, il se devine accompagné d'un groupe ou d'un chœur d'écoute. La litanie restitue ces lourds instants collectifs auprès des tables tournantes (...)"

Martin Hervé dans "Parler l'invisible" in Spirale 268 (Québec) a écrit:

"On ne joue pas sans bonne raison avec nos fantômes. Derrière la petite comédie des draps blancs et des parquets qui grincent se cache toujours un drame. « Il y a une voix dans matête, je la ramasse la nuit avec une petite cuiller en or massif, puis je deviens cette voix devenue hors de contrôle qui se regarde ans un miroir anglais ». L'enjeu est donc de faire corps avec cette voix, d'en être véritablement affecté, possédé. De l'accueillir, de la sauvegarder aussi, tout en convenant de l'inassimilable altérité qui est la sienne. Une sorte d'éthique spirite qui peut parfois avoir des accents d'art poétique : « Un poème doit être hors sujet tout en restant sujet. » Hors sujet, telle est d'ailleurs la position par laquelle doit en passer le lecteur qui pénètre dans les limbes acoustiques de Moussempès, là où un esprit se déroule telle de la dentelle et dévoile, sous ses revers, les coutures bigarrées du réel. (...) Parce que les expériences de l'invisible ne peuvent que damer le pion aux cadres classiques d'intelligibilité, tant elles excèdent le corps et le langage, quand elles n'en exposent pas les trous et les ratages. Là où réside un écart entre le mot et la chose, entre les mots eux-mêmes, qui laisse inentamé l'idéal d'un autre dire possible. Parler l'invisible ou s'efforcer à parler de ce qui ne se parle pas."

Magali Nachtergael dans PLACE-PLATEFORME a écrit:

"Le regard porté sur les œuvres textuelles hors du livre appelle donc un déplacement du regard au-delà du paratexte mais aussi à tous les implicites qui le composent : forme éditoriale, auteur-trice, lieux de publication pour entrer progressivement dans une analyse du support et aux usages de ce texte, ce que David Ruffel nomme une « littérature contextuelle »17. Lorsque Sandra Moussempès publie Colloque des télépathes aux éditions de l’Attente, elle y ajoute un disque audio au titre différent du livre, Post-Gradiva. Ce CD, qui contrairement au livre, dépend de technologies à l’obsolescence programmée, accompagne la lecture sans la reconduire directement : on entend en alternance des sonorisations vocales, des extraits de textes lus par une voix masculine (Antoine Boute) ou des morceaux chantés. Ce disque reconduit la matière textuelle en la déformant et en lui donnant la forme adaptée à une écoute flottante, musicalisée et atmosphérique. Moussempès par ailleurs performe des lectures dans d’autres contextes, sur scène. Ce dernier avatar du texte l’ouvre à une potentialité plastique qui n’est pas entièrement et directement perceptible dans l’imprimé seul. Le texte sort ainsi de sa visée moderniste, comme l’indique Pascal Mougin dans le passage du « moderne » au « contemporain »18, et s’émancipe de la forme fixe de la page pour entrer dans la virtualité d’une performance ou plutôt d’une actualisation. On en vient donc à analyser non seulement le contenu discursif et linguistique d’une œuvre mais aussi ses modalités de performance qui obligent aussi à reconsidérer certains réflexes critiques."


À propos de l’auteur

Née à Paris en 1965, Sandra Moussempès est poète. Ancienne pensionnaire de la Villa Médicis, elle a été publiée principalement dans la collection « Poésie » aux éditions Flammarion et aux éditions de l’Attente. Son travail interroge les stéréotypes liés au féminin et les non-dits familiaux par le biais d’un environnement inquiétant, cinématographique et auto-fictif. Également artiste sonore et vocale, elle convoque la notion de temporalité et les états modifiés de conscience dans ses lectures performées, intégrant sa voix (lyrique, éthérée, bruitée) à l’énonciation du poème, dispositif qu’elle a présenté dans divers lieux tels que la Fondation Louis Vuitton, le Centre Pompidou, le MAMCO de Genève, le Musée du Carré d’Art de Nîmes, la Kunsthalle Mulhouse, le festival Actoral. Elle a réalisé 3 albums audio dont 2 inclus dans ses livres aux éditions de l’Attente. Elle vit actuellement en Normandie où elle élève son fils né en 2005.
/// Nina Parish, "Entretien avec Sandra Moussempès." L'Esprit Créateur 58:3 (2018), 131-134. (© 2018 L'Esprit Créateur. Reproduit avec la permission de Johns Hopkins University Press.) Cliquer ici pour voir l'article
Entretien avec Fabrice Thumerel pour LIBR-CRITIQUE 
Autofiction, traumas et féminisme - De Cassandre en Lilith : mes figures du quotidien : sur COLLATERAL

 

Bibliographie

Principales publications :

. Fréquence Mulholland, éditions MF, 2023

Cassandre à bout portant, coll. "Poésie", Flammarion, 2021 • Cinéma de l'affect (Boucles de voix-off pour film fantôme), L'Attente, 2020 • Vox Museum, album CD publié aux éditions JOU, 2019 • Colloque des télépathes (& album CD Post-Gradiva), L'Attente, 2017 • Sunny girls, coll. "Poésie", Flammarion, 2015 • Acrobaties dessinées (& CD Beauty sitcom), L'Attente, 2012 • Photogénie des ombres peintes, coll. "Poésie", Flammarion, 2009 (prix Hercule de Paris 2010) • Biographie des idylles, L'Attente, 2008 • Le seul jardin japonais à portée de vue, L'Attente, 2005 • Captures, coll. "Poésie", Flammarion, 2004 • Hors Champs, C.R.L Franche-comté, 2001 • Vestiges de fillette, coll. "Poésie", Flammarion, 1997 • Exercices d’incendie, coll. "Biennale Internationale des Poètes en Val-de-Marne", Fourbis, 1994 /// Anthologies : • Un nouveau monde, Poésies en France 1960-2010, Yves di Manno & Isabelle Garron, coll. Mille&unePages, éditions Flammarion, 2017 • Writing the real, a bilingual anthology of Contemporary french poetry by Nina Parish and Emma Warfstaff, Enitharmon Press, 2017 • Voix vives, Sète, éditions Bruno Doucey, 2011 • L’Énigme-poésie : entretiens avec 21 poètes françaises, John Stout, Rodopi, 2010 • Couleurs Femmes, éditions Castor Astral / Nouvel Athanor, 2010 • "Captures", 14 poètes, anthologie critique et poétique, Prétexte, 2005 • "Spiritus temporellement décalé" in 49 poètes, un collectif, Flammarion, 2005 • 49 poètes, un collectif, Flammarion 2004 • 14 poètes, anthologie critique et poétique, Prétexte 2004 • "Poèmes inédits", Une “action poétique” de 1950 à nos jours, Flammarion, 1998 • Poèmes extraits d’Exercices d’incendie traduits en espagnol in Poesia Francesa Contemporana 1940-1995, éditions Libros di Tierra Ferme (Argentine), 1998 • "Poèmes sélectionnés" in Une Anthologie Immédiate, Fourbis, 1996 • "Corsetées" in 29 Femmes, une Anthologie, Stock, 1995 • Une anthologie immédiate, Fourbis, 1995 /// Chapbook bilingue traduit en américain : • From : Sunny girls, Chapbook traduit par Elena Rivera at Above Ground Press, Canada, 2017 /// Traductions (de l'anglais) :Je, au delà, un essai en temps de deuil, Kristin Prevallet, (avec Françoise Valéry), L'Attente, collection W, 2008 • Red, de Kristin Prevallet, Action Poétique, 2003 • Selected poems, d'Oscar Wilde, Action Poétique, 1995


Chœurs politiques

par Frank Smith

Couverture d’ouvrage : Chœurs politiques
Fiche technique :Prix : 9,00 € EUR
ISBN : 978-2-36242-066-5
Taille : 13,00 x 19,00 cm
Pages : 80

poésie politique en action

Pour qu’enfin cesse la vaine construction et déconstruction de châteaux en Espagne qui reposent sur le sable de nos partis pris, Frank Smith nous livre un petit vade-mecum à l’usage d’une linguistique mise sur l’établi, tout près des tournevis, des marteaux et des ciseaux à bois à destination démocratique. Rédigé à l’impératif car il nous est fondamental de sortir de nos torpeurs, de nos renoncements et de nos incertitudes. (Éric Coder)

Parution :
Thématiques :
Extrait :

— Comment, comment dans l’ordre des discours enfin prendre la parole ?

— Ne demande pas d’entrée de jeu, et ne t’explique pas, et rends-toi compte que tu n’as rien à dire, et ordonne, invente un problème avant de creuser une solution, et fabrique, oui, tes propres questions, et surtout ne pratique pas d’objections, sors de tout ça, c’est facile, et ne pense pas en termes d’histoire, le passé, le futur, c’est pas grave, et ne fais pas comme si, et ne classifie rien, et n’imite pas le chat ou le chien, et ne fais pas de châteaux en Espagne, et ne te confie à personne, on est là.

— Comment, comment être enveloppé par la parole plutôt que de la prendre ? Et comment, comment la porter, la parole, au-delà de tout possible commencement ?

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— N’imite pas, et ne te conforme pas à un modèle, et fous-toi des principes et des constructions de phrases, des rythmes et des figures, et ne pense pas aux conséquences qui s’ensuivent, et remplace un mot par un autre s’il ne te convient pas, il n’y a que des propositions fragiles et insensées pour essayer de se comprendre, alors crée des mots et des phrases, crée des mots fabuleux à condition de les défabuler, et n’attends jamais de retour spécial, et ne convoite jamais une attention de qui que ce soit, de quelque sorte que ce soit, et ne fais pas de châteaux en Espagne, et ne te confie à personne, on est là.

— Car, car ainsi une voix sans nom nous précède déjà ?

— Ne cherche pas à tout comprendre, et n’interprète rien, et ne te tiens pas dans une organisation réfléchie ni une inspiration spontanée, une orchestration ou une petite musique, mais déplace-toi dans ta parole, et bouge, remue dans le langage lui-même, et n’appartiens à aucun cercle d’aucun mouvement, et fais de ta langue une pratique étrange et étrangère, un emploi pas homogène, et affecte-toi depuis ta langue à toi, et ne fais pas de châteaux en Espagne, et ne te confie à personne, on est là.

— Veux-tu, veux-tu quelque autre chose encore que la parole ? La vie ?

— Combine la matière des choses et des éléments, et n’aie pas peur des contresens à moins qu’ils ne soient induits par des interprétations diffuses, et éloigne, refuse le pouvoir que tu pourrais avoir, mais rapproche, invente de nouvelles forces, de nouvelles armes, et sois gauche, fragile, faible, et charme, et source de vie, et sois personne, et sois personne dans personne, et sois la chance unique qui glisse en un instant, et ne découpe pas, ne probabilise pas, ne mutile pas l’imprévu, mais affirme, plutôt, affirme avec obstination, une persévération de toi, une persévération de toi dans toi, sans égal, affirme-la, et ne fais pas de châteaux en Espagne, et ne te confie à personne, on est là.

— Peux-tu, peux-tu quelque autre chose encore que ma vie ?

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Critiques :Jean-Philippe Cazier dans Diacritik a écrit:

"Chœurs politiques n’est figé dans aucun genre, il les traverse, les trouble – livre trans-genre(s) comme il est sans doute une des tâches de la littérature aujourd’hui d’en penser délibérément et activement les conditions et conséquences, et d’en écrire."

Hugues Jallon dans Charybde 27 : Le Blog a écrit:

"Étranges et magnifiques conseils à un jeune poète politique, sur le mode impératif et chanté, critique et scandé."

Jean-Paul Gavard-Perret dans Lienternaute a écrit:

"Frank Smith donne ici à ses semblables et frères (sœurs idem) remarques et conseils - même si l’impératif de chaque segment pourrait faire penser à des ordres. Le tout sous l’égide d’une injonction capitale : ne pas se conformer à un usage - soit-il prétendu bon - et fonctionner par « intersections ou croisements de trajectoires » en lieu et place d’une ligne générale propre à foncer dans les murs. Il vaut donc mieux la déroute que la route non pour dériver dans l’abîme mais s’extraire des exercices d’imbécillité que toute règle implique."

Laurent de Sutter a écrit:

Que pourrait être un poème collectif - un faire qui soit authentiquement politique ? Dans "Chœurs politiques", son nouveau livre, Frank Smith pose cette question en la *faisant* lui-même, en la fabriquant comme seuls fabriquent les poètes. Il assemble les voix d'une tragédie qui est celle du présent, mais qui ignorait encore comment parler d'elle-même comme d'un ensemble. L'exercice est vertigineux. Lisez.

Adrien Meignan dans Addict culture a écrit:

Ainsi cet ouvrage, trace d’un vécu scénique, permet de se rendre compte du déploiement du politique dans une phrase. La lecture facilite le regard critique. Elle donne à comprendre une complexité essentielle que chaque injonction projette au-delà du sens.

Fabien Ribery dans L'INTERVALLE a écrit:

“Anthologie de voix” juxtaposées, Chœurs politiques, du poète Frank Smith (éditions de L’Attente) est une sorte de théâtre neuf, un ensemble de mondes en sujets, la constitution d’un espace entre des vivants qui parlent en exposant, dans la nudité d’une relation sans hiérarchie, leurs phrases brisées, blessées, relevées.

Véronique Bergen dans ART PRESS N°450 décembre 2017 a écrit:

"Délestée de toute concession, de toute facilité, l’entreprise de Frank Smith revisite la fonction révolutionnaire du mot, de l’image au sens où leur usage inédit, leur montée à un autre régime de perception font d’eux le médium pour libérer ce qui n’a pu être dit, phrasé, filmé, joué."

Mélanie Cessiecq-Duprat dans LECTRICE a écrit:

10 – « Chœurs politiques » de Frank Smith.
Dernier jour, dernier livre. Pas facile de choisir parmi tous ceux que j’ai appréciés récemment mais celui-ci, un peu comme les « Lettres à un jeune poète » il y a presque 30 ans, m’a fait l’effet d’une bombe. Il y a des livres comme ça, qui vous tombent dessus comme si on vous réveillait en pleine nuit pour vous bombarder de phrases dont chacune produit un mini séisme et creuse en vous une faille – pas de celles qui vous plongent dans l’obscurité et les doutes, plutôt le genre à tracer des tunnels dans tous les sens (les sens physiques mais aussi ceux qui poussent l’esprit à voyager) –, des livres qui vous immergent dans des espaces aux perspectives infinies, dont on ressort avec la sensation d’une immense liberté ; celle de pouvoir regarder le monde d’en haut, comme à la sortie d’un rêve où l’on a passé les dernières heures à voler.
Jean-Philippe Cazier, dans un article pour Diacritik, dit qu’ « il pourrait s’agir d’un livre de poésie, d’un texte politique autant qu’éthique, d’un essai sur la poésie en même temps qu’un essai sur un mode de vie et de pensée encore nouveau. Le livre de Frank Smith pourrait être tout cela – et c’est effectivement ce qu’il est tout en étant autre chose. »
Pas d’identification précise quant au genre de ce texte donc, ni au sujet des personnages qui restent anonymes puisqu’ils n’ont ni âge, ni origine, ni statut définis, mais qui se trouvent rassemblés autour d’un même procédé, celui d’un dialogue entre une voix off qui pose des questions autour du discours, de la parole, et un Chœur qui affirme sans détour la notion de collectif, d’ensemble (d’être ensemble, de former un tout), pour exprimer d’une seule voix – « le murmure d’une langue collective » – des réponses formulées comme autant d’ouvertures possibles, autant de façon de voir le monde pour se libérer de ce qui nous pèse et que l'on s'impose : nos conditionnements, nos conflits intérieurs, nos obsessions, nos peurs, nos besoins d’affirmation et de reconnaissance, tout ce qui nous empêche d’être nous-mêmes et d’être à la fois personne. Car c’est peut-être là la clef ; dans cette idée qu’il nous faudrait lâcher un peu de ce nous-mêmes autour duquel on s’est construit et auquel on s’accroche souvent désespérément mais qui n’est, au fond, peut-être qu’une illusion, qu'un obstacle à ce qui nous permettrait d’accéder à un état où le tout – le tout politique, philosophique et spirituel – serait en parfait équilibre et sans mettre en danger le soi, le moi, le je…


À propos de l’auteur

Frank Smith, né en 1968, vit et travaille à Paris. Il est écrivain, poète et réalisateur, vidéaste. Il est représenté par la Galerie Analix Forever, Genève.
Il a longtemps été producteur pour France Culture où il a notamment codirigé l’Atelier de création radiophonique, de 2001 à 2011, et animé l’émission La Poésie n'est pas une solution (été 2012).
Il est par ailleurs éditeur, directeur de la collection ZagZig de livres/CD, qu’il a créée aux éditions Dis Voir en 2008, et dirige avec Antoine Dufeu la revue critique et clinique de poésie, RIP.
Il a collaboré également au journal L'Impossible de Michel Butel, à la revue Mouvement, et a animé le dispositif « Poé/tri » d’entretiens avec des poètes pour la plateforme nonfiction.fr
Depuis Guantanamo, (éd. Le Seuil, 2010) puis Gaza, d’ici-là (Al Dante), Etat de faits et Katrina (L'attente), il inaugure, à partir de documents et d’archives, une série d’« investigations poétiques » en phase avec les conflits majeurs du monde contemporain.
En 2014, aux États-Unis, la traduction de Guantanamo par la poète conceptuelle Vanessa Place, est sacrée meilleur livre de l’année par The Huffington Post : « un livre mutant, errant aux confins de Kafka, Lyotard et WC Williams » selon Avital Ronell.
A paraître : Choeurs politiques, Poème dramatique pour voix (L’attente, automne 2017).
Prochaines réalisations : Le Film de l’impossible, présenté au centre Pompidou dans le cadre du Festival Hors Pistes Production, septembre 2017, et Le Film des Indiens (Hors Pistes 2018, centre Pompidou).
En 2018, Frank Smith présentera une nouvelle exposition à la Galerie Analix Forever : Les Films du monde/68 cinétracts, pour célébrer les 50 ans de mai 1968, et participera à une exposition collective Art & Prison, à Hobart, Tasmanie, en juin (commissariat Barbara Polla).

Bibliographie

Chœurs politiques, l'Attente, 2017 • Fonctions Bartleby, bref traité d’investigations ­poétiques, Le Feu sacré, collection Les feux follets n°2, 2015 • Résolution des faits, Fidel Athelme X, 2015 • KATRINA - Isle de Jean Charles, Louisiane, l'Attente, 2015 • Surplis, Argol, 2015 • Le Film des questions, Plaine Page, 2014 • Guantanamo (tranduit par Vanessa Place, introduction by Mark Sanders, praise by Avital Ronell), Les Figues Press, Los Angeles, 2014 • États de faits, l'Attente, 2013 • Gaza, d’ici-là, Al Dante, 2013 • Guantanamo, Seuil, Collection « Fiction & Cie », 2010 • Dans Los Angeles, Le Bleu du ciel, 2009 • Le cas de le dire, Créaphis, 2007 • Je pense à toi, Les Cygnes, 2004 • Zigzag poésie. Formes et mouvements : l’effervescence, Autrement, 2001 • Poé/tri. 40 voix de poésie contemporaine, Autrement, 2001 • Je @ toi, Olbia, 2001 • Pas, photographies d’Anne-Marie Filaire, Créaphis, 1998


Salle d’embarquement

par Jérôme Game

Couverture d’ouvrage : Salle d'embarquement
Fiche technique :Prix : 12,50 € EUR
ISBN : 978-2-36242-065-8
Taille : 13,00 x 19,00 cm
Pages : 152

Déroutage
Avec le soutien du Centre National du Livre

C’est l’histoire d’un déroutage inopiné dans les interstices de la globalisation, smartphone en main. Pour son travail, Benjamin C. parcourt la planète en avion, chaînes d’hôtels et voitures de location. Témoin en immersion, il absorbe tout ce qu’il voit. Le regard qu’il porte sur le monde d’aujourd’hui, saturé d’images, lui enseigne que le réel est affaire de recadrages comme de contrechamps. Répondre à cet appel, c’est commencer d’agir, ici et maintenant.

 

Lecture d'un extrait par l'auteur

Parution :
Thématiques :
Extrait :

On voit l’aile gris-sale est immense. Elle divise l’image en biais le bitume clair, le ciel bleu accablant. L’avion bouge sur le marquage au sol est jaune profond 0:49/7:53 L’enfant crie. Le vrombissement grandit, on voit les bandes de ciment le runway s’anime, ça défile, le plan s’incline tout doucement ça pousse, on décolle 1:51/7:53 L’avion pousse dans l’air est saturé de lumière. On voit le terre-plein vert au milieu des pistes rapetissent, avec les appareils amarrés en corolles aux satellites 2:02/7:53 Très vite le grillage, la zone franche et les franges de la ville se suivent 2:41/7:53 L’autoroute de bord de mer, la plage, l’écume en liseré blanc, le bleu du ciel fait vibrer l’aile shiny white grey 3:01/7:53 On voit la côte tourne un peu le réacteur assourdissant. Pas un nuage. On grimpe toujours.

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On a laissé la côte derrière 6:18/7:53 We’ve now reached an altitude where it’s safe to use appropriate electronic devices. A list of approved devices can be found in the SkyHigh Magazine in front of you. We request that you remain seated until the seatb les enfants sourient, la maman l’avion vire sur l’aile à 70 degrés.
On voit l’avion devant nous s’enfonce dans le bleu sa traînée, c’est un quadri 0:22/1:29 On zoome. On voit les tuyères foncées, les panaches blancs s’épanouissent dans le bleu cadré du pare-brise à l’avant 0:51/1:29 On entend les pilotes, le bruit du cockpit et les écrans.

On voit le winglet à l’extrémité de l’aile resplendit sur le bitume beige. Il fait super beau. Le vert du gazon, l’aileron bleu scintillent 0:57/2:12 L’avion bouge dans le gris, le bleu du ciel, à ras de marquage jaune.

L’aile gauche s’allonge en biais sur la flaque renvoie le soleil dans les nuages 0:13/3:28 La piste est sombre. On voit des gouttes de pluie sur le hublot et le terre-plein trempé 1:39/3:28 On commence à rouler.

On voit le ciel de plomb, les lacets gris, les nœuds de la deux-fois-trois voies et les buildings 1:01/4:56 On voit les entrepôts dans les beiges en bas, les usines 2:08/4:56 On voit les trains de marchandises à l’arrêt on atterrit 2:25/4:56 L’enceinte de clôture, l’épais marquage blanc sur le gris, l’inversion de poussée 3:51/4:56 On est au parking.

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Critiques :Emmanuèl Jawad dans DIACRITIK a écrit:

Salle d’embarquement, de Jérôme Game, s’apparente à un récit dans lequel son personnage – dans des moments de modification et de recomposition de ses perceptions – ne cesse d’observer à travers ses déplacements en photographiant avec un téléphone portable.

Mathias Kusnierz dans En attendant Nadeau a écrit:

Il est donc beaucoup question de sensations dans Salle d’embarquement, qu’elles soient visuelles et optiques, auditives ou tactiles. Si les poètes de la génération de Jérôme Game entretiennent souvent un rapport critique aux images, allant jusqu’à les mettre à mort, l’auteur serait plutôt ici celui qui les ressuscite après avoir pris acte du pictorial turn du monde contemporain.

Claro dans Le Monde des Livres (13/10/2017) a écrit:

Stade du terminal

QUAND C’EST GLOBAL, c’est global. Et à force d’être partout, le monde vomit du nulle part. Le monde est absent, omniprésent mais vide, comme un écran diffusant exclusivement d’autres écrans, où ne défilent plus en bandeau que des informations sur la santé de l’écran. Décrire n’est plus situer. Dire devient répéter. On se déplace, à moins que ce soit le décor qui bouge, tourne, nous contourne. Mais la vie n’est pas un manège, oh non, surtout quand les forains ont désormais le sourire un peu trop cravaté des jongleurs de capitaux et autres orpailleurs de multinationales. La planète étant devenue un carrefour nomade, quoi de plus symboliquement concret qu’un terminal d’aéroport ? Destination ? Oh, à quoi bon la destination puisqu’on est définitivement désorienté. Pire, vu que l’Orient, on l’a perdu depuis Byzance. Non, désormais, on est «désoccidenté». Ça sonne comme une maladie, et ça l’est. C’est ce qui se passe pour le personnage et le lecteur de Salle d’embarquement, le nouveau texte de Jérôme Game, où l’on se pose souvent la question: «Mais où est-ce qu’on est, là ?», «Mais où est-ce qu’on est exactement ?», «Qu’est-ce qu’on voit exactement ?». Bon, remettons les boussoles à zéro et embarquons. Benjamin C’est un cadre au carré qui tourne en rond, il sillonne notre monde en froide jachère afin de régler les petits détails du grand tout pour le compte de divers holdings, et doit s’occuper, entre autres, dans la grande banlieue d’Istanbul, de «la négociation du parking souterrain avec le centre commercial adjacent», à la suite de la mise en chantier d’un hypermarché juste à côté. Il se rend aussi à Tokyo, à Taipei, à Hongkong. Le suivre dans ses démarches – puisque tout n’est plus que démarche, puisqu’on ne marche plus, mais qu’on se déplace, sans cesse véhiculé d’un point à un autre sur la carte d’un non territoire –, c’est, dans le vertigineux Salle d’embarquement, traverser des espaces désincarnés et interchangeables. Tout commence par un terminal, et rien que ça, sémantiquement parlant, ça en dit long. Allez, on décolle. Chez Jérôme Game, gestes et pensées s’enchaînent comme si on les faisait défiler avec le pouce, c’est la smart life: «Le verre en plastique transparent scintille, les fauteuils en laine foncée, la coque blanc cassé de la cabine est moulée. Un gin tonic s’il vous plaît unm…Merci. [Le] sourire [de l’hôtesse de l’air] avance dans la travée se déhanche. Lentement, la tache rouge blond au foulard vert, au nez fin glisse sur fond blanc. Benjamin sent le vent pousser l’avion laisse pisser. Le vent pousse. L’avion bouge. Il laisse. Du calme. Plus de lecture. Un autre verre.» Le monde se pixélise, l’œil devient préhensile – le verbe, lui, tabule. Le récit minimaliste et précis de Jérôme Game est soigneusement rythmé par des listes, des énumérations, qui disent à la fois le global, l’exhaustif et le vain. Liste des destinations avec état des vols, liste des services, consignes, boutiques, indications qu’on trouve dans un aéroport, listes des journaux qu’on peut feuilleter, liste des chaînes de télé qu’on peut regarder dans les hôtels du monde entier (liste des hôtels, donc), noms des aéroports, des compagnies aériennes, liste des produits transportés par conteneur… Des pages billboard, des mantras signalétiques qui se lisent sans se lire, puisque le monde, justement, ne se lit plus: la conscience se contente d’une capture d’écran. Plus de lecture. Un autre verre. Sécurit.
Heureusement, parfois, une fêlure apparaît à la surface de la surface. Benjamin, ouf, déconne. «Une imperceptible distance alors, qui s’insinuerait entre lui et ce qu’il fait, sans qu’il en soit forcément conscient d’ailleurs, et qui le rendrait plus contemplatif qu’à l’ordinaire?» Mais avant de contempler, Benjamin se soûle. A une soirée au consulat, il réclame un pan-bagnat, ce qui n’est jamais bon signe (pour le capital), mais plutôt réjouissant (pour l’humain). Une autre forme de désorientation commence. Définition impeccable de l’ivresse: «Il descend l’escalier. Y a pas d’escalier.» Et puis on est à Tokyo, une ville qui existe avant tout dans les guides et sur YouTube, on ne voit pas, on visionne, «c’est foncé, ça zoome on dirait, ça grossit. C’est la surface de l’eau qui s’éclaircit, on a traversé les nuages. Ça se rapproche. C’est marron bleu foncé, violet. On voit Tokyo Bay, Minato, Shibuya, Shinjuku. On voit Toshima, Taito, Kita, le Rainbow Bridge et Arakawa».
On, ça, c’est : mais où est Benjamin ? Où est-ce qu’on est, là ? Hongkong ? Possible. Et voilà qu’on se force de voir sans voir, notre cadre se découvre un désir de cadrer, un besoin de réapprendre à voir, comme s’il «était déjà à l’intérieur des images, et qu’il lui fallait témoigner de cela». C’est parti, le récit bascule, on passe en mode «photographie narrative», des carrés de texte saisissent l’instant, non plus écrans mais fenêtres, découpes plutôt qu’encarts, «le réel est là on dirait». Jérôme Game a pris soin de placer – de cadrer – une phrase de Godard en exergue de son livre: «Champ. Contrechamp. Imaginaire, certitude. Réel, incertitude.» On comprend mieux. Qu’est-ce qu’onvoit exactement ? Juste un texte ? Non. Un texte juste.

Alain Nicolas dans L'Humanité a écrit:

D’une salle d’embarquement à l’autre, traversé par ce que lui dit le réel, un homme tourne en rond. Le poète Jérôme Game révèle malicieusement par l’image les failles du roman.

Solène de Bure dans Beaux-arts Magazine, avril 2018 a écrit:

Littérature embarquée

Dans son nouvel ouvrage qu'il définit comme un récit-poésie, l'écrivain Jérôme Game se joue de la littérature pour en proposer une forme hybride originale et déroutante. Le lecteur suit au fil des pages Benjamin C., cadre de la grande distribution, qui parcourt le monde pour son travail, entre aéroports, chaînes d'hôtel et voitures de location. Il absorbe tout ce qu'il voit comme autant de photos prises de son téléphone portable, ce qui donne lieu à un texte foisonnant mais minimaliste, ciselé, scandé, fait d'énumérations de listes en tout genre de destinations, détails des vols, boutiques, journaux, compagnies aériennes...
De ces mots naissent alors des paysages urbains qui disent le monde globalisé. Une sorte de défilé d'images monté à la Godard que Jérôme Game a d'ailleurs pris soin de citer en exergue.

Luigi Magno dans ArtPress N°452 a écrit:

Salle d'embarquement est le dernier exemple en date du Morphing processuel que nourrit presque l'ensemble du travail de Jérôme Game. Ce qui apparaît d'abord comme un récit aux allures non linéaires (les aventures de Benjamin C., un cadre qui sillonne le monde) cumule une multiplicité de modes narratifs qui déclenchent des déplacements de lecture ainsi que des redistributions de l'attention catégorielle.

Manou Farine dans FRANCE CULTURE a écrit:

Voici un podcast d'un entretien radiophonique autour de "Salle d'embarquement".

fabbahia dans BABELIO a écrit:

Entre roman et poésie, entre 'liste à la Prévert' et description imagée - sans parler de la mise en page! - ce livre ne peut pas laisser insensible. Ce livre ne se lit pas, il se ressent.


À propos de l’auteur

Jérôme Game est un poète et écrivain français auteur d’une quinzaine d’ouvrages (recueils, essais, roman), de plusieurs CD (de poésie sonore), d’un DVD (de vidéopoèmes), et d’installations (visuelles et sonores). Il lit souvent ses textes en public en France comme à l’étranger, et collabore avec des artistes lors de performances à plusieurs (avec la musicienne électronique Chloé, le metteur-en-scène Cyril Teste, le chorégraphe David Wampach, et le compositeur Olivier Lamarche notamment). Correspondances entre pratiques, questionnements transfrontaliers, dispositifs partagés : c’est dans ces écarts que son écriture explore la consistance des corps, des images, évènements et récits, collectifs ou individuels, via celle des signes et leurs grammaires. Publiés dans de nombreuses revues, ses textes ont été traduits en plusieurs langues (anglais, chinois, italien, japonais notamment) et fait l’objet d’adaptations plastiques et scéniques (dernièrement L.A., par François Sabourin, à la MéCA de Bordeaux en 2020 ; Ovni(s), pièce à l’écriture de laquelle il a contribué pour le collectif ildi!eldi au Festival d’Avignon 2018 ; et Frontières/Borders, exposition à Anima Ludens, à Bruxelles, en 2017). Il vit à Paris et enseigne à la Haute École des Arts du Rhin.
Nominé du Prix littéraire Bernard Heidsieck – Centre Pompidou 2020.

Bibliographie

Album photo, coll. Propos poche, L'Attente, 2020 • Flip-Book & other image-poems (traduction anglaise de Barbara Beck), Barque Press (Londres), 2018 • Salle d’embarquement, coll. Ré/velles, L’Attente, 2017 • Développements, Manucius, 2015 • DQ/HK (livre + 2 CD), L'Attente, 2013 • La fille du Far West, avec Jean-Luc Verna, Fiction n° 12, Musée d'art contemporain du Val-de-Marne, 2012 • Sous influence : ce que l'art contemporain fait à la littérature, Chroniques muséales n° 5, Musée d'art contemporain du Val-de-Marne, 2012 • Poetic Becomings. Studies in contemporary French literature, Peter Lang, 2011 • Ça tire suivi de Ceci n'est pas une liste (livre + CD), Al Dante, 2008 • Flip-Book (livre + CD), L'Attente, 2007 • Sans palmes et sans tuba, Contrat maint, 2007 • Ceci n'est pas une légende ipe pe ce, DVD de vidéo-poèmes, collection "Le Point sur le i", Incidence, Marseille, 2007 • Ceci n'est pas une liste, Little Single, 2005 • Écrire à même les choses, ou, Inventaire/Invention, 2004 • Tout un travail, Fidel Anthelme X, 2003 • Corpse&Cinéma, CCCP Press, 2002 • Polyèdre suivi de La Tête bande, Voix, 2001 • Tension, Fischbacher, 2000


Au centuple

par Jérôme Lafargue

Cent balles au bond

Se fixant comme contrainte d’écrire cent textes constitués de cent mots chacun, l’auteur nous promène dans une dimension qui côtoie la fiction, l’histoire littéraire, la politique, le burlesque ou l’intime. Chaque paragraphe est autonome, étonne et percute par sa justesse, par sa finesse. L’ensemble se tient en un corps kaleïdoscopique à la fois poétique et réflexif sur notre société, non dénué d’une certaine touche comique.

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Au centuple #10

Chasseur de jeans. Voilà une activité originale. Et lucrative : aux enchères, ces Denim qui ont pris la poussière pendant plus d’un siècle peuvent atteindre de belles sommes. Chaque année, les mines d’or désaffectées de l’Ouest américain sont explorées par des collectionneurs ou des petits malins. Au bout de leurs lampes frontales, des paires de pantalons encore accrochées à leurs patères, ou dépassant d’un éboulis. Qui sait, les anciens propriétaires sont peut-être ensevelis à quelques mètres de là.
Quelques fureteurs moins aventureux s’en tiennent aux usines de traitement de l’or ou aux villages fantômes. C’est plus reposant et moins salissant.

*

Au centuple #16

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Dès que Horace Stumpead (1972-2012) lut ce passage de Paul Auster dans La Nuit de l’oracle («  La table d’un écrivain est un lieu sacré, le sanctuaire le plus privé qui soit au monde, et on n’a pas le droit de s’en approcher sans permission »), il empila autour de son bureau des sacs de sable, puis s’arma d’un lance-pierres et d’une sarbacane. On l’entendait de temps à autre pousser des hurlements, destinés à effrayer les rares téméraires qui se risquèrent à le raisonner. Il mourut dix jours après de privation de sommeil, sans avoir pu terminer le moindre livre.

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Critiques :Marianne dans Charybde27: Le blog a écrit:

Déclaration d’amour à la littérature et à tout ce dont elle est capable, ces exercices de style d’un écrivain à l’imagination sans limites, qui ne se prend pas toujours très au sérieux mais prend toujours la littérature très au sérieux...

Philippe Annocque dans Hublots a écrit:

Toutes les cent histoires (lesquelles n'en sont pas toujours au sens strict du terme – mais certes tout n'est-il pas qu'histoires ?) composant ce huitième livre de Jérôme Lafargue qui, pour tout récemment paru (aux éditions de l'Attente) qu'il soit, n'est déjà plus le dernier (et cela nous rassure, vous allez comprendre pourquoi), comptent cent mots, ni plus ni moins. Aussi m'en faudra-t-il exactement le même nombre pour composer ce billet, lequel selon mon habitude ne parle pas du livre lui-même, mais informe son auteur imprudent que le voici condamné, pour une parfaite cohérence, à en publier encore quatre-vingt-douze autres.

Olivier Quelier dans GRANDEURSRVITUDE a écrit:

La cohérence du recueil de Jérôme Lafargue relève du paradoxe : la diversité et la légèreté (légèreté, vraiment ?) des thématiques, tenues par une récurrence des techniques, confèrent à l’ensemble une profondeur qui donne à voir l’auteur face au monde. Rien de pompeux ni de vertigineux ici. Juste un regard empathique et facétieux qui va chercher tantôt du côté des Nouvelles en trois lignes de Fénéon, tantôt dans les écrits de Desproges et Vialatte. On est dans la fable parfois, dans l’anecdote improbable et drolatique souvent ; entre les deux surgissent l’actualité, toujours durement présente, et quelques exercices de style.

Alain Nicolas dans L'HUMANITE a écrit:

Ses fables express parlent du monde, de la vie, croquent des situations tendres ou tristes


À propos de l’auteur

Jérôme Lafargue est né en 1968 dans les Landes. Chercheur en sociologie, surfeur, auteur d’œuvres de fiction et de poésie, il a notamment publié L’Ami Butler, (Quidam 2007), Dans les ombres sylvestres, (Quidam, 2009), L’année de l’hippocampe, (Quidam, 2011) et En territoire Auriaba, (Quidam, 2015). Un souffle sauvage (éditions du Sonneur, 2017).

Bibliographie

Le temps est à l'orage, Quidam, 2019 • Un souffle sauvage, éditions du Sonneur, 2017 • Au centuple, L’Attente, 2017 • En territoire Auriaba, Quidam, 2015 • Nage entre deux eaux, L’Atelier in8, 2011 • L’Année de l’hippocampe, Quidam, 2011 • L’Effacement des potences, Wigwam, 2009 • Dans les ombres sylvestres, Quidam, 2009 • Les Venues, L’Atelier in8, 2007 • L’Ami Butler, Quidam, 2007


Décor Daguerre

par Anne Savelli

Autobiographie d’un décor parisien

Suivre une femme qui crée et se déplace, explorer la notion de décor, de mouvement et d’immobilité... Ce livre n’est ni un journal, ni un essai sur un film ou un souvenir d’enfance. Découpé en 75 parties, il a subi l’influence des arbres et des rues. Parfois il marche droit, comme à longer la rue Daguerre sans faire le tour des boutiques. Parfois il bifurque, saute de branche en branche. Le documentaire Daguerréotypes d’Agnès Varda, sa carrière, les films de Jacques Demy, le Paris des années 70 et celui d’aujourd’hui, constituent les arrière-plans de cette réflexion poétique.

 

Lecture d'un extrait par l'autrice

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Extrait :

Quelle idée de prendre pour décor une boutique, pièce fermée dont on ne peut sortir sous peine de rater le client (collectionner dès à présent les petits mots de fermeture, excuses, retards, numéros de portable laissés en cas d’urgence sur la porte d’entrée), la vitre faisant mur mieux que le mur lui-même, vitre derrière laquelle l’homme ou la femme du magasin sont comme vissés dans le cadre et un jour peut-être leur donnera-t-on le droit de se rendre dans l’arrière-boutique, dans l’arrière-cour, à l’arrière-plan
de se cacher sous le comptoir
d’ouvrir une trappe
de révolutionner les rayons
vitre tu vois qui commence à m’empêcher de faire des phrases correctes, j’en perds le souffle et la respiration
j’ai besoin du retour à la ligne, du saut, de l’ellipse, que se passe-t-il ?
(ce serait une peur soudaine d’écrire en cage ? un travail sur l’enfermement ?)

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Que se passe-t-il en attendant de devenir plus transparent encore que la vitre, la berner, la tromper et passer au travers ? À se croire commerçant, ou du moins immobile, à regarder autour dans cette boutique-boîte du numéro 3 de la rue (qu’on invente, qui n’est peut-être que le carnet lui-même mais dont semblerait-il les parois se rapprochent dès que survient cette impossibilité de sortir), quelques questions, d’entrée de jeu, se posent.

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Critiques :Christine Marcandier dans DIACRITIK a écrit:

L’écriture d’Anne Savelli est ce tremblement qui remue, profondément, la surface des choses, la trouble pour mieux la révéler. L’écriture un bain, comme le révélateur des photographies argentiques, une chambre claire. Écrire revient à donner à voir, autrement. A dire les angles et aspérités qui composent la linéarité apparente.

Hughes, libraire dans Charybde 27 : le blog a écrit:

Mobilisant des registres imaginaires disjoints dont elle étudie les réactions chimiques possibles, Anne Savelli excelle ici à construire une poésie analytique puissante, exigeante, qui laisse pourtant sourdre en permanence la suggestion d’une magie des lieux et des êtres, que la grisaille qui pèse si terriblement sur eux, dans les faits, n’atteint peut-être pas – et c’est bien à l’écriture de provoquer encore ce miracle-là.

Joachim Séné dans Remue.net a écrit:

Dans Décor Daguerre il y a des ramifications qui viennent pousser aux extrémités de chaque idée lancée partant de l’année 75, d’Agnès Varda, du cinéma en général, de la photographie, de Paris,… Il s’agit de suivre naturellement le flux d’une pensée et de tous les possibles qui peuvent naître à chaque instant, en chaque lieu. C’est cette façon de ramifier, ce vertige des possibles, c’est par cette forme mouvante que naît une inquiétante étrangeté à la lecture de ce livre, expression qui sert à Freud pour évoquer la "terreur et la sidération devant certains récits". Il s’agit ici principalement de la forme car, si Décor Daguerre se laisse porter par les jeux entre passé(s) et présent(s) d’écriture, la filmographie de Varda, le cinéma (“Insensiblement, à longer la rue, d’autres films s’invitent, on le voit”, DD, #37), la photographie, l’enfance…, le texte n’oublie jamais combien toute structure qui peut nous porter est aussi une plaque tectonique en glissement permanent et imperceptible et qu’il peut se passer quelque chose de définitif à tout moment, s’il s’agit d’eau qui coule paisiblement, alors parlons de crue soudaine.

Dan29000 dans Le blog de Danactu-résistance a écrit:

Lâcher prise et se laisser porter, envahir par Décor Daguerre, un nouveau beau moment de littérature que nous offre Anne Savelli.

Manou Farine dans FRANCE CULTURE a écrit:

Ecoutez Anne Savelli sur France culture


À propos de l’auteur

Anne Savelli est née en 1967 à Paris, où elle vit toujours.
Elle a notamment publié Franck, (Stock, 2010), Décor Lafayette, (Inculte, 2013) et Île ronde – déchirure / tempête, variation pour Dita Kepler (éditions Joca Seria, 2014).
Elle fait partie du collectif L'air Nu

Bibliographie

Saint-Germain-en-Laye, L’Attente, collection "Ré/velles", 2017 • À même la peau, Publie.net, 2017 • Décor Daguerre, L’Attente, collection "Alimage", 2017 • Anamarseilles, variation pour Dita Kepler, livre numérique, La Marelle, 2015 • Île ronde - déchirure / tempête, variation pour Dita Kepler, avec Joachim Séné, Mathilde Roux et Arnaud de la Cotte, Joca Seria, 2014 • Laisse venir, livre numérique, avec Pierre Ménard, La Marelle, 2014 • Dita Kepler, journal du silence, journal de la lutte, texte codé, animé par Joachim Séné, avec participation de Pierre Ménard, Remue.net, 2013 • Décor Lafayette, Inculte, 2013 • Autour de Franck, avec Thierry Beinstingel, Publie.net, 2011 • Des Oloé, espaces élastiques où lire où écrire, D-Fiction, 2011 • Franck, Stock, collection "La Forêt", 2010 • Cowboy Junkies, The Trinity Session, Le Mot et le reste, collection "Solo", 2008 • Fenêtres, Open space, Le Mot et le reste, collection "Écrits", 2007.