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Monde de seconde main

par Nicolas Tardy

Regard promené 

À la lecture de ces descriptions de peintures et de photographies, des images se projettent, se superposent, des formes et des couleurs se font écho. L’interprétation réduite au minimum, un langage semble émaner du regard promené sur l’image, creusant la notion d’ekphrasis. Mais que voit-on ? Le hors-champ interpelle, le sujet se perd parfois de vue. Lignes, volumes, plans, rythmes, ombres et lumières se déploient hors du livre et restituent un monde dans lequel l’incertitude s’immisce, bousculant la perception.

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Extrait :

(p. 21) :
Une moustache noire au milieu d’une tête noire au milieu d’une zone noire – flotte, émane d’une source lumineuse écranique. Une paire de lunettes surmonte. Émerge – à l’arrière-plan – la silhouette tronquée d’un volant. À travers une oblique vitrée, derrière un miroir rectangulaire aux angles arrondis, apparaît dans le flou un moyen de transport. L’absence de couleurs donne une atmosphère, décale une perception. Pas d’introspection, mais une vue d’intérieur, puis une autre, puis l’installation des similitudes – sans oublier la question du cadre.

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(p. 49) :
L’asphalte forme un premier plan. Un second est un parallélépipède évidé partiellement avec un double cercle posé contre. Un centre est clair, un extérieur est foncé. Sont identifiées : une roue, une porte close. Des lettrages – un mur blanc les cerne. Il y a : une répétition de pompes à essence, un centrage, une vue de trois-quarts, des différences colorées, l’inscription d’un prénom qui personnalise.

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À propos de l’auteur

Né en 1970. Vit à Marseille.
Après des études d'art et de multimédia, se consacre uniquement à l’écriture.
Publie sur différents supports. Travaille parfois en collaboration avec des artistes ou des musiciens.
Anime des ateliers d’écriture depuis 1999.
Co-dirige avec Caroline Scherb, les éditions Contre-mur (www.contre-mur.com) et l’association Calopsitte (www.asso-calopsitte.org).

Bibliographie (extrait)

Monde de seconde main, l'Attente, collection "Alimage", 2019 • Gravitations autour d'un double soleil, Série discrète, 2018 • Des corps (avec des dessins de Claude Horstmann), Ripopée, 2015. • Paysage avec cameras, livre numérique (avec images d'installations de Pascal Dufaux par Paul Litherland et musique de Corentin Coupé), Collection Marcel, D-Fiction, 2014. • Déconstructeur de salle de bain sur le site Remue.net, 2013. • "Des corps de l'art", in Runbook, 2013. • Chatte dans Bite cul nichons & chatte, Ripopée, 2012 • Avant l'arrivée, Contre-Pied/A&P, 2012. Remémorations, Remue.net, 2012 • Un homme tout juste vivant pays des merveilles, l'Attente, 2011 • 40 poèmes de frigo, coll. 8pA6, n°37, -36° édition (Suisse), 2010 • Les ready-mades textuels (essai), Coll. "n'est-ce pas ?" n°9, Haute école d'art et de design de Genève (Suisse), 2009 • Traversée des intégrations, Coll. LittleSingleDeluxe, Single, 2009 • Le Québec livre, Contre-Pied/A&P, 2009 • Napster of Puppets (avec des dessins de ElisabethMercier devient NatachaHerbert), Collection 8pA6, n°28, -36° édition (Suisse), 2009 • Shérifs partout, justice nulle part, coll. 8pA6, n°12, -36° édition (Suisse), 2008 • S.F. comme Syndrome Fusionnel, l'Attente, 2007 • Routines, l'Attente, 2006 • Conférencer, Coll. Instant T n°13, n°14 et n°15, Le Triangle, 2005 • beaux dort 5, Coll. Ici-même, N'a qu'1 œil, 2005 • Sur les genoux, l'Attente, 2004 • Poèmes ménagers, l'Attente, 2002 • Pas résumable, Contre-Pied/A&P, 2001 • Vanités, coll. Madame Fredi, Fidel Anthelme X, 2001 • Couleurs, Fidel Anthelme X, 2001 • Catalogue, coll. Week-end, L'Attente, 2000 • Pages de tests, Poésie Express, 2000 • Chormaux moisis, La Chambre, 1999 • Décalaminages, Edgar Tampion/A&P, 1999 • Comment j'ai découpé certains de mes poèmes, Contre-Pied/A&P, 1996


Surgir

par Etel Adnan

Mouvements
Avec le soutien du Centre National du Livre

Exploration fragmentaire de la réalité, voici un livre inondé de mouvements : le mouvement de l’esprit, du temps, de la mémoire et de l’amour. Un nouveau volume de prose aphoristique et de poésie philosophique d'Etel Adnan, dont le travail a été décrit par le New York Times comme «l’héritier méditatif des aphorismes de Nietzsche, du Livre d’heures de Rilke et des versets du mysticisme soufi». Son écriture concise et rythmée est admirablement rendue dans la traduction de Pascal Poyet.

Extrait :

Entre la volonté et sa destination, il peut y avoir des champs et des champs. Mais la volonté peut plier et ne pas reculer. Je préfère quand même le pouvoir de l’amour, quoiqu’il ne cesse de nous faire balancer entre obscurité et lumière du jour.

L’amour est le résultat d’un coup de dé, le coup historique de Mallarmé. Il surgit parfois avec l’évidence d’un théorème de géométrie, nettoie tout sur son passage – nous fait atterrir sur une planète lointaine, et pourtant peut couler dans le caniveau, chassant les feuilles mortes sur les bas-côtés d’une route poussiéreuse…

Une douleur radicale a traversé ma vie de bout en bout, une large bande de lumière est passée sur la face cachée de la lune. Ce genre de mouvement modifie le monde.

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Critiques :dans Lettres de Femmes:

Cette poésie est donc un roman des origines, où le mythique se mélange à l’exotique, non sans poser question : « Il se pourrait bien qu’Empédocle se soit jeté dans le Popocatepetl (et non dans son volcan sicilien). Personne, que l’on sache, n’a assisté à ce moment. » (p. 24) La mondialisation du mythe trouble son ancrage dans la réalité, voire amène à la fuir : « Ainsi parlons-nous de l’état lamentable de la Terre, puis, une fois rentrés, allumons l’ordinateur, laissons notre peur du vide se projeter avec une force qui n’a pas de matérialité. Ah, l’ordinateur, qui remplace le cinéma des années perdues ! » (p. 26).

Christian Rosset dans Diacritik a écrit:

Grand Dossier Etel Adnan


À propos de l’auteur

Née en 1925 à Beyrouth d’une mère grecque et d’un père syrien, Etel Adnan est morte le 14 novembre 2021 à Paris. Elle a étudié la philosophie à la Sorbonne, puis aux États-Unis à Berkeley et Harvard, matière qu’elle a ensuite enseignée au Dominican College de San Rafael (Californie) entre 1958 et 1972. En solidarité avec la guerre d’indépendance en Algérie, résistant à écrire en français, elle s’est tournée vers les arts plastiques. Elle a participé au mouvement des poètes contre la guerre du Vietnam et est devenue selon ses mots « an American poet ».

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De retour à Beyrouth en 1972 et jusqu’en 1976 elle a dirigé les pages culture de deux quotidiens, d’abord Al Safa, puis L’Orient le Jour. Elle a également écrit des textes pour deux documentaires sur la guerre civile au Liban, diffusés à la télévision.
En 1977, son roman Sitt Marie-Rose a été publié aux éditions Des Femmes (Paris) et a reçu le prix “France-Pays Arabes”. Ce livre, devenu un classique de la littérature de guerre (à l’intersection des questions de genre) a été traduit en plus de dix langues. Il a été réédité en 2010 par les éditions Libano-Françaises Tamyras, ainsi que deux autres livres : Au cœur du cœur d'un autre pays (2010), et Paris mis à nu (2011).
Avec sa compagne l’artiste Simone Fattal, Etel Adnan a vécu à Paris jusqu'à sa mort. Polyglotte, elle a écrit en français, anglais ou arabe des livres relevant de tous les genres littéraires : poésie, roman, essai, récit épistolaire, autobiographie… Plusieurs de ses poèmes ont été mis en musique par Gavin Bryars, Henry Threadgill, Tania Leon et Zad Moultaka. Elle a par ailleurs écrit la partie française de l’opéra de Bob Wilson The CIVIL warS, ainsi que plusieurs pièces de théâtre produites à San Francisco, Paris et Düsseldorf.
Également artiste peintre, Etel Adnan expose aux États-Unis, en Europe, en Asie et dans le monde arabe.

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Bibliographie

Déplacer le silence, trad. Françoise Valéry, coll. Philox, L'Attente, 2022 • Voyage, guerre, exil, L’Échoppe, 2020 • Un printemps inattendu, (entretiens), Galerie Lelong, 2020 • Grandir et devenir poète au Liban, L’Échoppe, 2019 • Surgir, trad. Pascal Poyet, coll. Philox, L'Attente, 2019 • Nuit, trad. Françoise Despalles, coll. Philox, L'Attente, 2017 • La vie est un tissage, Galerie Lelong, 2016 • À propos de la fin de l’Empire Ottoman, Galerie Lelong, 2015 • Heiner Müller et Le Tintoret : la fin possible de l’effroi, Galerie Lelong, 2015 • Mer et Brouillard, trad. Jérémy Victor Robert, coll. Philox, L’Attente, 2015 • Le maître de l’éclipse, trad. Martin Richet, Manuella Éditions, 2015 • Le prix que nous ne voulons pas payer pour l’amour, trad. Patrice Cotensin, Galerie Lelong, 2015 • Prémonition, galerie Lelong, 2015 • Écrire dans une langue étrangère, trad. Patrice Cotensin, L’Échoppe, 2014 • Des villes et des femmes, Tamyras, 2014 • Voyage au Mont Tamalpaïs, Manuella Éditions, 2013 Là-bas, trad. Marie Borel & Françoise Valéry, coll. Philox, L’Attente, 2013 • Conversation avec Hans Ulrich Obrist, Manuella Éditions, 2012 • Le Cycle des Tilleuls, trad. Martin Richet, Al Manar, 2012 • Paris mis à nu, trad. Martin Richet, Tamyras, 2011 • Au cœur du cœur d’un autre pays, traduction Éric Giraud, Tamyras, 2010 • À deux heures de l’après-midi, édition bilingue (français-arabe), Tunis, Tawbad, 2010 • Retour de Londres, édition bilingue (français-arabe), Tunis, Tawbad, 2010 • Ce ciel qui n’est pas, poésie, édition bilingue (français-arabe), illustrations (encres) Maya Le Meur, Tunis, Tawbad, 2008 • Le 27 octobre 2003, édition quadrilingue (français-anglais-arabe-japonais), Tunis, Tawbad, 2008 • Vendredi 25 mars à 16 heures, édition bilingue (français-arabe), Tunis, Tawbad, 2007 • Jennine, avec rachid Koraïchi, collection Combats, Al Manar, 2004 • Ce ciel qui n’est pas, Poésie, Paris, L’Harmattan, 1997 • Rachid Korachi : Écriture passion, avec Rachid Korachi et Jamel-Eddine Bencheikh, Alger, galerie Mhamed Issiakhem, 1988 • L’Apocalypse arabe, Paris, éditions Papyrus, 1980, réédition L’Harmattan, 2010 • Sitt Marie Rose, Paris, Des Femmes, 1978 ; réédition Tamyras, 2010 • Jbu : Suivi de l’Express Beyrouth enfer, Paris, P.-J. Oswald, 1973


Des espèces de dissolution

suivi du Monologue de Bassoléa

par Juliette Mézenc

Conte sorcier

Ce texte en sept mouvements suit le périple d’un homme à travers des strates de réalités physiques et numériques. Le récit explore comment la rencontre d’un être et d’un territoire les métamorphose l’un comme l’autre, re-suscite des personnes disparues et des temps vécus, défait l’identité du lieu comme du personnage avant de la refaire pour la porter à une puissance nouvelle. S’ensuit le frénétique Monologue de Bassoléa, qui creuse la question de l’existence humaine dans le flux de la vie et de la mort sur terre.

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Écouter le Monologue de Bassoléa

Extrait :

Premier mouvement
Pas de vaches, pré détrempé, vent frais, il se dit que c’était mal parti.
Il se trompait.
Ce fut d’abord les contours de son corps, ils se firent flous jusqu’à ne plus avoir de sens. Les lignes assez vite se brouillèrent et ce fut bientôt un mélange entre lui et le champ sous lui, températures et matières accordées, à merveille, au point qu’il aurait été impossible de savoir où finissait son corps où commençait le champ qui n’était plus sous lui mais quelque part au-dedans de lui.
Il respire maintenant dans un corps plus grand que son corps. Il respire dans les mottes de terre, dans les herbes, il respire dans le vent, dans le ventre de l’oiseau de proie qui stabilise son vol, il respire dans les vaches où qu’elles soient, dans l’odeur de la pluie et dans la rivière de pierres un peu plus haut.

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Son corps s'estompa doucement dans le printemps
&
je ne vois que mon bras. Mon bras est armé. L’arme est noire. L’arme est lourde. L’arme est trapue et elle pèse à mon bras.

J’essaie de lâcher l’arme et je découvre que je ne peux pas ouvrir la main. Je secoue le bras, qu’elle me lâche, rien n’y fait. Je recommence, plus fort. Mon bras alors s’étire, s’amollit, se tord en chewing-gum avec toujours l’arme au bout, la main serrée autour. Plus je secoue plus le bras s’étire, s’amollit et se tord. J’arrête. Mon bras se raffermit et retrouve sa forme initiale. L’arme au bout.

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Critiques :Cécile Portier dans Remue.net a écrit:

Des espèces de dissolution ouvre sur une appréhension du monde qui se ferait selon les auspices du tactile. Il n’y a qu’à se pencher et cueillir : « Les nuages qui circulent à ras de terre sont encore légers, il les sent plus qu’il ne les voit pour l’instant, il les sent sur sa peau, il les respire par toute la surface de son corps exposé ». Cela fait des siècles qu’on nous refourgue des révélations et Juliette Mézenc donne à connaître cette expérience d’être au monde autrement, avec une autre véracité, qui ne s’embarrasse pas des contours, qui ne se laisse pas éblouir par des soleils uniques, brûlants et autoritaires. Bienheureux les aveugles, ils ont des pulpes de chair qui leur en disent beaucoup plus de ce qu’il y a à vivre que de rester devant à l’admirer.

Jean-Philippe Cazier dans Diacritik a écrit:

Ce livre et nous, nous ne sommes pas dans le même monde, et nous ne pouvons le lire qu’en entrant dans le monde qu’il est, en abandonnant le nôtre, c’est-à-dire en renonçant à ce qui nous protège de ce à quoi, au contraire, ce livre nous expose directement, immédiatement. La lecture comme « dissolution »…

Cécile Viguier dans DIACRITIK a écrit:

Avec Des espèces de dissolution, Juliette Mézenc écrit un livre déstabilisant qui brouille toutes les frontières : celles du récit, des genres, des identités, des règnes, de la conscience, du monde. Cette dérégulation généralisée n’est pourtant pas un simple désordre, elle est au service d’une vie plus large, plus intense. A l’occasion de la sortie de ce livre, la librairie L’Echappée Belle, à Sète, a organisé une rencontre avec Juliette Mézenc et animée par Cécile Viguier. Nous reproduisons ci-dessous un extrait de cette discussion.

Laurent Lavoie dans Courrier du lecteur (Québec) a écrit:

Courrier des lecteurs...

"Lire Des espèces de dissolution, c’est vivre une expérience littéraire sidérante dont on ne revient pas sans y laisser quelque chose de soi, sans y rapporter aussi quelque chose d’autre que soi, qui brouille les pistes de ce que nous considérons le soi, de ce que pensons être l’autre que soi, et qui, chemin faisant, nous convie à devenir un être à mi-chemin, en virant tout, sens dessus dessous, le dehors et le dedans, le proche et le lointain, le ciel et la terre, en une bascule langagière où se déploie une écriture rhizomatique dont les racines adventives pénètrent au cœur d’un monde où s’entremêlent la vie et la mort, et qui s’appréhende ici dans la spatialité palpitante d’un souffle, mieux d’une respiration, pour qu’au final, de cette oxygénation singulière de l’écriture de Mézenc, on puisse faire paysage avec le paysage, lien avec le délié, l’un avec le divers, en somme qu’on puisse procéder à l’effacement des frontières, en un débordement continu, vibrionnant et lumineux."

Fabrice Thumerel dans Libr-critique a écrit:

Extrait : (…) Alice ultra-moderne, je/il/elle traverse, non pas le miroir, mais diverses strates de réalité virtuelle : nul lapin blanc dans un paysage virtuel tout droit issu des jeux vidéos, mais « un panneau qui parle », Miss Fluo, des « femmes-chevreuils », des « femmes-marmotes »… Allez, rendez-vous au mont Mézenc (cf. p. 104) !

Bassoléa dans DIACRITIK a écrit:

Extraits mis en voix et en musique par deux jeunes gens talentueux...


À propos de l’auteur

Juliette Mézenc a grandi dans les montagnes de l’Ardèche, elle vit et écrit dans les Cévennes. Elle travaille régulièrement avec d’autres écrivains et artistes, en particulier Stéphane Gantelet et Cécile Portier. Ses terrains de jeu : l’écriture « entre les genres », la fiction transmédia, la performance et le vidéopoème. Juliette Mézenc mène également de nombreux ateliers d’écriture auprès de publics très variés.
Lire un entretien avec l'autrice

Bibliographie

Cahiers de Bassoléa, L'Attente, 2022 • Journal du brise-lames, Publie.net, 2020 • Des espèces de dissolution, L'Attente, 2019 Laissez-passer, L’Attente, 2016 • Tu écris dans ta tête, in Une chambre à écrire, livre collectif, L’Ire des Marges, 2016Elles en chambre, L’Attente, 2014 • Poreuse, roman, Publie.net, 2012, 2018 • Sujets Sensibles, Publie.net, 2009


Micmac mécanic

par Serge Airoldi

Couverture d’ouvrage : Micmac mécanic
Fiche technique :Prix : 14,00 € EUR
ISBN : 978-2-36242-079-5
Taille : 13,00 x 19,00 cm
Pages : 138

Désengrenages

Monologue théâtral où sont décortiqués machines du vingtième siècle et réflexes machinaux. Dans un bric-à-brac un homme divague, se remémore un monde en train de disparaître, cherche l’articulation possible du langage et d’un esprit. Cette tragédie cocasse faite de télescopages verbaux (la faute à la machine à écrire « de marque Remington » que le narrateur démantibule peu à peu) est l’allégorie d’une progressive perte de pédales, et un puissant acte de résistance contre l’assujettissement aux mots d’ordre de tous ordres.

 

Lecture d'un extrait par l'auteur

Parution :
Thématiques :
Extrait :

je ne venais pas pour ça, mais en chemin, je, j’ai… j’ai été pris à partie, des pluies d’écrous, je t’assure, des écrous carrés, des papillons, des borgnes, à embases, l’écrou à ailes, des écrous hexagonaux, la France s’effondre sur toi, la Francentière écrase tes doigts de pied, ça taraude ça bouscule ça chamboule tu sais ces hordes qui te tombent dessus, d’en haut, du très haut, alors je viens pour purger tout ça, je viens pour les machines, pour dire des choses sur les machines, l’effritement, voilà l’idée même, l’éreintement, la fissure qu’inventent les machines,
(il saisit la machine à écrire de marque Remington, la jette sous un bras & marche avec nervosité dans tous les sens)
(comme un murmure à l’adresse d’un interlocuteur invisible)
je viens pour les machines
les machines ça vient de beaucoup trop haut

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Critiques :Claro dans Le Monde des Livres du 12/04/19 a écrit:

"Les vrais livres sont toujours des événements. Au sens où ils surviennent. Survivent. Incitent à continuer, comme chez Beckett. Micmac mécanic en est un. "

Nathalie André dans Eclairs a écrit:

"Commencer un livre de Serge Airoldi, c’est comme tout quitter pour devenir orpailleur (quelques heures seulement, hein !). Et de l’or, il vous en habille. Cet or, c’est sa langue. Il a le goût des mots rares et de leurs assemblages éclectiques. Il s’en explique en disant qu’issu d’une famille italienne, les mots sont devenus une conquête qu’il a associée au désir de vouloir tout nommer et de la manière la plus précise possible. Les juxtapositions et énumérations frôlent souvent, on le sent, la jubilation et cette profusion, qui s’accompagne d’une cohorte de bestiaires et personnages oubliés de nos mémoires, donne à son écriture une partie de sa saveur et coloration."

Lecteurs dans Babelio a écrit:

Je me suis juste délectée de ces mots en bouche comme une langue étrangère et un peu magique.
Une jolie découverte !


À propos de l’auteur

Né en 1966, Serge Airoldi vit et travaille à Dax. Après des études de lettres, de sciences politiques, d’histoire et de droit, il devient journaliste dès 1991 et obtient en 1998, le premier Prix de la Fondation Alexandre-Varenne dont le jury était présidé par Franz-Olivier Giesbert. Depuis 2009, il est directeur artistique des Rencontres à Lire, le salon du livre de la ville de Dax.
Outre plusieurs publications en revues (Fario, Phénix, Confluences Méditerranée, Europe, Le Matricule des Anges, Le Festin), des participations à des ouvrages collectifs et à des livres d’artistes, il est notamment l’auteur de Rose Hanoï, Arléa, 2017 (Prix Henri de Régnier de l’Académie française) et de L.P.P., Fario, 2018.

Bibliographie

Micmac mécanic, L'Attente, 2019 • L.P.P., avec des dessins de Lydie Arickx, Fario, 2018 • La petite fille au lapin, Les Petites Allées, 2018 • À la brunante, La Tête à l’Envers, 2017 • Rose Hanoï, Arléa, 2017, Prix Henri de Régnier de l’Académie française • Ces Landes, Le Festin, 2015 • Nous cheminons de la forge aux chevaux des nuits, de la marisma, le livre-cosmos à la mine éteinte, Les Petites Allées, 2014 • Partir avec le zèbre, L’Arbre à Parole, 2014 • Ma route est d’un pays où vivre me déchire, Fario, 2014 • Adour, histoire fleuve, Le Festin, 2013 (Troisième édition, juin 2017, préface de Jean-Paul Kauffmann) • Les Roses de Samode, Cheyne, 2011 • Comme l’eau, le miroir changeant, Fario, 2010 • Le Veilleur de Matera, La Fosse aux Ours, 2006 • Les Chevaux, La Fosse aux Ours, 2004


La revanche des personnes secondaires

par Isabelle Zribi

Délicieuses méchancetés

La vie, comme la fiction, comporte son lot de personnages secondaires. Êtres voués au silence, à l’effacement, voire au dédain et aux insultes, certains trouvent le courage de s’insurger contre leur condition. De Chicago à Fontenay-sous-Bois en passant par le Mexique, des années 50 au futur proche, domestique moderne, femme trompée, adolescent mal dans sa peau, sœur invisible, vieillard méprisé, jeune femme harcelée, ils sont déterminés à sortir de l’ombre. Qu’ils soient devenus célèbres ou non dans la vraie vie, cette série de nouvelles en douche écossaise, percutantes, corrosives, militantes, leur offre à tous une revanche.

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Extrait :

Tu t’es endormie en un coup de seringue, avec la conviction heureuse que tu allais te débarrasser de moi. Le chirurgien s’est paré de ses beaux vêtements bleus, de ses gants lustrés et de son masque. Il est déterminé à te décharger de ce qu’il nomme ta tumeur maline. Pour lui, c’est l’évidence. Cancer = danger vital = extraction immédiate. Bientôt, il me séparera de toi.
Je me suis mal comportée. Mais aurais-tu réagi plus noblement ? Au début, nous étions aussi dérisoires l’une que l’autre. Papa – j’ose lui donner ce nom – s’est glissé dans maman et le hasard a conduit un de ses spermatozoïdes à faire la connaissance d’un ovocyte. Nous venons toutes deux de cet œuf. Je sais, c’est dégueulasse. Le cocktail de leurs gênes a produit deux débuts d’enfants asexués et sans organes – nous. Par un curieux phénomène, au lieu de prendre mon autonomie, je me suis mêlée à toi.

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Critiques :Alain Nicolas dans L'Humanité du jeudi 3 janvier 2019 a écrit:

EN HAUT DE LA PILE

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Nouvelles - Les seconds rôles se rebiffent

Qu'est-ce qu’un personnage secondaire ? On le voit bien quand il en existe de “principaux”, assez consistants pour tenir les premiers rôles. À l'arrière-plan, domestiques au garde-à-vous, étudiants dans les amphis, comateux à deux doigts de la fin de vie ou tout simplement personnes sans signes particuliers, ils ne traversent les oeuvres que comme accessoires, à peine animés. On ne se demande jamais s'ils s'en contentent, s'ils en souffrent, s’ils aspirent à autre chose.
Pour Isabelle Zribi, c'est clair, ils veulent une revanche. Elle va la leur offrir. Point de malentendu : il ne s'agit pas d'en faire des personnages principaux, comme la Félicité d'Un coeur simple de Flaubert ou le Joseph Roulin de Pierre Michon.
Loin d’être une collection de “vies minuscules”, ce recueil de nouvelles - un genre qui a bien besoin d’une revanche - est bien une galerie de batailles, celles qu'ils mènent, avec cruauté, contre la vie et les gens. Une méchante et délectable lecture de début d'année.

Jean-Philippe Cazier dans Diacritik a écrit:

"La revanche des personnes secondaires est un livre sans doute très méchant pour le Medef, la Manif pour tous ou Emmanuel Macron. C’est en tout cas un livre de guérilla politique, une sorte de petit traité d’anarchie."

Karen Cayrat dans Pro/p(r)ose Magazine a écrit:

"En ce mois de janvier, c’est un ouvrage à la fois enthousiasmant, mordant et féroce que livre Isabelle Zribi. Une ode à l’affirmation de soi, une ode à la différence qui, pétrie d’engagement, nous enjoint à tourner nos doutes en panache, des pages que Pro/p(r)ose Magazine avait à cœur de porter."

Laurent Gourlay dans BLOG a écrit:

"Ces treize courts récits, au style vif et tranchant, distillent une atmosphère inquiétante et drôle. Un recueil de nouvelles, comme autant d’actes de renaissances, à l’humour cruel et incisif."

Stéphane Guillaume dans Le Chirurgien Dentiste de France N° 1833-34 février 2019 a écrit:

"Où vont les invisibles, les ternes, les sans relief ? Ces femmes et ces hommes que l’on croise, mais qu’on ne regarde pas. Voués pour toujours à l’ombre, à l’oubli, voire au mépris, les voilà condamnés à traverser nos vies comme des ectoplasmes : « Cette présomption d’insignifiance ne se renverse pas. C’est définitif. » Mais méfiez-vous, nous susurre Isabelle Zribi, quand ces pâles figures se rebellent, cela peut faire mal. Et même très mal parfois.
La Revanche des personnes secondaires, son dernier livre, est une suite d’histoires de révoltes. Un garçon mal dans sa peau se transforme en diva underground et trash, une jeune fille fait payer très chèrement aux hommes leurs harcèlements, un grand-père délaissé se fait passer pour l’homme le plus vieux du monde… Les héros de ces fables amorales et grinçantes sont d’abord les victimes de leur apparence.
Mais ce sont aussi les éléments perturbateurs qui viennent brouiller l’ordre établi. Ils semblaient médiocres, si peu visibles ; ils deviennent soudain étranges et envahissants.
Des rôles s’inversent, des masques tombent, des humiliés relèvent la tête. Et leurs représailles inattendues, joyeusement méchantes, sont à la hauteur des humiliations subies. Isabelle Zribi est avocate et romancière. La Revanche des personnes secondaires est son quatrième ouvrage.
Ces treize courts récits, au style vif et tranchant, distillent une atmosphère inquiétante et drôle. Un recueil de nouvelles, comme autant d’actes de renaissance, à l’humour cruel et incisif.

Eric Loret dans Le monde des livres du 12.04.19 a écrit:

Les narrateurs de ces treize nouvelles sont motivés, comme le titre ne l'annonce pas tout à fait, par un désir de vengeance, qui va parfois jusqu'à la torture. Ces femmes et ces hommes décrivent d'abord l'ordinaire du mépris où les tiennent les autres, souvent sur un ton d'humour glacial : « Je suis d'abord bouleversée d'apprendre qu'elle n'est pas réticente à la sexualité en général mais à coucher avec moi en particulier. » Puis ils retournent le bâton si l'on ose dire, tout en vérifiant avec le Baudelaire du Spleen de Paris qu'il y a « si peu d'amusements qui ne soient pas coupables ». Les leurs sont ubuesques, sanglants, s'enflent par l'agacement de la langue jusqu'au délire : le héros de la dernière histoire, « Le clodo du troisième étage », est d'ailleurs Henry Darger (1892-1973), le peintre brut inventeur des inquiétantes et androgynes Vivian Girls. Le style de ces textes répond à peu près à cette remarque d'un personnage : « Il me fixe, cherchant une réponse dans mes traits. Mais le visage n'est pas une notice explicative. » E. Lo.

Guillaume Richez dans LES IMPOSTEURS a écrit:

Dans les treize textes qui composent ce recueil, Isabelle Zribi décrit d’abord le mépris et les humiliations que subissent ses personnages, féminins ou masculins, parfois avec un humour à froid qui fait mouche. Puis la situation bascule.


À propos de l’auteur

Isabelle Zribi, née en 1974, exerce le métier d’avocate et vit à Paris. Elle a publié quatre livres (dont Tous les soirs de ma vie, Verticales, 2009), a participé aux Cahiers du Cinéma et a fondé et coanimé la revue Action restreinte, théories et expériences de la fiction.

Bibliographie

La revanche des personnes secondaires, coll. "Alimage", l'Attente, 2018 • Quand je meurs, achète-toi un régime de bananes, coll. "Qui Vive", Buchet Chastel, 2 014 • Tous les soirs de ma vie, Verticales, 2009 • Bienvenue à Bathory, Verticales, 2007 • MJ Faust, Comp’Act (devenues L’Act Mem), 2003