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Sous un ciel d’azur sans nuages – Brèves considérations sur la lecture

par Cécile Mainardi

Couverture d’ouvrage : Sous un ciel d'azur sans nuages - Brèves considérations sur la lecture

Manifeste

Hors commerce

Brûlot fluo d’une acuité - visuelle et littéraire - percutante, critique du carnaval graphique de nos espaces urbains.

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Extrait :

Qu’est-ce que lire en ces années au chiffre informulable, en ces journées mondiales de la fin du monde, où les mots semblent moins écrits que tatoués sur ce que toute la gamme commerciale compte de supports, où l’on voit vocables et syllabes migrer sur toutes sortes d’objets, bref où la force de frappe du marketing semble prendre la lettre pour cible ? Des lettres se baladent, plutôt se ballottent sur des emballages et autres objets à teneur nulle, brimbalent dans l’ordre présumé de mots, ou comme pour en agencer l’illusion, le semblant. Faux semblant, mot-semblant. Être écrit en toutes lettres est devenu la décoration ultime, le nec plus ultra du design créatif. Près d’un siècle plus tôt, Benjamin constatait déjà que l’écriture "qui avait trouvé un asile dans le livre imprimé, où elle menait sa vie indépendante, était impitoyablement traînée dans la rue par les publicités et soumise aux hétéronomies brutales du chaos économique".

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Or il semble désormais que c’est la plus petite unité de l’écriture qui se trouve mise à mal, la lettre, et avec elle les fondements mêmes de la lecture. Les lettres s’aplanissent, perdent leur mystère, désamorcent ce "soupçon" d’invisible que Mallarmé percevait de leur "miroitement, en dessous, peu séparable de la surface concédée à la rétine". Des alphabets en farandole colorée sur des saladiers, des mots en frise graphique sur des bols, des coquetiers, en vrac minimaliste sur des boîtes lumineuses, sur des caissons led proprement "untit-led". Paris, tout le Marais recouvert de signes.

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À propos de l’auteur

Cécile Mainardi alias Cécile Mainar/d a écrit une dizaine de livres d'apparence poétique comme La Blondeur, Je suis une grande Actriste, L’Immaculé Conceptuel, Rose activité mortelle... autant d'opus qui apparaissent rétrospectivement comme des programmes artistiques en quête de réalisation.
Elle intervient régulièrement dans des lieux d’art, et depuis cinq ans concentre sa pratique du côté de l’image et de la performance, comme si en somme ses œuvres textuelles n'avaient été qu'un préalable à ce geste désormais décisif de déplacer le poème dans l’art.
Sa trilogie, sous-titrée PERFORMANCES UNDER READING CONDITIONS, acte cette conversion et l’engage dans une écriture résolument plastique. Mais elle s’avance aussi dans le champ des Beaux-Arts au moyen d’un medium artistique qu’elle s’est inventé à partir des lettres de son nom.

Bibliographie

Sous un ciel d’azur sans nuages – Brèves considérations sur la lecture, (hors commerce) L’Attente, 2020 • Idéogrammes acryliques, Flammarion, 2019 • Le Degré rose de l'écriture, Ekphr@sis, 2018 • L'histoire très véridique et très émouvante de ma voix de ma naissance à ma dernière chose prononcée, Contre-Pied, 2016 Rose Activité Mortelle, Flammarion, 2012 — Prix Maïse Ploquin-Caunan de l'Académie française, 2013 • L’immaculé conceptuel (Deuxième Blondeur), les Petits Matins, Paris, 2010 • Poemz, cipM / Spectres Familiers, 2009 • L’eau super-liquide, Ragage, 2008 • Je suis une grande actriste, L’Attente, 2007 • La Blondeur, les Petits Matins, Paris, 2006 • Point Of View, avec l’artiste photographe Alejandro Gomez de Tuddo, Albatross, Rome, 2005 • La blondeur, Contre-Pied, 2004 • La forêt de Porphyre, Ulysse Fin de Siècle, 1998 • L’Armature de Phèdre, Contre-Pied, 1997 • Grièvement, Telo Martius, 1992


En voie d’abstraction

par Rosmarie Waldrop

Prose philosophique

"Mais voilà que le zéro est arrivé, répandant ses méfaits à travers toute l’Europe chrétienne." Réunissant intimement esprit critique et travail de poésie, Rosmarie Waldrop embarque ici dans l’histoire humaine (grandes découvertes, guerre d’Irak, musique, peinture, finances, croyances, philosophie) pour observer les progrès de notre pouvoir d’abstraction qui, malgré tous les ponts qu’il édifie sur le vide, ne le résoudra jamais.

Extrait :

(p. 29) :
MATÉRIAUX

J’ai une vieille aversion pour la pierre, les associations culinaires avec l’argile, et une horreur du plastique. Creux et bosses. L’imprécision des contours soulève des doutes que le marbre a résolus mais j’ai toujours eu envie de faire un croc en jambe aux statues. Entourées qu’elles sont de voyeurs, elles raidissent leur absence de colonne vertébrale pour refuser à la fois la théorie précise et la vérification approximative. Comme des vierges. Ai-je besoin du mutisme de la matière pour m’inquiéter de sa réalité ? La nuit tombe vite, comme une perte d’équilibre, comme la mort vient au soldat, avec du change en poche. Et puis il y a ces phrases que je saisis pour les tordre. Elles s’écroulent bruyamment devant le mot identitaire, soulevant un vent vide entre les fragments.

Critiques :Christian Rosset dans DIACRITIK a écrit:

En voie d’abstraction est un des plus beaux écrits de Rosmarie Waldrop, même si lisant ou relisant, dans la foulée, La route est partout, La revanche de la pelouse (déjà cités) ou La reproduction des profils (traduit par Jacques Roubaud, Melville, 2004), on n’a guère envie de hiérarchiser la douzaine d’opus (du moins en traduction française) qui composent cette œuvre où poèmes et proses les plus anciens tiennent encore et toujours la route. Et comme il est justement écrit sur la quatrième de couverture, il s’agit d’un embarquement “dans l’histoire humaine (grandes découvertes, guerre d’Irak, musique, peinture, finances, croyances, philosophie) pour observer les progrès de notre pouvoir d’abstraction qui, malgré tous les ponts qu’il édifie sur le vide, ne le résoudra jamais.”

Adrien Meignan dans ADDICT-CULTURE a écrit:

Notre lecture se fait par sursaut de compréhension, et nous jouissons d’en déduire le sens. Rosmarie Waldrop s’empare de notions qui pourraient paraître complexes, mais qui nous sont pourtant très familières.

Guillaume Richez dans Les imposteurs a écrit:

Et pour observer au plus près comment fonctionne le langage, la lectrice et le lecteur sont conviés à sa dissection (« je taille mon crayon en pointe fine. Mon supercouteau à disséquer le monde. » p. 108) qui révèle l’infiniment petit, – « le phonème, valeur abstraite comme celle du zéro, qui rend possible l’existence du langage » (Ibid.). Le phonème, plus petite unité distinctive du langage.


À propos de l’auteur

Née en 1935 en Allemagne, Rosmarie Waldrop vit à Providence, Rhode Island (États-Unis). Elle est poète, traductrice et, avec son mari Keith Waldrop, co-dirige les éditions Burning Deck depuis 1961. Cette maison d’édition au long cours est un cas unique, un modèle clef dans le monde de l’édition de poésie. Rosmarie Waldrop a traduit entre autres Edmond Jabès, Jacques Roubaud, Emmanuel Hocquard, et plusieurs poètes allemands. Des traductions de son travail ont été publiées en France et dans de nombreux pays d’Europe.
Les livres qu’elle écrit en commun avec Keith Waldrop seraient l’œuvre d’un « troisième Waldrop », qui n’écrit ni tout à fait comme Keith, ni tout à fait comme Rosmarie.

Bibliographie

En français (livres traduits de l'américain)En voie d'abstraction, traduit par Françoise de Laroque de Driven to Abstraction, L'Attente, 2020 • Manuel de mandarin, traduit par Bernard Rival, contrat maint, 2016 • La revanche de la pelouse, traduit par Marie Borel & Françoise Valéry de The Lawn of Excluded Middle, éditions de l’Attente, 2012 • La route est partout, traduit par Abigail Lang de The Road is Everywhere, éditions de l’Attente, 2011 • d’Absence abondante, traduction collective dirigée par Pascal Poyet, de Lavish Absence, contrat maint, 2009 • Dans n’importe quelle langue, traduit par Pascal Poyet, contrat maint, 2006 • La reproduction des profils, traduit par Jacques Roubaud, Melville, 2004 (première édition : La Tuilerie Tropicale, 1991) • Pelouse du tiers exclu, traduit par Marie Borel, extrait de The Lawn of Excluded Middle, Format Américain, 2001 • Pré & con, traduit par Pascal Poyet, contrat maint, 1999 • Quand elles sont douées de sens, traduit par Françoise de Laroque, Spectres Familiers, 1989 • Différences à quatre mains, traduit par Paol Keineg, Spectres Familiers, 1989 • Le mouchoir de la fille du roi Pépin, traduit par Rosy Pinhas-Delpuech, Liana Lévy, 1989 • Comme si nous n'avions pas besoin de parler, traduit par Roger Giroux, Terriers, 1980 De Keith & Rosmarie WaldropUn cas sans clef, traduit par Marie Borel et Françoise Valéry, éditions de l’Attente, 2010 • Light Travels, traduit par David Lespiau, éditions de l’Attente, 2006 • Tome un, traduction collective Royaumont et Juliette Valéry, Créaphis (Un bureau sur l'Atlantique), 1997 Dans des anthologies ou en revueRoyaumont : traduction collective 1983-2000, Rémi Hourcade, Grâne, pp. 497-503, Créaphis, 2000 • Fenêtre d’accélération, traduit par André Paillaugue, 3ème partie du livre The Lawn of excluded Middle (Duration Press, 1993), revue Action poétique n° 160-161, octobre 2000 • Je te continue ma lecture, M. Cohen-Halimi & F. Cohen, P.O.L, 1999 • Une "Action Poétique" de 1950 à aujourd'hui, Pascal Boulanger, Flammarion, 1998 • Le poète d'aujourd'hui (1987-1994), Dominique Grandmont, Maison de la Poésie Rhône-Alpes, 1994 • 20 Poètes Américains (M. Deguy/J. Roubaud), Gallimard, 1980


Centre épique

par Jean-Michel Espitallier

Traversée du XXe siècle
Avec Ciclic Centre-Val de Loire

Récit-documentaire écrit en résidence dans l’agence Ciclic Centre-Val de Loire, autour de films d’archive sur les us et coutumes dans les villages à travers le vingtième siècle, de la première guerre mondiale aux grandes grèves de 1995. Le texte est ponctué de photogrammes et de codes QR qui permettent de visionner les films.

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Lecture d'un extrait par l'auteur

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Artistes de couverture :
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Extrait :

Alors au départ, c'est un peu compliqué.

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C'est un peu compliqué parce qu'il y a le jeu des alliances, des mésalliances, des combines et des intérêts, et parce qu'il y a la comédie des généalogies royales, lignages, protocoles, valse des étiquettes, mélis-mélos partout, et c'est quand même un peu compliqué à cause des micmacs et des copinages, renvois d'ascenseur, savonnages de planches, pas mal compliqué aussi avec tous ces empilements de hiérarchies militaires enjolivées de plumes, pompons, breloques, esprit chevaleresque sur canons de 105, et parce qu'il y a les paquets d'histoire avec dedans les bisbilles ancestrales, et à cause des bricolages politiques, tripatouilles industrielles, calculs de banquiers, virgules, pourcentages, bookmakers à Légion d'honneur, et parce qu'il y a les jongleurs sur cartographie et les tireurs de plans sur la comète, et tout ça se met à glisser comme au patinage artistique sur un tapis de frontières qui soudain ne satisfait plus personne.

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Critiques :Christian Rosset dans DIACRITIK a écrit:

Parfois on s’interrompt quelques secondes afin de réfléchir sur le fait qu’il y aurait peut-être ici à l’œuvre un renversement des rapports “classiques” entre image et texte. On se demande auquel des deux pourrait-on être en droit d’accorder le rôle d’illustration ? Ou s’il n’y aurait finalement plus d’illustrations dans ce projet, comme déjà dit, d’un “genre nouveau”, au profit d’une nouvelle forme de dialogue ?

Isabelle Maton dans Livre Ciclic a écrit:

"Centre épique" est la promesse d’une rencontre entre ces relais du passé [les films documentaires amateurs collectionnés par l'agence], propices à la création et un auteur, Jean-Michel Espitallier, un formidable allié, parfait ambassadeur à plume vive et complexe qui fait la lumière sur ce trésor cinématographique. Poète inclassable, Jean-Michel Espitallier aime « bricoler » la langue pour réinventer des formes neuves, jouer avec les mots et la fantaisie, utiliser l’absurde autant que la dérision, et déplacer ainsi la notion de poésie.

Objet voguant entre tradition du passé et singularité du présent, ce livre invite à plonger, avec nostalgie et/ou curiosité, dans ce passé révolu mais ô combien présent. Il est possible de lire et consulter à la volée les archives du site memoire.ciclic.fr à l’aide d'un smartphone.

En attendant le 9 octobre 2020, date de parution de "Centre épique" aux éditions l'Attente, Jean-Michel Espitallier répond à quelques questions sur la genèse de ce projet singulier...

Alain Nicolas dans L'Humanité.fr a écrit:

Aujourd'hui, on "lit-visionne" "Centre épique" de Jean-Michel Espitallier, une drôle d'histoire des cent dernières années dans le fonds des films d'amateur de la région Centre Val de Loire. Une expérience de lecteur-regardeur étonnante.

Séquelle #18 Jean-Michel Espitallier, l’épopée dans l’absence

L’auteur de « Cow boy » propose un parcours dans cent ans d’histoire à partir de cent films d’amateurs du patrimoine audiovisuel de la région Centre-Val de Loire. Un livre qui renouvelle la lecture et les notions de passé et de présent, et un texte teinté d’une ironie nostalgique.
Dans les rues d’Illiers-Combray, qui ne s’appelait en 1944 qu’Illiers et
n’avait pas associé à son nom celui de la ville rendue célèbre par Marcel
Proust, les chars américains passent à petite vitesse, s’arrêtent parfois
pour que quelques habitants serrent les mains des soldats, ou leur passent une bouteille de vin. Pas d’embouteillage, pas de grappes de jeunes filles au cou des GI. La liesse est réelle, mais maîtrisée. On est loin des mises en scène du « Paris libéré ». C’est ce qu’on peut déduire de l’extrait de film de sept minutes « contenu » dans le livre de Jean-Michel Espitallier.
Pour être exact, il conviendrait de parler du « film à quoi renvoie le QR
code contenu » dans Centre épique.
On l’aura compris, le livre de Jean-Michel Espitallier renouvelle les
rapports de l’écrit et de l’image. Pas d’illustrations du texte, pas de
commentaire de l’image, mais un travail de lecture du fonds d’archives
filmique de la région Centre-Val de Loire, constitué par Ciclic, l’agence
régionale qui travaille aussi sur la littérature et a proposé cette
intervention à l’écrivain.
Le livre que Jean-Michel Espitallier a écrit est un livre d’histoire. Il
nous raconte les événements, petits et grands, les époques, les danses, les vêtements, les animaux, les mots. Épique, il l’est dans la mesure où il
prend tout, le petit et le grand de l’histoire, avant que les spécialistes
ne la découpent en petits domaines. Il joue au jeu des coïncidences, et
n’hésite pas à rappeler que c’est en 1940 que naissent Bugs Bunny et
Catwoman, et que paraît l’ Anthologie de l’humour noir d’André Breton.
On pourrait prendre cela pour un procédé, mais c’est ce à quoi invitent les quelque cent petits films proposés (on allait dire « projetés ») en marge du texte.
Le livre pose ainsi triplement la question de l’auteur. Choisir les films,
choisir les événements racontés, choisir enfin le registre de la voix
narrative. Ceux qui connaissent Jean-Michel Espitallier savent qu’il n’est
pas du côté de la grandiloquence ou de l’épanchement. Mais l’humour dont il fait preuve, s’il est parfois grinçant, n’est jamais teinté de mépris, sauf pour les puissants, tels les officiers « bêtes à manger de la paille, aussi cyniques que des capitaines d’industrie ». Ainsi, après un extrait montrant, symétriquement à celui d’Illiers-Combray, un défilé de troupes allemandes dans les rues quasi-désertes de Chatillon-Coligny, on peut lire. « Le passé est toujours rassurant quand on connaît la suite. Surtout si tout est bien qui finit bien. » Ce qui ne devait certainement pas être le cas des contemporains de la scène.
Centre épique, pour être apprécié, doit être littéralement lu-visionné.
Une remarque ne prenant son sens, sa valeur empathique ou ironique, qu’en rapport avec le matériau filmique. L’inverse est encore plus vrai, le texte ne jouant pas le rôle de commentaire, moins encore de fil conducteur. Au fur et à mesure que l’on se rapproche du présent, les souvenirs personnels du lecteur interfèrent dans le récit, et un commentaire intérieur vient faire contrepoint au texte de Jean-Michel Espitallier. Le fait est d’autant plus intéressant que, vers les années 60-70, la musique prend plus de place et le livre se dote d’une véritable bande-son mentale. Ainsi, avant deux pages de playlist des années soixante-dix, l’auteur s’adresse à nous : « essayez-vous au quizz de ces chansons d’un autre âge. Fredonnez-les pour voir si vous avez gagné. » Le projet reste centré sur le patrimoine cinématographique régional, mais on se prend à rêver ce que serait un livre ouvrant sur Spotify ou Deezer. Cela doit exister, évidemment.
« Si vous vous souvenez des années soixante-dix, c’est que vous n’y étiez pas. Si vous ne vous en souvenez pas, vous n’y étiez pas non plus. » L’histoire, nous n’y sommes jamais. Il y faut des poètes épiques. Il en est un.

Fabrice Thumerel dans AOC a écrit:

Ce n’est pas l’histoire d’un centre hippique, non, mais bien d’un « centre épique » : à partir d’images d’archive, Jean-Michel Espitallier parcourt à très vive allure un siècle d’histoire, de la Grande Guerre à aujourd’hui, dans un poème-récit totalement à rebours du roman national et de la Grande Histoire. Résumés lapidaires pleins de désinvolture, analyses socio-politiques subversives, comique excentrique voire extravagant : autant de moyens de démystifier les mythes de la modernité.

Adrien Meignan dans ADDICT-CULTURE a écrit:

Ce n’est pas un texte d’historien mais bien celui d’un écrivain-poète, amateur de musique rock. Jean-Michel Espitallier bat la langue comme il peut battre sa batterie. Nous sommes loin d’un éloge nostalgique mais plutôt du côté d’un regard acerbe et sans concession. Le poète met le doigt là où tout semble se dérégler dans le roman national. Les caméras ont capté bien plus que des moments de vies. C’est une mécanique foutraque dont la musique semble alerter les fausses routes.

Hugues Robert dans CHARYBDE a écrit:

Transformer les milliers de films d’amateurs archivés par la région Centre-Val-de-Loire depuis 1919 en matière première pour une véritable épopée échevelée ou pour un récit national poétique, malicieux et irrévérencieux. Éblouissant.

Christophe Fiat dans COCKPIT CRITIQUE CLUB a écrit:

CHAMPAGNE POUR TOUS
Christophe Fiat
La boîte noire, black box du cockpit, continue de donner de la voix, des voix avec des écrits bruts, des formes exorbitantes + toujours le poster du mois et nos feuilletons.
Cette année, à nulle autre pareille, nous aura au moins enseigné ça : l’art - surtout lorsque son médium est la langue - est essentiel, constitutif d’un monde, même devenu environnement hostile ou zone sinistrée. On peut maltraiter la culture ou l’ignorer mais il est difficile de négocier avec l’art qui n’est ni une marchandise à part entière, ni une condition de vie prodiguant du réconfort. L’art est un risque à prendre, un danger bien réel dont l’image de l’envol chère à la revue illustre le mouvement, oui, une image qui tient autant du Pop que du Punk par son effet de surprise (surgir !) et notre goût pour le DIY (faire les choses soi-même abruptement !).
L’hiver arrive. Les derniers jours de 2020 s’annoncent non pas tristes, ni moroses mais martialement contrôlés par un gouvernement décrétant à la va-vite que toute fête est « sauvage ». Alors, concluons cette année en beauté en compagnie du subversif et enthousiaste Arrabal et de son grand ami Topor : « - On reconnaît, Topor, les histoires qui racontent la vérité à ce qu’elles n’ont pas de chute ? – De minuscules fantasmes hantent-ils encore, la nuit venue, les châteaux de sable que je construisais enfant, dans la cour de la ferme à Saint-Offenge… Pour me cacher de… - Topor, les amis… viennent d’arriver… Ils sont plus nombreux que jamais. – Parfait ! Garçon !
De ma part… Champagne pour tous !* » .

Evelynes Sagnes dans DÉSIRDELIRE a écrit:

Rien moins que de traverser l’Histoire de France du XXe siècle en moins de 100 pages et de l’écrire en mettant en valeur les collections de cinéma amateur conservées par l’agence Ciclic Centre-Val de Loire, à l’origine du projet. Quel défi à relever ! Jean-Michel Espitallier l’a fait. Et c’est jubilatoire !

Jean-Philippe Cazier dans DIACRITIK a écrit:

Retour sur Centre épique, récit-documentaire publié il y a quelques mois par Jean-Michel Espitallier. Dans ce livre, sont interrogés l’Histoire, le temps, la mémoire collective et personnelle, certains des récits qui donnent du sens au siècle (le XXe). Ce questionnement – cette problématisation – se fait toujours du point de vue d’une écriture qui propose et, dans le même geste, défait, efface, déchire, accumule les ruines : écriture-temps, écriture-durée synonyme aussi de chaos. Entretien avec l’auteur.


À propos de l’auteur

Jean-Michel Espitallier est né en 1957. Il est le cofondateur de la revue Java (28 numéros de 1989 à 2006) et a coordonné le numéro du Magazine littéraire sur la «  Nouvelle Poésie française  » (mars 2001). Depuis 2002 il se consacre exclusivement à l’écriture. Poète inclassable, Jean-Michel Espitallier joue sur plusieurs claviers et selon des modes opératoires constamment renouvelés. Listes, détournements, boucles rythmiques, répétitions, proses désaxées, faux théorèmes, propositions logico-absurdes, sophismes tordent le cou à la notion si galvaudée de poésie en inventant des formes neuves pour continuer de faire jouer tout le bizarre de la langue et d’en éprouver les limites. Il a notamment publié «  Cow-boy  », Inculte, 2020 ; «  Salle des machines  », Flammarion, 2015 ; «  Caisse à outils : un panorama de la poésie française aujourd’hui  », Pocket, 2006 (nouvelle édition, coll. «  Agora  », 2014).

Bibliographie

Centre épique, L'Attente (avec Ciclic Centre-Val de Loire), 2020.Cow-boy, Inculte, 2020. La Première Année, Inculte, 2018. Tourner en rond : de l’art d’aborder les ronds-points, PUF, 2016. France romans, Argol, 2016. • Salle des machines, Flammarion, 2015. • Un rivet à Tanger, CIPM, 2013. • L’Invention de la course à pied, Al Dante, 2013. • De la célébrité – théorie & pratique, éd. 10/18, 2012. • Cent quarante-huit propositions sur la vie et la mort & autres petits traités, Al Dante, 2011. • Syd Barrett, le rock et autres trucs, Philippe Rey, 2009, nouvelle édition Le Mot et le Reste, 2017. • Tractatus logo mecanicus (pensum), Al Dante, 2006. • Caisse à outils, un panorama de la poésie française aujourd’hui, Pocket, 2006, nouvelle édition 2014. • Toujours jamais pareil (avec Pierre Mabille), Le Bleu du ciel, 2005. • Où va-t-on ? (extrait), Le Bleu du ciel, coll. « L’Affiche », 2004. • En guerre, Inventaire-invention, 2004. • Le Théorème d’Espitallier, Flammarion, 2003. • Fantaisie bouchère, Derrière la Salle de Bain, 2001 (et édition bilingue français-anglais, Duration Press, New York, 2004). • Gasoil : prises de guerre, Flammarion, 2000. • Pièces détachées, une anthologie de la poésie française aujourd’hui, Pocket, 2000, nouvelle édition 2011. • Pont de frappe, Fourbis, 1995.


Album photo

par Jérôme Game

Photopoèmes
Avec le soutien du Centre national du livre

Traversant le flux des images qu’on produit et reçoit en continu aujourd’hui et sur lesquelles nos yeux glissent à vive allure, ce livre cherche à ralentir notre regard, à lui redonner une prise concrète sur le monde via une multitude de photopoèmes. Ces images-récits sonnent comme des débuts, ouvrent sur des possibles, invitent à faire un pas de côté hors de la frénésie pour retrouver un regard sensoriel et critique. Dans ce livre comme trempé dans du révélateur poétique, un contrechamp s’ouvre à même la photogénie de la globalisation.

 

Lecture d'un extrait par l'auteur

Extrait :

(p. 29-33)

En plein contre-jour, on voit la fenêtre du ferry-boat est énorme en biais, sur-éclairée de ciel azur, avec la mer emplissent l’image au centre, repoussant le crâne des passagers sur les bords, en ombres chinoises.

SWIPE

Ça a zoomé. On voit mieux l’immense viaduc enjambant l’estuaire pixellisé à l’extrême au loin, en gris-clair, bien flou, avec un camion plus foncé au milieu et la tour en aiguille de seringue par-derrière, élancée.

SWIPE

On voit toute la partie gauche de l’image est complètement voilée avec les deux gratte-ciel au milieu, en contre-plongée, le ciel bleu là, et les branches sur le côté, saturés. C’est une cité radieuse on dirait, avec coulures de violet, de jaune aussi, de bleu délavés mangent tout le cadre verticalement, les nuages. On sent le soleil très fort en sous-jacent.

Critiques :Alain Nicolas dans l'Humanité a écrit:

Jérôme Game, quand le mot met l'image en pause

On le feuillette, on examine les rectangles bien nets, centrés sur la page. Disposés en mode portrait ou paysage, ils évoquent des scènes parfois bien identifiées, parfois partielles et énigmatiques. « Évoquent », et non « montrent ». « Album photo » n’est pas un livre d’images, mais un album de textes. La poésie, on le sait, entretient avec l’image des rapports complexes. Ingrédient obligé de la « puissance d’évocation » si recherchée à certaines époques, elle a été, à d’autres, reléguée dans le placard des oripeaux de la « vieillerie poétique ». Jérôme Game, qui avait déjà publié des DVD de « vidéopoèmes » pose un regard neuf sur la question de l’image « dans » le texte…

Fabrice Thumerel dans LIBR-CRITIQUE a écrit:

"Au lieu d’être synthétisées pour constituer une vision cohérente, les sensations sont enregistrées au fur et à mesure par une intuition purement empirique : dans notre monde régi par la logique du ressenti, prime la conscience immédiate, un instantanéisme lié à un monde qui vit en accéléré. Le phrasé béhavioriste traduit avec brio au plan phénoménal notre nouveau rapport au monde, immanentiste. C’est en cela que Jérôme Game renouvelle l’épiphanie, un peu à la façon de Michèle Métail dans ses Portraits robots (Les Presses du réel / al dante, 2018), qui, cependant, vise l’archétypal à coups de syntagmes juxtaposés."

Adrien Meignan dans ADDICT-CULTURE a écrit:

"Ce qui ressort de cet Album photo est surtout son inventivité. Jérôme Game se saisit d’un sujet pour produire une forme poétique inédite. Il n’y a pas de discours ni de morale. Nous pouvons en tirer les conclusions que nous voulons. Le poète ne donne pas son opinion et nous laisse libre de l’interpréter. Ce que peut produire Album photo est sans doute une envie de diversifier sa façon de percevoir le monde. L’image confrontée au texte prouve qu’il existe plusieurs moyens de produire du sens."

Sally Bonn dans ARTPRESS N°482 Nov 2020 a écrit:

II fait chaud, voire super chaud, et le ciel est bleu, souvent, dans les images feuilletées et pixellisées du dernier livre de Jérôme Game, Album photo. En une multitude de vignettes d'une réalité sans cesse en mouve-ment, l'auteur saisit le bruissement de notre monde d'images. Dans ses mots, on voit des paysages, des scènes urbaines, des individus, do¬dus parfois. On survole des auto¬routes, des deux fois quatre voies, en avion. Ça vire à gauche; contre¬plongée. On traverse des foules et des carrefours, on voyage en train, on regarde par la fenêtre, on scrute des images publicitaires. On voit et on sent aussi. Sa phrase est brève et souple, précise et sensitive, et, si elle reproduit à dessein le glissement ra-pide des images virtuelles sous les doigts (ce «SWIPE » qui ponctue), elle sait aussi s'arrêter et saisir en un bloc de texte mis en page une odeur, une chaleur, une couleur, un lieu. De vagues indications géographiques que l’on débusque à travers quelques signes, quelques dates, mais ce n'est pas ce qui importe. Ce serait plutôt un saisissement qui relève autant du photographique que du cinématogra-phique dans le double jeu de la ca-méra (en héritier de Duras et de Beckett). L’outil qui sert à voir est pré¬gnant: appareil photo, téléphone por¬table, caméra de vidéosurveillance, et permet de pénétrer plus ou moins dans l'image. Qui tient la caméra, le stylo ? L’élision des pronoms person-nels évite le sujet. Et le lecteur ne sait pas toujours si ce qui est regardé est l'image prise ou le geste de la prise, tant les deux tendent à se confondre. Les rnots glissent et s'en-châssent mais chaque cadre est un précipité de réel. L’Album photo de Jérôme Game poursuit ce geste d'écriture singulier qui est le sien, ce-lui d'une langue-image au plus près du monde.

Johan Faerber dans DIACRITIK a écrit:

ENTRETIEN :
Indubitablement, Jérôme Game est l’un des poètes parmi les plus importants et les plus novateurs de notre contemporain. Comment penser autrement après avoir lu son puissant autant qu’étonnant Album Photo qui vient de paraître aux éditions de l’Attente ? Véritable plaque photosensible, ce recueil poétique égrène autant qu’il réfléchit aux images de notre temps, de celles prises par le téléphone portable en passant par celles qui envahissent les réseaux sociaux afin de dégager un possible photopoème de nos vies. Autant de pistes de réflexions amorcées par un livre décisif que Diacritik a voulu explorer avec son auteur le temps d’un grand entretien.


À propos de l’auteur

Jérôme Game est un poète et écrivain français auteur d’une quinzaine d’ouvrages (recueils, essais, roman), de plusieurs CD (de poésie sonore), d’un DVD (de vidéopoèmes), et d’installations (visuelles et sonores). Il lit souvent ses textes en public en France comme à l’étranger, et collabore avec des artistes lors de performances à plusieurs (avec la musicienne électronique Chloé, le metteur-en-scène Cyril Teste, le chorégraphe David Wampach, et le compositeur Olivier Lamarche notamment). Correspondances entre pratiques, questionnements transfrontaliers, dispositifs partagés : c’est dans ces écarts que son écriture explore la consistance des corps, des images, évènements et récits, collectifs ou individuels, via celle des signes et leurs grammaires. Publiés dans de nombreuses revues, ses textes ont été traduits en plusieurs langues (anglais, chinois, italien, japonais notamment) et fait l’objet d’adaptations plastiques et scéniques (dernièrement L.A., par François Sabourin, à la MéCA de Bordeaux en 2020 ; Ovni(s), pièce à l’écriture de laquelle il a contribué pour le collectif ildi!eldi au Festival d’Avignon 2018 ; et Frontières/Borders, exposition à Anima Ludens, à Bruxelles, en 2017). Il vit à Paris et enseigne à la Haute École des Arts du Rhin.
Nominé du Prix littéraire Bernard Heidsieck – Centre Pompidou 2020.

Bibliographie

Album photo, coll. Propos poche, L'Attente, 2020 • Flip-Book & other image-poems (traduction anglaise de Barbara Beck), Barque Press (Londres), 2018 • Salle d’embarquement, coll. Ré/velles, L’Attente, 2017 • Développements, Manucius, 2015 • DQ/HK (livre + 2 CD), L'Attente, 2013 • La fille du Far West, avec Jean-Luc Verna, Fiction n° 12, Musée d'art contemporain du Val-de-Marne, 2012 • Sous influence : ce que l'art contemporain fait à la littérature, Chroniques muséales n° 5, Musée d'art contemporain du Val-de-Marne, 2012 • Poetic Becomings. Studies in contemporary French literature, Peter Lang, 2011 • Ça tire suivi de Ceci n'est pas une liste (livre + CD), Al Dante, 2008 • Flip-Book (livre + CD), L'Attente, 2007 • Sans palmes et sans tuba, Contrat maint, 2007 • Ceci n'est pas une légende ipe pe ce, DVD de vidéo-poèmes, collection "Le Point sur le i", Incidence, Marseille, 2007 • Ceci n'est pas une liste, Little Single, 2005 • Écrire à même les choses, ou, Inventaire/Invention, 2004 • Tout un travail, Fidel Anthelme X, 2003 • Corpse&Cinéma, CCCP Press, 2002 • Polyèdre suivi de La Tête bande, Voix, 2001 • Tension, Fischbacher, 2000


Le peigne-cocotte

par Fred Léal

Couverture d’ouvrage : Le peigne-cocotte
Fiche technique :Prix : 9,99 € EUR
ISBN : 978-2-36242-084-9
Taille : 20,00 x 23,50 cm
Pages : 60

Récit drolatique

Le bon docteur récidive avec un nouvel opus aux éditions de l’Attente, quatrième dans la série des “Peignes”, ces témoignages décoiffants d’un médecin appelé en remplacement dans les campagnes du Sud-Ouest. Avec son écriture diffractée par les interférences de la réalité, Le peigne-cocotte vole allègrement dans les plumes du pittoresque rural. Avec des dessins de Bruno Lahontâa (couverture + dépliant couleur à l'intérieur).

Parution :
Artistes de couverture :
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Extrait :

Aperçu de quelques pages

 

Critiques :Jean-Didier Wagneur dans Libération a écrit:

CRITIQUE
Le «Peigne» ressort les dents

Si les Peignes de Léal se réclament de la magistrale invention préhistorique qui permet de coiffer plusieurs cheveux simultanément, ce n’est donc que métaphore. Bien au contraire, il n’y a rien de lissé dans ses textes : en témoigne le Peigne-cocotte où, médecin de garde, il se retrouve à suturer un agriculteur qui lui offre un poulet vivant dont les «cot cot» l’accompagneront depuis le coffre de sa voiture. Tout s’orchestre dans ce texte avec des polices et des tailles différentes : l’autoradio qui diffuse France Culture, les propos des agriculteurs («montre au docteur !»), le régulateur du Samu 64, les voix intérieures du narrateur. «Cette écriture aérienne faite de samples suggère qu’écouter et raconter vont de pair, dit Léal. Il y a là quelque chose proche du partage du sensible de Rancière.»


À propos de l’auteur

Né en 1968, Fred Léal est écrivain et exerce la médecine générale. Il publie ses récits poétiques aux éditions de l’Attente depuis 2000 et ses romans aux éditions P.O.L depuis 2002. Son style unique, qui éclate l’action sur la page en lui mêlant les sons d’un hors-champ et les pensées intimes du narrateur, séduit les lecteurs avides d’expériences de lecture ébouriffantes.

L'auteur pendant les Escales du livre de Bordeaux en 2022

Bibliographie

Le Peigne-sans-tête & autres récits décoiffants d'un médecin de campagne, L'Attente, 2025 • La Décollation du raton laveur, P.O.L, 2024 • Le Peigne-cocotte, L’Attente, 2020 • Soupirs de bêtes en rut, P.O.L, 2018 • Le Mont Perclus de ma solitude, P.O.L, 2015 • Asparagus, P.O.L, 2013 • La Nostalgie, camarade, Confluences, 2012 • N° d’écrou 1926, Le Festin, 2012 • Comme le loup blanc, Le bleu du ciel, 2011 • Le Peigne-jaune, L’Attente, 2011 • délaissé, P.O.L, 2010 • La Porte 'verte, P.O.L, 2008 • Le Peigne-rose, L’Attente, 2007 • Un trou sous la brèche, P.O.L, 2006 • Let’s let’s go, P.O.L, 2005 • In terroir gâteau, L’Attente, 2005 • Le Peigne-noir, L’Attente, 2004 • Bleu note, P.O.L, 2003 • Selva !, P.O.L, 2002 • Mismatch, L’Attente, 2002 • Grèbe, (sous le pseudonyme de Freddy Loyal), coll. "Week-end", L’Attente, 2000