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La connaissance et l’extase

par Éric Pessan

Couverture d’ouvrage : La connaissance et l'extase
Fiche technique :Prix: 13,00 €
ISBN : 978-2-36242-078-8
Taille : 13,00 x 19,00 cm
Pages : 98

Témoignage

Sur la difficile mais passionnante mission d’écrivain animateur d’ateliers d’écriture à travers toute la France, l’auteur témoigne: «Un journaliste, un jour, m’a demandé si j’écrivais pour changer le monde. Mon premier réflexe a été de répondre non. Puis, j’ai réfléchi, j’ai pensé à la joie de voir un môme ou un adulte touché par une phrase qu’il lit ou qu’il écrit, j’ai pensé à la façon dont la littérature a changé ma vie, alors je me suis repris, et j’ai répondu: oui

 

Lecture d'un extrait par l'auteur

Extrait :

Il est dans les mœurs de certains de vouloir que coule le sang.
Il est dans d’autres mœurs de ne pas dormir la nuit parce que l’on s’inquiète d’une parole haineuse entendue, de laisser filer les heures jusqu’à ce que l’on entende chanter les oiseaux, au petit matin, et de se lever quand même pour prendre un train, rencontrer des gens qui ne savent pas trop pourquoi leur éducateur les a conviés, et dire la joie d’une lecture, la possibilité d’une écriture, la fraternité, l’égalité qui n’est pas une réalité mais bien un but, la liberté que chacun a le droit de rêver.

Dans une grande bassine, je plonge les mots morale et idéaliste, fraternité et extase, égalité et liberté, connaissance et rêve. Il faut que ça mousse, il faut les briquer. Il s’agit de les donner à entendre comme si on ouvrait un coffre contenant un trésor oublié.

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Parfois, durant un atelier, quelqu’un cherche un mot et je vois la joie le chavirer quand il le trouve.

Souvenir d’un collégien, émerveillé, après que j’ai donné quelques mots à des camarades qui peinaient sur leur texte :

C’est extraordinaire, il y a des mots pour tout dire, alors ?

Cette joie-là fait partie des réponses aux questions que je me pose.

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Lecture musicale d'un extrait de La Connaissance et l'extase, par Elodie Retière

 

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Critiques :Sylvie Zobda dans LA CAUSE LITTÉRAIRE a écrit:

Eric Pessan est un écrivain engagé. Ses textes évoquent bien souvent la politique, au sens large du terme, mot hérité du grec ancien politikos « relatif aux citoyens », mot qui déclenche une série de questions : comment vivre ensemble et accepter chacun ? Quelles sont nos valeurs communes ? Les liens qui soutendent notre société ?

Warren Bismuth dans DES LIVRES RANCES a écrit:

"Que faire face à la bêtise, à la haine, à la peur de la différence, aux amalgames, aux préjugés ? Éric PESSAN est à la fois écrivain et animateur d’ateliers d’écriture et de lecture théâtrale dans des collèges et des lycées, qu’ils soient généraux, professionnels ou techniques. Il vit au quotidien ces dérives idéologiques encore plus que lexicales, il tente de les combattre, il perd parfois espoir. Dans ce petit essai, il livre ses impressions, ses constats de nombreuses années sur le terrain, dans le but d’inculquer une certaine morale, un certain respect, une certaine idée de la République. "

Sarah Chiche dans CHAOS a écrit:

Eric Pessan écrit comme on combat. J’ai beaucoup d’estime pour son intransigeance. Il a organisé sa vie autour de l’écriture.

Thierry Guichard dans Le Matricule des Anges N° 203 a écrit:

"C'est à hauteur d'homme qu'Éric Pessan ici pose les questions auxquelles chacun, probablement, est un jour confronté. Pour peu que ce chacun-là ne vote pas pour le Rassemblement national, ne préconise pas la peine de mort à tout va sauf pour les embryons, n'appelle pas au massacre des homosexuels ou au voile obligatoire pour les filles. Les questions traduisent de L’impuissance (quoi faire ? Que dire ? Comment convaincre ?) et du dégoût (comment devient-on idiot ? Qu'y a-t-il de plus fort que la bêtise ?). Ces questions, l'écrivain et l'animateur d'ateliers d'écriture est amené à se les poser souvent: c'est dans un bar où les insultes matinales fusent quand la télé annonce que Bowie est mort («Bien fait, qu'il crève!») ; c'est dans une classe où il intervient, l'élève qui le traite de« pédé » et renverse son bureau
avant de sortir pour ne pas rester dans la même salle qu'un « pédé » et que les « pédés, il faut les égorger ». C'est, ailleurs, cette jeune fille qui affirme qu'elle épousera l'homme que ses parents lui choisiront et qu'elle en sera heureuse. C'est lors d'une barbecue party, cet autre qui avec des arguments économiques que ne renierait pas Macron, explique que la littérature est une activité inutile, autant dire nuisible. Comment réagir face à ça ?
Éric Pessan, dans ce recueil de textes qui font une unité, n'apporte aucune réponse théorique. Il témoigne simplement. Il met à plat son impuissance à agir, sa colère, ses doutes. Il va chercher Montaigne ou Michaux pour tenter de mieux cerner ce qui se joue dans ces confrontations violentes, négatrices des valeurs qui l'animent.
« C'est aux chrétiens une occasion de croire que de rencontrer une chose incroyable. » Cette phrase tirée des Essais, il se la met en bouche, il l'a fait rouler sous la langue, la laisse pénétrer en lui pour lui trouver la capacité de répondre à ce qui, quatre siècles et demi plus tard, fait question. « Cette phrase, écrit Pessan, dit avec précision ce qu'est une croyance : quelque chose qui se nourrit de chaque réfutation. »
Et d'ajouter : « Tout ce que je pourrais dire et écrire sur l'égalité et la tolérance pourrira dans l'esprit d'une personne intolérante et se transformera en compost. » Ne rien dire donc, ne rien écrire ? On sait d'avance quelle réponse l'écrivain apporte à cette conclusion. Il écrit Pessan et il n'est pas près de s'arrêter. C'est parfois ici une écriture-cri : « Silence ! Par pitié. Taisez-vous donc !» lance-t-il aux voix racistes et antisémites qui l’acculent, avant de choisir de parler de lui, de faire de lui un exemple : «je n'ai rien trouvé de mieux que la littérature. Sérieux, j'explique que je lis pour la connaissance et l'extase. Les livres m'ouvrent au monde. ( ... )Si seulement je savais comment j'ai cheminé vers la littérature, je pourrais partager la formule secrète. » Ce faisant, n'est-il pas comme ceux qu'il combat : sûr de ses valeurs, prêtre de sa foi ? Lucide, l'écrivain porte un regard acéré sur le « gauchiste » qu'il est, sur ces gens qui aiment la culture et s'indignent d'une baisse de budget pour un théâtre, sauf si c'est un théâtre dont ils n'aiment pas la programmation ...
Sur cette absence de réponse, le livre se bâtit dans une forme poreuse, allant tantôt du côté du témoignage, du récit autobiographique, bifurquant là vers
l'invective, saisissant des images restées en mémoire. Une forme ouverte pour dire l'espace à habiter entre l'enfer des autres et le paradis auquel on rêverait, pourtant, de les conduire"


À propos de l’auteur

Photo © Mélio Pessan

Né en 1970, Éric Pessan est écrivain et dramaturge, il écrit des romans, de la poésie, des récits, des textes pour la jeunesse, du théâtre, des fictions radiophoniques. Passionné d’espace, il collabore depuis 15 ans avec l’Observatoire de l’Espace, le laboratoire culturel du Centre National d’Etudes Spatiales. Il est l’auteur d’une cinquantaine d’ouvrages où il explore ce qui le questionne, l’effraie, le scandalise ou – au contraire – lui donne la force d’avancer.
Il est membre du comité de rédaction de la web revue remue.net et de la revue Espace(s) éditée par l'observatoire de l'Espace (centre national d'Études Spatiales).
Prix NRP (Nouvelle Revue Pédagogique) de littérature jeunesse pour son roman Aussi loin que possible en 2015.
Grand Prix SGDL (Société des gens de lettres) du roman Jeunesse pour Dans la forêt de Hokkaido en 2018.

Bibliographie

Untoten, L'Attente, 2023 • Le long des fissures (avec Patricia Cartereau), l’Atelier contemporain, 2023 • Samedi (avec Christian de Massy), Patayo, 2022 • Qui verrait la Terre de loin, Fayard, 2022 • Rien dans mon enfance, L’Œil ébloui, 2022 • Le Poème de Fernando, Thierry Magnier, 2022 • Dino et la fin d'un monde, L’École des loisirs, 2021 • Teenage Riot (avec Olivier de Solminihac), L'École des loisirs, 2021 • La Gueule-du-Loup, L'École des loisirs, 2021 • Tenir debout dans la nuit, L’École des loisirs, 2020 • … ou bien, je me trompe ?, N'a qu'1 Œil, 2020 • Biji (livre aléatoire numérique), La Marelle, 2020 • Photos de famille, L’Œil ébloui, 2020 • L’homme qui voulait rentrer chez lui, L’École des loisirs, 2019 • La connaissance et l'extase, L'Attente 2018 • Quichotte, autoportrait chevaleresque, Fayard, 2018 • De si beaux uniformes, Espaces 34, 2018 • Un chagrin d’amour avec le monde entier (avec Virginie Sauvageon), Le Chemin de fer, 2017 • Dans la forêt de Hokkaido, l’École des loisirs, 2017 (Grand Prix SGDL Jeunesse) • Pebbleboy, l’École des loisirs, 2017 • La plus grande peur de ma vie, l’École des loisirs, 2017 • La Nuit du second tour, Albin Michel, 2017 • Lettre ouverte au banquier séquestré dans ma cave depuis plusieurs semaines, Éditions Le Réalgar, 2016 • Sang des glaciers, La Passe du vent, 2016 • Parfois, je dessine dans mon carnet, L'Attente, 2015 • En voie de disparition (essai), Al Dante, 2015 • La hante (avec Patricia Cartereau), L’atelier contemporain, 2015 • Aussi loin que possible (roman jeunesse), l’École des loisirs, 2015 • Cache-cache (théâtre), l’Ecole des loisirs, 2015 • Le démon avance toujours en ligne droite, Albin Michel, 2015 • Demande de remboursement des livres pour cause de non-conformité avec ce que l'on peut attendre de la littérature (hors commerce), L'Attente, 2014 • La fille aux loups (avec Frédéric Khodja), Le Chemin de fer, 2014 • Le syndrome Shéhérazade, L'Attente, 2014 • Et les lumières dansaient dans le ciel (roman jeunesse), L’École des Loisirs, 2014 • Muette, Albin Michel, 2013 • Ôter les masques, essai sur Shining de Stephen King, Cécile Defaut, 2012 • N (avec Mikaël Lafontan), Les Inaperçus, 2012 • Plus haut que les oiseaux (roman jeunesse), L’École des Loisirs, 2012 • Quelque chose de merveilleux et d'effrayant, roman jeunesse, avec Quentin Bertoux, Thierry Magnier, 2012 • Monde profond, L'atelier In-8, 2012 • Dépouilles, roman-théâtre, L'Attente, 2011 • La grande décharge, théâtre, L’Amandier, 2011 • Sexie conférencière, Derrière la salle de bains, 2011 • Croiser les méduses, L'atelier In-8, 2011 • Incident de personne, roman, Albin Michel, 2010 • Moi, je suis quand même passé, poésie, Cousu Main, 2010 • Tout doit disparaître, théâtre, Théâtre Ouvert, 2010 • La nuit de la comète, nouvelles, Cénomane, 2009 • Cela n’arrivera jamais, roman, coll. "Fiction & Cie",Seuil,  2007 • Une très très vilaine chose, roman, Robert Laffont, 2006 • Les géocroiseurs, roman, La Différence, 2004 • Chambre avec Gisant, roman, La Différence, 2002 • L’effacement du monde, roman, La Différence, 2001 réédition en poche (collection Minos-2004) /// Fictions radiophoniques La grande décharge (2011, France Culture) • La plus heureuse entre toutes les mères (2009, France Culture) - La grande enseigne (2008, France Culture) • Dépouilles (extraits) (2006, France Culture) • Demain matin, la lune (2005, France Culture) • Seuls mes yeux (2005, France Culture) • Le syndrome de Münchhausen (2004, France Culture) • La Signature (2003, France Culture)


Le pas-comme-si des choses

par Virginie Poitrasson

Ambiguïtés de la perception
Avec le soutien du Centre National du Livre

Ce récit en fragments intériorisés explore la façon dont le corps se déploie dans l’espace, s’absente, se dissout ou se disperse dans les éléments qui l’entourent, et fait l’expérience de lui-même à travers la langue. Une aventure intime conduisant à la rencontre troublante de «l’autre de soi». Le pas-comme-si des choses aborde ces territoires où les ambiguïtés de la perception touchent à l’indicible, voire au fantastique.

 

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Lecture d'un extrait par l'autrice

Un extrait lu par Pierre Mainard pour L'Air Nu

Parution :
Artistes de couverture :
Thématiques :
Extrait :

C’est un petit drame après l’autre. Petit drame après petit drame. Les uns après les autres, des petits drames qui dansent, se donnent, se quittent, se retrouvent, s’élargissent, s’abandonnent, se rétractent, s’étalent à nouveau, ne disparaissent jamais totalement.
Pourtant au départ rien de tout cela ne transparaît à la surface. Au commencement, il y a juste un bruit de fond, constant, inintelligible mais comme annonciateur d’évènements. Et peu à peu des oscillations de présence apparaissent, des gestes inédits s’initient, des pensées circulent, comme si une main passait le long de ma colonne vertébrale et frôlait une à une mes vertèbres. Serait-ce le point de bascule ?
(Je crains, bientôt, de me situer hors-champ.)

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Critiques :Alain Nicolas dans L'Humanité (07/09/18) a écrit:

« Combien de corps faut-il que je trimbale ? » demande Virginie Poitrasson à l’entame de ce récit. Avoir le sentiment de se trouver sans corps, ou dotée d’une multiplicité de corps, et comment le dire ? C’est ce dont Le pas-comme-si des choses se propose de rendre compte. Cela n’est pas un épisode dans une vie, pas un événement, cela ne commence pas vraiment. Il y a « juste un bruit de fond » et « de petits drames » l’un après l’autre, des « oscillations de présence », qui apparaissent. On pourrait décrire de la sorte le commencement du monde, qu’on soit théologien ou physicien.

Florence Trocmé dans POEZIBAO a écrit:

"On se trouve en effet devant un livre très intéressant, original, du rarement lu, écrit dans une langue simple, précise et douée d’une puissante capacité d’évocation."

CLARO dans Le Monde des Livres du 25/10/18 a écrit:

Virginie Poitrasson parle à un moment de faire de la langue
« une langue revenante ». Une démarche orphique, donc, à la fois humble et têtue, qui éblouit par sa subtilité et sa générosité.

Jean-Philippe Cazier dans DIACRITIK a écrit:

Le pas-comme-si des choses est en lui-même un livre multiple, incluant des échos, se prolongeant de manière virtuelle en d’autres œuvres, d’autres livres qu’il appelle, qu’il implique et auxquels il s’ouvre, tissant avec eux des liens fantomatiques porteurs de devenirs, suggérant un bloc ou une machine littéraires explorateurs d’une « anormalité » que nous ne pouvons que désirer.

Lecture de Virginie Poitrasson dans YOUTUBE a écrit:

Extrait 'Le pas-comme-si des choses'


À propos de l’auteur

Virginie Poitrasson est née en 1975. Originaire de Lyon, elle a vécu à la Nouvelle-Orléans, à New York et vit aujourd’hui à Paris. Écrivain, plasticienne, performeuse et traductrice, elle explore les frontières entre les genres et les modes d’expression langagiers et plastiques (sons, vidéos, sérigraphie).
Elle traduit de nombreux poètes américains : Michaël Palmer, Lyn Hejinian, Cole Swensen, Marylin Hacker, Charles Bernstein, Jennifer K.Dick, Michelle Noteboom, Shanxing Wang, Rodrigo Toscano, Laura Elrick, et collabore régulièrement à des séminaires de traduction.

Bibliographie

Entretien avec François Bon

. Tantôt, tantôt, tantôt, éditions du Seuil, 2023

. Une position qui est une position qui en est une autre, LansKine, 2019

Le pas-comme-si des choses, L'Attente, 2018 • Il faut toujours garder en tête une formule magique, L'Attente, 2012 • Vraisemblance du perméable, avec l’artiste Gabriele Chiari, Méridianes, 2011 • « Autour de Pierrette Bloch », dans Le Geste à l’œuvre, collection Beautés, Lienart, 2011 • Journal d’une disparition, Ink #1, 2010 • Écrivains en séries, collectif 133 séries vues par 99 écrivains, saison 2, Léo Scheer, 2010 • Nous sommes des dispositifs, bilingue français-italien, La Camera verde, 2009 • Demi-valeurs, L'Attente, 2007 • Série ombragée, Propos 2 éditions, 2006 • Épisodes de la lueur, L’Atelier du Hanneton, 2004 Traductions Lentement (Slowly), de Lyn Hejinian, collection dirigée par Juliette Valéry, Format Américain, 2006 • Première figure (First figure) de Michael Palmer, co-traduit avec Éric Suchère, José Corti, 2011


Œuvres presque accomplies

par Guy Bennett

Couverture d’ouvrage : Œuvres presque accomplies
Fiche technique :Prix : 11,00 € EUR
ISBN : 978-2-36242-077-1
Taille : 12,00 x 16,50 cm
Pages : 118

La forme littéraire du projet en question

"À quoi bon exécuter des projets, demande Baudelaire dans les Petits poëmes en prose, puisque le projet est en lui-même une jouissance suffisante ?"
Passant en revue une série de projets qu’il a conçus mais jamais menés à bien, Guy Bennett démontre la justesse de cette question. Œuvres presque accomplies interroge la notion d’œuvre littéraire de l’intérieur, dans la lignée des Poèmes évidents et de Ce livre, qui l’ont précédé dans la même collection.

Parution :
Traducteurs :
Thématiques :
Extrait :

(p. 30-32)

10.XI 14

Et si, au lieu d’une série ininterrompue de descriptions de projets inaccomplis, cet ouvrage était ponctué d’extraits de certains des manuscrits en question ? On pourrait les faire apparaître selon un algorithme quelconque ou en fonction des besoins du texte, et ils se présenteraient différemment, en plus gros caractères et / ou en noir au blanc, par exemple, ou composés de façon à remplir la page, ou peut-être même sous forme manuscrite, comme s’ils étaient – et ceci pourrait très bien être le cas pour certains – des reproductions de pages de mes carnets de travail. Ce qui pourrait aussi servir à rompre l’uniformité du livre et éventuellement créer un rythme.

 

Poèmes basse rés.

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Une image numérique en basse résolution (ou « basse rés. ») possède moins de pixels et donc moins de détail qu’une image « haute rés. ». Elle peut apparaître pixélisée ou « dentelée » à l’écran, avec des contours rugueux, des régions marbrées en ton continu et un manque global de netteté. Ce recueil voudrait établir un équivalent littéraire à de telles images en explorant les possibilités de l’écriture en basse résolution, dont il pourrait s’approcher de différentes manières :

• De brefs poèmes écrits dans un style ébauché, notationnel. Poèmes de peu de mots qui auraient des contours rugueux et une « barbe de trois jours » (phrases incomplètes, irrégularités grammaticales, une pincée de lolspeak, etc.) On pense au premier Kroutchenykh.
• Les poèmes devraient refléter et célébrer une pensée « d’en bas » dans le choix des thèmes abordés : une fascination pour le vulgaire, pour les personnalités et artéfacts culturels de série B, une fixation sur le « famesque (6) », la peopolisation, le trivial, l’éphémère, etc.
• Le langage devrait se dégrader au cours du recueil, à la manière de ces images dont la qualité se dégrade lorsqu’on les sauvegarde dans des formats de compression avec perte, comme le .jpg. On pourrait parvenir à ce résultat en ouvrant les fichiers des poèmes dans un éditeur de texte et en bricolant le code, altérant ou supprimant certaines chaînes, etc., mais on pourrait aussi bidouiller directement le contenu des poèmes eux-mêmes, enlevant certaines lettres / séquences de lettres et les remplaçant par des espaces afin de concrétiser leur absence, etc., à la manière d’« After Images » de Joan Retallack.

2012

(6). Mot anglais récent (2009) : le fait d’être « célèbre pour sa célébrité ».

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Critiques :Jean-Pascal Dubost dans POEZIBAO a écrit:

Ce livre est une mise en garde contre le sérieux de la littérature ; et un éloge de la velléité ; c’est un livre ouvert à un nombre infini d’interprétations. Doté d’un immense fonds, ce livre est un puits sans fond.

Christian Rosset dans DIACRITIK a écrit:

Œuvres presque accomplies “passe en revue une série de projets que Guy Bennett a conçus mais jamais menés à bien”, de manière différente, mais cependant compatible avec ce qu’Édouard Levé avait tenté quelques années plus tôt avec Œuvres (mais Bénabou, Borges ou Pessoa sont aussi, à leur manière propre, passés par là).


À propos de l’auteur

Guy Bennett est écrivain et traducteur. Il vit à Los Angeles, où il enseigne à Otis College of Art and Design. Remerciements est son quatrième livre traduit et publié en France.
Bibliographie (en français)
Remerciements, traduit de l'américain par Frank Smith et l'auteur, l'Attente, 2021
Œuvres presque accomplies
, traduit de l'américain par Frédéric Forte & l'auteur, l'Attente, 2018
Ce livre, traduit de l'américain par Frédéric Forte & l'auteur, l'Attente, 2017
Poèmes évidents
, traduit de l'américain par Frédéric Forte & l'auteur, l'Attente, 2015


Va te faire foutre – aloha – je t’aime

par Juliana Spahr

Poétique documentaire

Ces poèmes interconnectés explorent la politique identitaire d’Hawaï et la place de l’auteur en tant qu’étrangère ; le “va te faire foutre – aloha – je t’aime” hurlé par le chanteur d’un concert de hardcore ; le mot pidgin “da kine” ; les droits coutumiers à la cueillette ; la rivière Palolo ; les similitudes et différences entre chambres d’hôtel et salles de réunion ; les acrobates d’un spectacle de style Las Vegas à Waikiki ; et le pronom “nous” qui traverse tout le livre, tantôt inclusif, tantôt exclusif, à la fois pluriel, fraternel, amoureux et éminemment singulier. Provocatrice et émouvante, finement rendue dans la traduction de Pascal Poyet, la poésie de Juliana Spahr exige lecture et relecture.

Extrait :

C’est ainsi que nous obtenons et
revendiquons.

Ainsi que nous apprenons et que
nous sommes.

J’ai cette pensée.

La pensée de la table publique.

La pensée du lit privé.

Toute cette histoire de jambe posée
sur une épaule et de l’autre jambe
écartée ou enroulée autour de l’autre
personne, c’est l’amour d’essayer qu’il
n’y en ait pas un meilleur que l’autre.

Les deux ont besoin des rigueurs de
l’autre, des pratiques de l’autre.

Mais je suis désorientée.

 

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Comment faire réunion dans le discours
investi. Faire éloquence. Faire fleuri
dans les deux. Une treille en fer forgé
dans les deux. Un lieu pour accroché
et suspendu par les cheveux dans les
deux. Un lieu pour clignotant rouge
plastique en guise de cœur dans les deux.
Un lieu pour l’amour de la nature dans
les deux. Un lieu pour un jour gris et
humide dans les deux. Un lieu pour
les graffitis intimes tracés dans la buée
sur le miroir de la salle de bain dans les
deux. La façon dans les deux. Le durable
dans les deux. Ensemble. À la fois
gonflement et contact. À la fois écoute
et transformation. À la fois séparation
et union sur toutes les surfaces planes,
dans notre monde du fait quotidien.

/// (pp. 62-63)

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Critiques :Guillaume Contré dans Le matricule des anges (juin 2018) a écrit:

La poésie de l'Américaine Juliana Spahr, telle qu'on peut la lire dans ce volume qui, pour être bref, n'en fait pas moins preuve d'une belle densité, se construit dans un entre-deux qui se joue des définitions. À mi-chemin d'une subjectivité insinuée plutôt qu'affirmée (et pourtant centrale) et d'un ton apparemment docu­mentaire, elle construit d'ambitieuses séries de poèmes aux vers courts. Comme dans toute poésie lorgnant vers un idéal minimaliste (en dire le plus possible avec des matériaux très resserrés pour atteindre un état de suggestion maximale), Juliana Spahr se méfie des effets de manche et reste au plus près d'un vocabulaire simple, quotidien ou technique, des mots dépourvus de toute possibilité métaphorique et qui pourtant la font renaitre en creux (et non parfois sans un certain humour mélancolique). " Nous rêvons d'éloquence " , lit-on, et, dans le même poème, " Nous nous réunissons pour employer des mots comme responsabilité éthique ", mais "Nous limitons la possibilité de l'amour de la parole ". Le livre est parcouru par une oscillation entre le "je" et le "nous", et les deux sont aussi inclusifs (en incluant, par exemple, la subjectivité) qu 'exclusifs : "Je fais partie d'un nous et puis ne fais pas partie d'un nous". Car "Le problème est comment faire nous maintenant tous ensemble". Le long poème "Permutation" met ainsi en parallèle la difficulté de la création d'un discours commun et celle de l'amour et de la sexualité; des gens réunis autour d'une table pour parler, ou dans un lit pour s'accoupler. Ailleurs, elle introduit le mot pidgin "da kine" pour évoquer la question de l'identité à Hawaï. "Dans ce qu'on appelle culture/nous sommes tous doigts et/orteils. Tous jambes et bras". Spahr imagine la construction culturelle sous la forme d'une pyramide humaine élaborée par trois personnages: "Dans ce maintient, nous essayons la/ culture pour voir si elle est utile", car "C'est l 'équilibre qui construit/les pyramides". Une pyramide souvent émouvante, pleine de " Cette folie de l'amour et folie de la pensée ".


À propos de l’auteur

Juliana Spahr, née en 1966 dans l’Ohio, obtient son doctorat en anglais de l’Université d’État de New York à Buffalo. Elle enseigne à l’université publique d’Honolulu, à Hawaï, de 1997 à 2003, et publie la revue indépendante CHAIN avec Jena Osman de 1993 à 2005. Depuis 2003, elle enseigne la poésie au Mills College d’Oakland, en Californie. Elle cultive des fruits, des légumes et des plantes indigènes chez elle à Berkeley, élève son fils né en 2007, écrit des critiques et donne des conférences. Activiste féministe et anticapitaliste, elle participe en 2011 au mouvement Occupy Oakland.

Bibliographie

En français : • Va te faire foutre – aloha – je t'aime, traduit par Pascal Poyet, l'Attente, 2018 • Une armée d'amants, (co-auteur David Buuck) traduit par Philippe Aigrain, publie.net, 2016 • En réponse, traduit par Juliette Valéry, Format Américain, 2000 • L’Incinérateur, traduit collectivement par Vincent Broqua, Emmanuel Hocquard, Abigail Lang, Claude Moureau-Bondy et Juliette Valéry, cipM, coll. « Un bureau sur l’Atlantique », 2010 /// En anglais (USA) : • That Winter the Wolf Came, Commune Editions, 2015 • An Army of Lovers, (coécrit avec David Buuck), City Lights Publishers, 2013 • Well Then There Now, Black Sparrow Press, 2011 • The Transformation, Atelos, 2007 • Things of Each Possible Relation Hashing Against One Another, Palm Press, 2006 • This Connection of Everyone With Lungs, University of California Press, 2005 • Everybody's Autonomy : Connective Reading and Collective Identity, University Alabama Press, 2001 • Fuck You - Aloha - I Love You, Wesleyan, 2001 • Response, Sun and Moon, 1996 /// Éditions • American Women Poets in the 21st Century : Where Lyric Meets Language, (coédité avec Claudia Rankine), Wesleyan, 2002 • Poetry and Pedagogy : The Challenge of the Contemporary, (coédité avec Joan Retallack5), Palgrave Macmillan, 2006 • A Megaphone : Some Enactments, Some Numbers, and Some Essays about the Continued Usefulness of Crotchless-Pants-And-A-Machine-Gun Feminism, Chainlinks, 2011 /// Numéros de la revue Chain co-édités avec Jena Osman • Chain n°12 : Summer 2005, éd. Small Press, 2005 (dernière parution) • Chain n°11: Public Forms, éd. 'A`'A Arts, 2004. • Chain n°10 : translucinacion, éd. 'A`'A Arts, 2003. • Chain n°9 : Dialogue, éd. 'A`'A Arts, 2002. • Chain n°8 : Comics, éd. 'A`'A Arts, 2001. • Chain n°7 : Memoir / Anti-Memoir, éd. 'A`'A Arts, 2000. • Chain n°6 : Letters, éd. 'A`'A Arts, 1999. • Chain n°5 : Different Languages, éd. 'A`'A Arts, 1998. • Chain n°4 : Procedures, éd. 'A`'A Arts, 1997. • Chain n°3 : Part 2. Special Topic: Hybrid Genres / Mixed Media, éd. Chain, 1996. • Chain n°3 : Volume 1 Hybrid Genres Mixed Media Jena Osman Juliana Spahr, éd. Chain, 1996. • Chain n°2 : Documentary, éd Chain, 1995. • Chain n°1 : Special Topic - Gender and Editing, éd. Chain, 1994. /// Prix et distinctions • 2009 : Lauréate du O. B. Hardison Jr. Poetry Prize • 1995 : National Poetry Series, Response


Les enveloppes transparentes

par Dominique Fabre

Couverture d’ouvrage : Les enveloppes transparentes
Fiche technique :Prix : 12,00 € EUR
ISBN : 978-2-36242-072-6
Taille : 13,00 x 19,00 cm
Pages : 88

Rêve à l'encre violette

Dans tous ses livres, pour la plupart des romans, Dominique Fabre a l’art de donner chair à des héros anonymes, les petites gens du quotidien et autres êtres ordinaires. Il déclare : «Ce sont des histoires de gens venus d’ailleurs, des histoires de gens que l’on croise sans se retourner, d’amitiés ébauchées, de voisinage, des histoires d’amour instantané avec les passagères du bus et du tramway, des histoires d’enfants qui grandissent et de vieilles personnes qui meurent...»
En une sorte de rêve éveillé en forme de récit poétique, se dessine une réalité sociale et affective à travers le personnage d’un postier Antillais, dans un monde du travail qui s’embrume et se délite et où certaines enveloppes brillent plus que d’autres…

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Extrait :

Je t’ai écrit une lettre à enveloppe
transparente
le postier qui l’a sortie
de la boîte jaune fluo souriait
encore une aujourd’hui
il ne l’a pas rangée avec les autres
il l’a mise là devant
par-dessus la boîte à gants de l’auto de la poste
où sont rangées les choses ampoules feux stop
paquets de chewing-gum entamés vieux
tickets de caisse il a continué sa tournée
le postier Antillais
parfois des poèmes lui retournent de l

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enfance
mais comme tout un chacun se hâte
de les oublier pour conduire son auto
ramasser son courrier cocher les cases
partout où on veut vous en faire cocher
les lettres à enveloppes transparentes
j'en envoyais beaucoup adolescent
puis, j'ai perdu mes pouvoirs magiques
et ils sont revenus là
quelques années avant, quelques années après
va savoir en tout cas l'Antillais
a gardé le sourire
n’a pas commenté sur ces types qui le
klaxonnaient à l’arrêt
parce que son auto jaune fluo leur faisait perdre
5 secondes
de travail salarié et sans doute pour certains
parce qu’il avait la peau noire
il lui restait quelques kilos supplémentaires
de courrier
à ramasser dans les boîtes
mais j’étais la seule lettre à enveloppe transparente
ce jour-là.

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Critiques :Guillaume Lecaplain dans Libération du 06 juillet 2018 a écrit:

«Pour ce qui est de l’écriture je veux de plus en plus m’orienter vers une sorte de pauvreté et de dénuement», écrivait Dominique Fabre à son éditeur à propos de ce nouveau recueil de poèmes. On y retrouve les thèmes de l’auteur de Photos volées (L’Olivier, 2014) : la banlieue, la mélancolie sympa de la routine, les métiers précaires. Les courts textes, sans ponctuation - en effet tout de dénuement - commencent par «Dans le train du soir», «Quelque part», «Parfois», «Un jour». Fabre y décrit la tournée d’un facteur antillais, l’irruption onirique d’enveloppes au papier transparent, et se souvient de lettres reçues, «de ma mère», «d’une fille nommée Angela», «de mon copain Etienne». Le tout est à inscrire dans la lignée des promenades poétiques dans Paris à la suite de Queneau, Roubaud, Jouet ou Réda : «Est arpentée la ville entière / sur le marchepied d’un vieux train / il y a tellement de lumière».


À propos de l’auteur

Dominique Fabre enseigne l’anglais dans un collège parisien. Il est l’auteur de quinze romans et recueils de nouvelles. Son roman «Fantômes» a été distingué par le Prix Marcel Pagnol (Le Serpent à plumes, 2001), et son recueil de nouvelles «Pour une femme de son âge» (Fayard, 2004) par la Bourse Thyde Monnier de la Société des Gens De Lettres. La critique a unanimement salué «J’aimerais revoir Callaghan» (Fayard, 2010) et «Il faudrait s’arracher le cœur» (L’Olivier, 2012).

Bibliographie

Une enfance, L'Attente, 2021 • Aujourd'hui, Fayard, 2021 • Les enveloppes transparentes, L'Attente, 2018 • Le grand détour, avec des photos de Charles Delcourt, Light Motiv, 2017 • Les soirées chez Mathilde, L’Olivier, 2017 • En passant (vite fait) par la montagne, Guérin, 2015 • La mallette, Cénomane, coll. « Mots-manbules », 2014 • Je t’emmènerai danser chez Lavorel, Fayard, 2014 • Photos volées, L’Olivier, 2014 • Des nuages et des tours, L’Olivier, 2013 • Il faudrait s’arracher le cœur, L’Olivier, 2012 • J’aimerais revoir Callaghan, Fayard, 2010 • Avant les monstres, Cadex, 2009 • Les prochaines vacances, Le Chemin de fer, 2008 • J’attends l’extinction des feux, Fayard, 2008 • Les types comme moi, Fayard, 2007 • Le perron, Cadex, 2006 • La serveuse était nouvelle, Fayard, 2005 • Pour une femme de son âge, Fayard, 2003 • Mon quartier, Fayard, 2002 • Fantômes, Le Serpent à plumes, 2001 • Celui qui n’est pas là, Le Serpent à plumes, 1999 • Ma vie d’Edgar, Le Serpent à plumes, 1998 • Moi aussi un jour j’irai loin, Maurice Nadeau 1995, Points 2012