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Katrina

Isle de Jean Charles, Louisiane

par Frank Smith

Immersion
Avec le soutien du Centre National du Livre

Sélection Prix des découvreurs 2017

Isle de Jean Charles est une langue de terre située aux confins de la Louisiane. Elle est la première victime d’une érosion côtière qui ronge la région depuis des siècles, décuplée par les effets des tempêtes qui balaient régulièrement le golfe du Mexique. Avec elle, une communauté d’Indiens issus de trois tribus – Biloxi, Chitamacha et Choctaw – coule doucement. Pêcheurs de père en fils, les Indiens d’Isle de Jean Charles ont comme autre particularité de parler partiellement le français des Cajuns, descendants de Français chassés d’Acadie par les Anglais en 1755 et réfugiés en Louisiane. On y va. On y passe, un jour.

Extrait :

Péripéties.
Une terre sans attaches, que tu arpentes, furibond et confus, dans les dérives de la brûlure interne. Est-ce que tu restes un étranger pour toujours ?
Il y a un rectangle de ciel et, fébriles, de menus accords entre vous. Tu ne désavoues jamais les traces qui te conduisent à Jean Charles.
« You know where you are ? » te demande la vendeuse du Nez coupé, une boutique d’artisanat local sur la route de Cocodrie – bijoux, instruments de musique, tenues de peau, pierres rares…
Des fois, tu ne comprends plus.
On est celui qui navigue et qui marche, celui qui grimpe des échafaudages, celui qui est une personne à elle seule. On est Tzvetan Todorov qui écrit La conquête de l’Amérique. On est à l’écoute des proverbes indiens quand ils disent : « On n’est pas un miroir, on est la vérité de toujours. »
C’est quoi une île ?
La question stagne, elle ne se pose déjà plus.

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Laisser dire et faire. C’est une vocation.

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Critiques :Jean-Philippe Cazier dans Mediapart a écrit:

« Un livre indissociablement éthique, poétique et politique »

Yann Perreau dans Les InRockuptibles a écrit:

« Un grand livre sur la disparition d’une communauté »

Christien Désagullier dans Sitaudis a écrit:

« Poésie circonstancielle de temps (présent) et de lieu (ici) »

Jean-Max Méjean dans L'Obs a écrit:

« Ce livre vous marquera à jamais »

Alain Nicolas dans L'Humanité a écrit:

S’en tenir aux faits, explorer et fracturer le langage...

Librairie Charybde dans Charybde 27 a écrit:

Témoignage presque silencieux, poignant et poétique, de confins de Louisiane où la nature et l’appât du gain s’unirent pour détruire une communauté.

Heike Fiedler dans CCP#31-4 a écrit:

Katrina retrace le vécu d’une communauté d’Amérindiens sur l’Isle de Jean Charles aux confins de Louisiane, terre menacée par l’effet d’érosion côtière.

Georges Guillain dans Les découvreurs a écrit:

Me retiennent pourtant et fortement dans ce livre, non seulement le tableau déprimant de notre monde de plus en plus abandonné aux puissances technologiques, matérielles et financières qui le défigurent et en réduisent toujours davantage la belle et giboyeuse diversité humaine et naturelle.

Frédérique Cosnier-Lafage dans Résonance générale a écrit:

Le mouvement du texte est fait de cette tension entre arriver et repartir, de ce frôlement comme une rencontre toujours à rejouer, comme la terre apparaît et disparaît parmi les flots, comme les indiens eux-mêmes, après chaque cyclone, quittent les lieux et reviennent ensuite pour reconstruire, inlassablement.

Jean-Philippe Cazier dans DIACRITIK a écrit:

Katrina est un livre nomade, où le nomadisme est central. Un livre des circulations – entre l’enquête, la poésie, le récit. Ce qui importe est le déplacement, la mobilité, selon une logique de la transversalité, de l’agencement. Les langages se juxtaposent, se mélangent : langage objectif d’une description encyclopédique ou d’un dictionnaire, langage subjectif des impressions et états internes ; langage littéraire, langage parlé ; langue anglaise, langue française ; etc. Comme l’eau, qui, dans le livre, circule partout, omniprésente. Comme circule celui qui, dans le livre, ne cesse de se déplacer pour rencontrer les habitants du bayou, accueillir leurs paroles, traverser les paysages au volant d’une voiture de location…

Christine Marcandier dans DIACRITIK a écrit:

Le récit de Frank Smith est une cartographie littéraire et une forme de roman documentaire. La langue de terre qu’est l’Isle de Jean Charles est aussi ce lieu où réel et imaginaire se rejoignent, un espace poétique de déploiement des images comme des cultures — descendants d’Indiens, de Français, sur « cette terre d’ici, plein des années », « on ne doit la vie qu’au hasard et qu’à l’exil ».


À propos de l’auteur

Frank Smith, né en 1968, vit et travaille à Paris. Il est écrivain, poète et réalisateur, vidéaste. Il est représenté par la Galerie Analix Forever, Genève.
Il a longtemps été producteur pour France Culture où il a notamment codirigé l’Atelier de création radiophonique, de 2001 à 2011, et animé l’émission La Poésie n'est pas une solution (été 2012).
Il est par ailleurs éditeur, directeur de la collection ZagZig de livres/CD, qu’il a créée aux éditions Dis Voir en 2008, et dirige avec Antoine Dufeu la revue critique et clinique de poésie, RIP.
Il a collaboré également au journal L'Impossible de Michel Butel, à la revue Mouvement, et a animé le dispositif « Poé/tri » d’entretiens avec des poètes pour la plateforme nonfiction.fr
Depuis Guantanamo, (éd. Le Seuil, 2010) puis Gaza, d’ici-là (Al Dante), Etat de faits et Katrina (L'attente), il inaugure, à partir de documents et d’archives, une série d’« investigations poétiques » en phase avec les conflits majeurs du monde contemporain.
En 2014, aux États-Unis, la traduction de Guantanamo par la poète conceptuelle Vanessa Place, est sacrée meilleur livre de l’année par The Huffington Post : « un livre mutant, errant aux confins de Kafka, Lyotard et WC Williams » selon Avital Ronell.
A paraître : Choeurs politiques, Poème dramatique pour voix (L’attente, automne 2017).
Prochaines réalisations : Le Film de l’impossible, présenté au centre Pompidou dans le cadre du Festival Hors Pistes Production, septembre 2017, et Le Film des Indiens (Hors Pistes 2018, centre Pompidou).
En 2018, Frank Smith présentera une nouvelle exposition à la Galerie Analix Forever : Les Films du monde/68 cinétracts, pour célébrer les 50 ans de mai 1968, et participera à une exposition collective Art & Prison, à Hobart, Tasmanie, en juin (commissariat Barbara Polla).

Bibliographie

Chœurs politiques, l'Attente, 2017 • Fonctions Bartleby, bref traité d’investigations ­poétiques, Le Feu sacré, collection Les feux follets n°2, 2015 • Résolution des faits, Fidel Athelme X, 2015 • KATRINA - Isle de Jean Charles, Louisiane, l'Attente, 2015 • Surplis, Argol, 2015 • Le Film des questions, Plaine Page, 2014 • Guantanamo (tranduit par Vanessa Place, introduction by Mark Sanders, praise by Avital Ronell), Les Figues Press, Los Angeles, 2014 • États de faits, l'Attente, 2013 • Gaza, d’ici-là, Al Dante, 2013 • Guantanamo, Seuil, Collection « Fiction & Cie », 2010 • Dans Los Angeles, Le Bleu du ciel, 2009 • Le cas de le dire, Créaphis, 2007 • Je pense à toi, Les Cygnes, 2004 • Zigzag poésie. Formes et mouvements : l’effervescence, Autrement, 2001 • Poé/tri. 40 voix de poésie contemporaine, Autrement, 2001 • Je @ toi, Olbia, 2001 • Pas, photographies d’Anne-Marie Filaire, Créaphis, 1998


Mémoires des failles

par Philippe Annocque

Images incertaines

Loin de l'autobiographie littéraire qui colmate les fissures de la mémoire, l’auteur se concentre exclusivement sur ses béances. Il accumule les moments inaperçus de son existence, tout entière imbibée de magie et d'injustice. Ce sont comme des photographies intérieures dont l’auteur est le premier surpris, coude à coude avec le lecteur. Ces clichés sont rassemblés en albums qui dessinent une vie entière, de l’enfance à la maturité et à l’entrée dans l’écriture, sans que jamais celui dont le nom est sur la couverture puisse jamais affirmer “J’ai vécu cela”. Des moments perdus dans les failles d’une mémoire poreuse et profondément lézardée.

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Lecture d'un extrait par l'auteur

Parution :
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Extrait :

Troisième album, sixième pellicule : amphithéâtre.

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Quand l’Université n’est pas en ruines, elle se trouve parfois reléguée au fin fond d’une province anonyme. (Soi-même, avec Murielle, on n’en a plus pour très longtemps, à vivre à Paris.) On retrouve là-bas l’ancien professeur de stylistique, qu’on aimait tant tous deux, et qui n’a rien perdu de sa fougue d’autrefois : debout sur l’estrade, il se désespère du silence général. « Mais enfin, selon vous, qu’est-ce qui est véritablement signifiant, dans le mot avatar ? » L’amphithéâtre entier reste muet. Alors on se résout à intervenir et à donner une définition du mot, aussi précise que possible, ainsi que les détails de son origine sanskrite. (C’est un souvenir de lycée qu’on livre là. Arrêté dans la lecture d’Aurélia par l’apparition soudaine de ce mot, on a fait une petite recherche dans un dictionnaire spécialisé qui citait, à titre d’exemple littéraire, l’extrait même du texte de Nerval par lequel on venait d’être intrigué. Cette coïncidence était déjà, pour soi-même, un peu plus qu’un hasard.)

Cependant ce n’est pas la réponse attendue par le professeur. On le savait, d’ailleurs. Comment répondre à une telle question ? Comment répondre à une question, quelle qu’elle soit ?

Voilà : il suffisait de dire – c’est ce que le professeur déclare – que ce qu’il y a de plus signifiant dans le mot avatar, c’est sa finale, en -ar.

On reste muet, quelque part entre la rêverie et la perplexité.

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Critiques :Hugues dans Charybde27: Le blog a écrit:

Respectant avec une certaine souplesse la chronologie d’une existence à revivre dans ses fragments, discernant mal, à chaque fois, malgré l’aide apportée par la figure tutélaire de Murielle, ce qui ressort du solide, du dur, de l’indéniable, de ce qui renvoie plutôt au doute, à l’incertitude, au déjà-vu fugace et légèrement angoissant, Philippe Annocque égrène les stations d’un chemin de croix paradoxal, où la légèreté se bat pour triompher du réel et de son poids, où l’invention langagière et la métaphore devenue réalité concourent à l’effort dont la lectrice ou le lecteur se régalent, en direct ou en léger différé.

Alexandre Ponsart dans CCP 31-5 a écrit:

Par cet ouvrage, l’auteur nous invite à (re)vivre une vie qui s’étend de l’enfance à l’âge adulte. C’est un livre autobiographique mais dont le contenu n’est pas vérifiable, car comme il est indiqué sur la couverture à aucun moment l’auteur n’a vécu cela.

Frédéric Lacoste dans Le Courrier de Gironde a écrit:

Loin de l'autobiographie littéraire qui colmate les fissures de la mémoire, Annocque se concentre exclusivement sur ses béances.

Mariette dans Fondation La Poste a écrit:

Les librairies naturellement de plus en plus focalisent l’attention. Celle-ci est petite ; à l’angle de deux rues. On est juste sur le seuil, mais le dos tourné vers l’intérieur du magasin : c’est parce qu’on regarde Murielle sur le trottoir ; très agitée à propos d’un sujet qui nous échappe. D’ailleurs c’est à quelqu’un d’autre, voire à elle-même, qu’elle s’adresse, on trouve juste drôle son excessive animation.

Guillaume Contré dans Le Matricule des Anges a écrit:

Mémoires des failles serait donc ainsi – quand bien même il se propose de retracer une vie de l’enfance à l’âge adulte – un anti livre de mémoire ; une forme d’autobiographie où tout serait faux, invérifiable, apocryphe. L’auteur, dès lors, comme il est proposé sur la couverture, ne pourra jamais affirmer « j’ai vécu cela ».
En savoir plus sur http://www.paperblog.fr/7708810/philippe-annocque-memoires-des-failles/#8cXY13qgG6AWC0K4.99

Eric Elliès dans Critiques libres a écrit:

« Mémoires des failles » est une sorte d’OVNI littéraire qui, partant du constat que la somme de nos souvenirs est très inférieure à celle de nos instants vécus, retrace la biographie du narrateur en déroulant l’album-souvenir des moments perdus dans les failles d’une mémoire poreuse et profondément lézardée. Le paradoxe de l'argument est résolu par l’existence d’archives, qui ont enregistré sur pellicule ces moments oubliés, mais que le narrateur peine à décrire car il n’est pas sûr de les avoir vraiment vécus...

Claro dans Le clavier cannibal a écrit:

Mémoires des failles accumule, avec une patience de Petit Poucet, les moments inaperçus de l'existence, tout entière imbibée de magie et d'injustice, et sous couvert d'un ton rêveur, au fil des micro-récits qui composent sa matière mercuriale, impose sa musique entêtante


À propos de l’auteur

Philippe Annocque, dubitatif quant à la mention « Du même auteur » qui commence à accompagner ses livres, répond cependant quand on l’appelle par son nom, par souci de commodité. Ses papiers le disent né en 1963, il veut bien les croire. D’origines variées, animé de passions diverses et hétéroclites, il écrit des livres qui lui ressemblent sans pour autant se ressembler entre eux : disparates et convergents, nés de la question de l’identité.
Il anime à l’occasion des ateliers et des rencontres en milieu scolaire et tient Hublots, un blog littéraire bien connu.

Bibliographie

Les singes rouges, Quidam, 2020 • Seule la nuit tombe dans ses bras, Quidam, 2019 • Elise et Lise, Quidam, 2017 • Pas Liev, Quidam, 2015 • Mémoires des failles, l'Attente, 2015 • Vie des hauts plateaux, Louise Bottu, 2014 • Rien (qu’une affaire de regard), Seuil 2001, rééd. Quidam, 2014 • Monsieur Le Comte au pied de la lettre, Quidam, 2010 • Liquide, Quidam, 2009 • Par temps clair, Melville, 2006 • Chroniques imaginaires de la mort vive, Melville, 2005 /// Recueil de poèmes pour la jeunesseDans mon oreille, illustré par Henri Galeron, Motus (septembre 2013). /// En revue • "Tu", dans L’Anacoluthe n°13, été 2010.


Sanza lettere

par Marie Cosnay

Course-poursuite énigmatique

Un basculement intime se produit au moment d’un basculement politique. La narratrice prend la route, rencontre des réfugiés dans une forêt de l’Aude, un voleur de bateau en Méditerranée, une infirmière peu conforme et des squatteurs à Besançon. C’est ça : la narratrice tente de se frotter au monde, de le rencontrer – mais voilà, cela semble vain. Restent les étapes nommées, les Gertrude Stein, Dashiell Hammet, Pere Gimferrer, Jean-Patrick Manchette et Virgile. C’est un road movie, une fuite… Une fille, la narratrice a bel et bien l’impression qu’elle fuit un crime qu’elle a commis et oublié, un corps gît au centre d’une pièce.

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Extrait :

on avait perdu un mot dans les sous-sols, impossible de traverser, le couloir retient toute une généalogie, les uns piétinent les autres dans un espace qui ne s’élargit pas sous la pression des corps, prenant appui sur les genoux et les fesses on cherche l’air en surface cogne au plafond et de corps en corps va jusqu’à ma mort Elle est venue ma mort je ne dis pas ça à cause d’un printemps mais après un trop plein de printemps, de saisons, après une impression sordide, un changement de genre et de cap Transformons les corps entassés dans le hall en lettres Évaporons-nous en récits disais-je Passons par le trou de la serrure mais personne n’y arrivait

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d’autant que le désir de liberté lui-même mourait ; m’agrippant je cherchais dans le hall une idée pour survivre ; il semblait plus que tout autre chose dégueulasse mon élan de survivre ; je m’agrippais à la dégueulasserie c’est-à-dire que malgré la mort qui me fonçait dessus je tenais les rênes

j’avais dans l’idée une mort parfaite parfaitement déboîtée. Tout ce qu’on n’imagine pas couler comme humeurs sur un sol de briquettes rouges coulait et collait, parfait. Je luttais c’est bien ça et pas un fichu poète pour m’aider à récupérer le tout, le porter une fois de plus, le tout, avec des mots du genre : tu vas voir comment ça se passe comment c’est doux et triste mais triste d’une façon attachante, de revenir à vivre

pour ce qui est de la sexualité j’ai été débordée, contre un miroir j’ai jeté mon verre puis quelqu’un gisait féminin sur le sol de briquettes bras en croix le sang en jet puissant surgissait de la blessure au front grosse comme une pièce de vingt centimes, on aurait dit le trou d’une balle, je ne me suis pas retournée, la Peugeot Faut qu’elle roule avait dit Delphine, il est 6 heures du matin et je roule en morte que je suis

(le tombeau était magnifique, de marbre et labyrinthique, chaque pièce doublée d’une autre attenante et semblable quoique grise quand l’autre lumineuse)

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Critiques :Tristan Hordé dans CCP 31-5 a écrit:

Il y a dans l’œuvre de Marie Cosnay une continuité remarquable, au point que chaque livre reprend souvent, discrètement, des détails du précédent.

Joachim Sené dans Remue.net a écrit:

"c’est un road movie et retour, rare forme du genre, comme un circuit automobile, tout en étant drame et donc unités de lieux, il faudrait ajouter le passages aux actes il y a aussi : un chat dédoublé ; un chat seul ou chat mème, un chat miroir sans miroir, comme de Schröndinger, chat et non-chat, sœur et non-sœur, meurtre et pas de meurtre, arme du crime ou pas, les pistes sont quantiques mais la Peugeot est rouge et le livre extraordinaire de concis et de force, de rythme, toute la poésie le berce et trace sa route, avec ces drames antiques qui sont nos nouveaux polars, et l’urgence de tout ça dans cette forme qui prend à la gorge comme autant de plans frénétiques d’un David Lynch sous acide"

Blog dans Litténerante a écrit:

Sanza Lettere, c’est un livre à mi chemin entre roman d’aventure et poésie introspective et militante. L’écriture est très particulière, ce qui demande un effort de lecture pour plonger dans l’histoire, certes, mais lui donne aussi une dimension plus puissante. Le livre est composé en paragraphes, souvent courts et avec très peu de ponctuations, voir aucune. On lit alors d’un seul souffle, avec rapidité, à la manière justement d’un road movie. Au début des paragraphes, pas de majuscule, et à la fin pas de point ; rien ne commence ni ne s’arrête, à la manière d’une longue route que l’on suit et qui revient, peut être, toujours à son point de départ. Des phrases qui n’en sont pas, sans verbe, parfois un mot sans contexte. Mais on prend très vite le fil et il y a une intrigue qui tient notre curiosité nous fait tenir ce rythme endiablé sur les routes.


À propos de l’auteur

Marie Cosnay vit et travaille au pays basque, elle y enseigne le latin, en collège. Traduit Ovide et Virgile, pour le plaisir. Publie des textes sur le site Des aubes particulières, d’autres textes sur le blog Chroniques, sur Médiapart, d’autres encore paraissent dans le journal en ligne Enbata. Tient une rubrique dans la revue Le matricule des anges.

Bibliographie

Aquero, L'Ogre, 2017 • Cordélia la guerre, L'Ogre, 2015 • Sanza lettere, L'Attente, 2015 • A notre humanité, Quidam, 2012 • Des Métamorphoses, Cheyne, 2012 • Comment on expulse, responsabilités en miettes, Éditions du Croquant, 2011 • Des trains à travers la plaines (avec Claude Chambard, Jérôme Lafargue, Éric Pessan), Atelier in8, 2011 • Ovide : d'Orphée à Achille, NOUS, 2011 • L'Allée du bout du monde, Publie.net, 2010 • La Langue maternelle, Cheyne, 2010 • Quand les mots du récit, Publie.net, 2010 • Noces de Mantoue, Laurence Teper, 2009 (Rééd. numérique. - Publie.net, 2012) • Entre chagrin et néant - Audiences d'étrangers, Laurence Teper, 2009 et Cadex, 2011 • André des ombres, Laurence Teper, 2008 (Rééd. numérique. - Publie.net, 2012) • Je ne pourrai pas venir te voir (ouvrage collectif), Vent d'Ouest, 2008 • Les Temps filiaux, Atelier in8, 2008 • Trois meurtres, Cheyne, 2008 • Déplacements, Laurence Teper, 2007 (Rééd. numérique.- Publie.net, 2012) • Le Chemin des amoureux, Le Bruit des autres, 2007 • Villa chagrin, Verdier, 2006 • Adèle, la scène perdue, Cheyne, 2005 • Que s’est-il passé ?, Cheyne, 2003


Le parfum du jour est fraise

par Pascale Petit

Jeu de construction
Avec le soutien du Centre National du Livre

Sont empruntées au fur et à mesure toutes les possibilités du langage pour manipuler son auditoire : l’affirmation, la démonstration, l’insinuation, la menace, la prédiction, la litanie, la répétition, la contradiction masquée, le non-sens. L’exagération, l’exacerbation, l’emballement de tous ces moyens constituent une façon d’augmenter la pression, de poser aussi la question du langage et de retourner tous ces discours contre eux-mêmes ou ceux qui les emploient. On reconnaît ainsi tout au long du texte les formes de discours du côté où la parole est pervertie – discours politiques, discours des sectes, slogans publicitaires, paroles spirituelles ou de coach – où la réalité est prise chaque fois sous le prisme selon auquel on entend la déformer. Pour notre plus grand bonheur possible dans le meilleur des mondes possibles…

Avec le soutien du Centre National du Livre

Parution :
Thématiques :
Extrait :

Vous devez dès le début veiller à faire une bonne impression. Aucune attitude ne pourra être prise comme modèle mais vous observerez avec avantage que le geste suit la pensée et que la pensée suit la respiration. Apprenez à économiser votre air, à maîtriser votre souffle. Si vous respirez en ouvrant la bouche, dites quelque chose. Oui. N’hésitez pas à verbaliser certaines des tâches et des actions que vous êtes en train de réaliser. Parlez en respirant correctement : une main sur l’abdomen, l’autre sur la poitrine, vous inspirez. Vous inspirez trois secondes. Vous inspirez trois secondes par le ventre et vous continuez à inspirer trois secondes jusqu’à l’expansion com-plète du thorax. Vous inspirez bien, vous bloquez six secondes puis vous soufflez. Puis vous soufflez.

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Vous soufflez en vidant vos poumons puis votre ventre en contractant na-tu-rel-le-ment les abdominaux en parlant très len-te-ment et en veillant à main-te-nir des pauses entre les phrases. Vous devez être dé-ten-du, vous devez sentir votre corps s’apaiser, vous devez sentir votre respiration super-fluide. Vous devez prendre conscience de l’axe énergétique qui relie le sommet de votre tête à vos talons. L’axe é-ner-gé-tique qui re-lie le som-met de votre tête à vos ta-lons. Conviction / beauté / calme intérieur / pulsations du cœur. Conviction / beauté /calme intérieur / pulsations du cœur. Clarté d’intention / bonheur véritable. Une main sur l’abdomen, l’autre sur la poitrine. L’axe é-ner-gé-tique qui re-lie le som-met de votre tête à vos ta-lons. L’axe é-ner-gé-tique qui. Conviction / beauté / calme intérieur / pulsations du cœur. Clarté d’intention / bonheur véritable. Vous inspirez, vous expirez, vous lâchez la pression, vous lâchez prise pour être totalement détendu. Vous vous sentez mieux. Beaucoup mieux. Grâce à cet exercice, vous vous sentez libre de respirer l’air que vous respirez, libre de penser ce que vous pensez, libre de ressentir ce que vous ressentez, libre de dire ce que vous dites en res-pi-rant pro-fon-dé-ment, vous le dites, oui. Bien sûr, on n’effectue pas ces exercices pour eux-mêmes : on voit plus grand, on s’inscrit en respirant dans un immense champ de forces, dans un immense mouvement de flux et de reflux. Vous inspirez, vous expirez, vous ne cherchez pas à atteindre la performance. Non. Mais vous voyez grand. Vous ex-pi-rez. Oui. Ex-pi-rez. Oui. Oui. Dou-ce-ment. Voilà. Vous pouvez lever les pouces. Tout va bien.

Une attitude négative sera inscrite à votre débit.

Une attitude positive sera inscrite à votre crédit.

Vous souriez : nous sourions. Nous levons le pouce : tout va bien. Yes. We swim. We swim together.

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Critiques :Annetta Riley dans Dalhousie French Studies Revue d'études littéraires du Canada atlantique a écrit:

"Nombreux sont les poètes contemporains talentueux qui créent des poèmes pour prêcher aux convertis – des œuvres qui parlent aux lecteurs chevronnés de poésie qui connaissent déjà sa valeur (aussi peu nombreux qu’ils soient). Rare en revanche, le poète qui puisse effectuer des conversions en faveur de la lecture de la poésie contemporaine parmi ceux qui n’ont jamais creusé ce sol auparavant, qui sont des non-initiés. Savoir ouvrir le monde de la poésie française contemporaine à ces derniers prouve un talent exceptionnel. Pascale Petit a ce talent : sa poésie offre à tous l’occasion de devenir lecteurs de poésie et, ce faisant, d’entrer en rapport avec la poète. Son langage, soigneusement élaboré, nous attire inéluctablement dans des mondes vertigineux où la frontière entre la réalité et la fiction se brouille."

Hugues Robert dans Charybde 27 a écrit:

Construire un village en guise de test et découvrir le conformisme contradictoire de l’efficacité reine.

Véronique Pittolo dans POEZIBAO a écrit:

Ce livre savoureux, acidulé, sucré à la bonne température, nous fait comprendre, décidément, que la poésie peut déborder le poème en se frayant un passage émancipé, entre mode d'emploi et caisse à outils.

Philippe Annocque dans Hublots a écrit:

Commentaire PhA : Ce livre est une tuerie


À propos de l’auteur

Pascale Petit est poète et écrivain. Elle a écrit plus de vingt livres aux genres les plus divers, romans, poèmes, nouvelles et contes. Elle dit être "à la recherche d’une forme personnelle, et travaille à la re-création d’un réel qui aurait subi un décalage – de temps, de lieu, de point de vue". Et dans ce décalage qui crée l’écart, elle joue l’intermédiaire.
"Remarquée par des lecteurs aussi pointus qu’Henri Deluy – qui l’a par deux fois publiée et l’a invitée au comité de rédaction d’Action Poétique – ou par François Bon qui l’a accueillie dans la collection qu’il a dirigée au Seuil, elle est l’auteur de textes aux statuts très différents, mais qui tous cherchent à montrer une réalité décalée." (Gérard Noiret, La Quinzaine littéraire)
Elle chronique également des livres parus pour le Cahier Critique de Poésie publié par le cipM de Marseille.
Par aileurs, elle anime régulièrement des rencontres en milieux scolaires et des ateliers d’écriture (en collaboration avec la maison des Écrivains et de la Littérature, la maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines, la biennale Internationale des Poètes en Val-de-Marne).

Bibliographie

L’Audace, Éditions Nous, 2019 • I love you mon biniou, L’École des Loisirs, 2018 • Le corbeau et le renard et compagnie, L’École des Loisirs. 2016 • L'équation du nénuphar, Louise Bottu, 2015 • Le parfum du jour est fraise, L'Attente, 2015 (Mise en scène par Christian Lapointe à la Satosphère de Montréal pendant le Festival International de Littérature, 29 septembre 2019) • Per fare il ritratto di un pesce (Illustrations de Maja Celija), Orecchio Acerbo, 2015 • Le douk-douk (théâtre), L'École des Loisirs, 2015 • Pool (illustrations de Renaud Perrin), Rouergue, 2014 • Histoir d’ouf (théâtre), L’École des Loisirs, 2013 • Made in OuLiPo (théâtre), L’École des Loisirs, 2013 • Comment faire avec le rhinocéros (illustrations de Missadline), Rouergue, 2011 • Les Côtés cachés, Action Poétique / BIPVAL, 2011 • Sharawadji - Manuel du jardinier platonique, L’Inventaire, 2010 • Du coq à l’âne (illustrations d’Hervé Tullet), Sarbacane, 2009 • Nous devons attendre que le jour se lève, Publie.net, 2007 • Manière d’entrer dans un cercle & d’en sortir, coll. "Déplacements" dirigée par Bernard Comment et François Bon, Seuil, 2007 • Tu es un bombardier en piqué surdoué, collection de la BIPVAL, Le bleu du ciel, 2006 • Tom II (théâtre), L’École des Loisirs, 2006 • Tom Premier (théâtre), L’École des Loisirs, 2005 • Monsieur Jones (théâtre), L’École des Loisirs, 2005 • L’Homme en question, (Der man um den es geht), Sisyphos (Cologne), 2002 • Salto solo (contes poétiques/Illustrations de Benoît Jacques), L’Inventaire, 2001 • Les Habitants des rêves (illustrations de Marie Loiseau), Grandir, 1999 • La Ligne d’horizon (illustrations de Christophe Hamery), Rouergue, 1997 • Paris-Barcelone (recueil de nouvelles), N & B, 1996


Tant qu’il fera jour

Une histoire américaine

par Keith Waldrop

Couverture d’ouvrage : Tant qu’il fera jour
Fiche technique :Prix : 19,00 € EUR
ISBN : 978-2-36242-053-5
Taille : 15,00 x 21,00 cm
Pages : 260

Roman familial

Né au Kansas en 1932 d’un couple désuni, le jeune Keith part, sous la conduite de leur mère avec ses deux demi-frères et sa demi-sœur, à la recherche de la vraie religion. La famille atterrit en Caroline du Sud dans un college fondamentaliste, où se situent certains épisodes désopilants du livre. Puis la famille se disperse… Leurs retrouvailles sont l’occasion d’impayables séances de spiritisme autour d’une planche de oui-ja, dont les deux demi-frères font un usage effréné. Au-delà de l’anecdote, dans une langue simple et directe, l’auteur nous livre une méditation sur les rapports entre folie et spiritualité, sur la recherche du sens et sur sa perte. Ce roman familial qui se déroule dans l’Amérique des années 40 et 50 est illustré de photos de famille. Comme dans sa poésie, Keith Waldrop écrit avec une sérénité malicieuse sur l’expérience et la mémoire. Ce roman sentimental, burlesque, philosophique, nous en apprend plus sur l’Amérique dite profonde que ne le feraient cent livres de voyageurs pressés.

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Julian dénicha un jeu de oui-ja, dégoûté de l’avoir trouvé au rayon des jouets – c’était avant le Nouvel An. Ça marchait bien avec Charles et Seely ; Charles ricanait quand le bout de ses doigts avançait avec la planchette en mouvement. Ils tentèrent de persuader le juge Jerimy de s’asseoir avec eux, mais il s’y refusa. Ça marchait bien avec Clyde et Elaine, bien qu’ils en eussent peur. Mais ça marchait formidablement quand Julian se tenait d’un côté ou de l’autre de la table. Tous les soirs ils firent parler le jeu. Alors que le sapin de Noël perdait toutes ses aiguilles, ils mirent leur trouvaille à l’épreuve.
« Où sont mes pinces », demanda Clyde, et la réponse s’épela d’elle-même : « D-E-R-R-I-E-R-E-T-E-L-E », et c’est là qu’on les retrouva. Ça ne ratait jamais quand il s’agissait de futilités de ce genre. Mais le test le plus important n’avait rien à voir avec l’efficactié.

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« Êtes-vous le mal ? » demandèrent-ils à brûle-pourpoint.
« J-E-H-A-I-S-L-E-M-A-L », répondit la planche, à leur soulagement. Pendant un temps (quelques semaines, j’imagine), celle-ci donna à Julian des instructions détaillées sur où aller pour faire de bonnes affaires, et (ils étaient alors tous plus ou moins dans les postes de télé) où trouver à bon prix des postes de télévision usagés. Ça ne ratait jamais. Leurs affaires s’améliorèrent. Et puis, un soir, le ton changea.

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Critiques :Sébastien Hoët dans CCP a écrit:

Roman réjouissant que celui-ci...


À propos de l’auteur

Keith Waldrop et son épouse Rosmarie, pendant leurs années d’études à l’Université du Michigan, fondent la revue Burning Deck. Celle-ci se transforme en maison d’édition, et de nos jours Burning Deck reste l’une des plus en vue dans le monde turbulent de la « petite édition ». Autour des Waldrop s’est constitué un des pôles majeurs de la poésie et de l’activité littéraire aux États-Unis. Au cours des quinze dernières années, K.W. a publié quatorze titres, dont Transcendental Studies (University of California Press, 2009), qui a valu à son auteur le National Book Award pour la poésie. Il est également un traducteur de premier ordre de poésie française contemporaine, et il a publié de remarquables versions des Fleurs du mal et du Spleen de Paris, de Baudelaire. Son œuvre poétique est également traduite en français, notamment Le vrai sujet, publié chez José Corti en 2010.
Les livres qu’il écrit en commun avec Rosmarie Waldrop seraient l’œuvre d’un « troisième Waldrop », qui n’écrit ni tout à fait comme Keith, ni tout à fait comme Rosmarie.

Bibliographie

En français (livres traduits de l'américain)Tant qu'il fera jour - une histoire américaine, traduit par Paol Keineg, l'Attente, 2015 • L’irrattrapabilité, suivi de Le Maître de la crucifixion de Providence, traduit par Bernard Rival, Théâtre Typographique, 2013 • Naufrage au havre, traduit par Bernard Rival, Contrat main, 2013 • Intervalles, traduit par Alain Cressan, Lnk, 2011 • Le vrai sujet, traduit par Olivier Brossard, José Corti, 2010 • Échos de Mrs. Crowe, traduit par Bernard Rival, Contrat main, 2009 • Pertes inespérées, traduit par Bernard Rival et Bénédicte Vilgrain, Théâtre typographique, 2008 • Taches d’eau, traduit par Paol Keineg, Format Américain, 1997 • Aimer par description, traduit par Françoise de Laroque, Créaphis, 1996 • Une cérémonie qui se passait ailleurs, traduit par Françoise de Laroque, Fourbis, 1990 • Poème de mémoire, traduit par Anne-Marie Albiach, Orange Export, 1982 De Keith & Rosmarie WaldropUn cas sans clef, traduction de Marie Borel et Françoise Valéry, éditions de l’Attente, 2010 • Light Travels, traduit par David Lespiau, éditions de l’Attente, 2006 • Tome un, traduction collective Royaumont et Juliette Valéry, Créaphis (Un bureau sur l'Atlantique), 1997