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Payvagues

par Florence Jou

Dystopie écologique

Voyage en quatre fictions avec pour guides les voix de femmes, sorcières ou chamanes aux pouvoirs cosmo-telluriques. Entre désolation et merveilleux, des individus traversent des expériences inédites sous l’influence de ces voix, dans des zones au climat bouleversé. Iels explorent des relations inédites avec la faune et la flore, les phénomènes géologiques et climatiques, découvrent de nouveaux états organiques et symbiotiques. Ces récits sont portés par une langue minéralisée, soutenue par un corpus de références écologiques, anthropologiques et poétiques.

Voir l'image de couverture

Lecture d'un extrait de l'adaptation scénique par l'autrice

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Extrait :

p.21
(…) le hop bang est accélération des eaux vives pour propulsion vers terres rares, pas de pause, très peu, la chute ne peut, pas facile, vous crèverez bulles, une, puis une autre, puis vous crèverez encore une bulle, hop bang, quelque fêlures, il vous faudra jouer concentriques, centres et parties déplacés, hop bang, vos bouches en haut, vos bouches en bas, vous creuserez écarts, un puis un autre, hop bang, vous sauterez les ponts qui vous relient, vous êtes bang, puis hop, hop puis bang puis hop bang.

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p.96
On descend sous la surface. Les strates s’empilent les unes sur les autres. On s’enfonce dans l’épaisseur des Payvagues, de ces zones ruinées, perturbées, espaces soi-disant fantômes qu’aucun Lidar CE370, radar HF surfaces-océans, scanner de tomodensitométrie, hydrophone ne peut repérer. Leurs situations échappent à tout instrument scientifique même les plus performants.

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Critiques :Emmauelle Jawad dans DIACRITIK a écrit:

Entretien autour du livre et du concert-performance

Eric Pessan dans Note de lecture a écrit:

Au risque de ne rien comprendre, il faut accepter de lâcher prise lorsque l’on lit l’impressionnant « Payvagues » de Florence Jou qui vient de paraître aux éditions de l'Attente. La langue, sensitive et musicale, charrie en permanence de mots issus de la botanique, de la géologie, de l’anthropologie, des mots forgés parfois de toutes pièces ou adoptés d’autres langues lorsqu’un terme manque. Il s’agit ici d’évoquer les luttes entreprises pour contrecarrer la catastrophe annoncée. Des individus entrainés se lancent dans des opérations complexes, la narration alterne les points de vue, la lutte passe par la langue, mais aussi par l’invention de nouvelles relations avec la nature (la faune, la flore, les paysages), des relations mimétiques, symbiotiques : l’humain se décentre pour s’approcher au mieux du non-humain, chacun cherche le minéral, le végétal, l’animal, le liquide, le vent, etc…, en lui, chacun éprouve le paysage dans et par son corps, sa gestuelle, sa pensée. « Payvagues » pourrait se lire comme un roman de science-fiction ou l’invention d’une nouvelle façon d’être permettrait de sauver ce qui peut l’être d’un monde en déliquescence. « Payvagues » est surtout un livre hors-genre, un de ces ouvrages qui prennent le risque de dérouter par une écriture radicale, sauvage, polyphonique, libre et terriblement mélodique.

Alain Nicolas dans L'Humanité 9 mars 2023 a écrit:

Quatre femmes pour régénérer le vivant
RÉCITS : Quatre espaces désolés ou menacés, quatre détentrices de pouvoirs étranges qui se lèvent pour combattre et habiter le monde autrement, c'est le Payvagues poétique où voyage Florence Jou.
Hommes, femmes et enfants, ils marchent dans une zone indéfinissable où s'accumulent impuretés, « éjecta visqueux, matières fines consistance molle, sableuse et vitreuse qui s'é1èvent sous l'effet de la pression jusqu'à se coller au ciel ». Du noir se relâche, gaz qui se condense, s'agglomère. La lumière s'affaiblit. Toute leur énergie est absorbée par la marche « monocorde » et l'effort de répéter en chœur une « litanie à peine audible » : « Et la chose traverse, arrache, détache et met en déroute. » Nous sommes dans l'un des quatre récits qui composent le Payvagues que décrit Florence Jou.
Le deuxième récit, Odor under control, se déroule sur une dalle qui devait être une protection et qui se fissure sous la menace d'une catastrophe, « les pulsations souterraines d'une altérité qui ne veut plus être contenue, une marée, une crue, un déferlement ». Et aussi un cordon littoral et une lagune où naviguent deux « agriculteurs littoralistes », cueilleurs conservant « ce qui existe de marges », loin des villes. Et encore une plage où l'on peut lire sur un écriteau « via the moon to the beach ». Quatre espaces où la menace, la désolation qui semble au début accablante, est combattue. Par des femmes habitées, exécutant des rituels ou jouant du couteau, inventant des danses et des conjurations, détentrices de pouvoirs qui vont rendre habitable le fascinant Payvagues que nous ouvre l'écriture de Florence Jou.

Hugues Robert dans Librairie Charybde a écrit:

Si je n'avais pas une trentaine de notes de lecture en retard, je vous dirais aussi tout le bien que je pense de ce bel ouvrage, poétique et incisif.

Hugues Robert dans Librairie Charybde 27 a écrit:

Le chant envoûtant d’une éco-poésie du vivant, alternative, exploratoire, futuriste et radicale.

Aliénor Bautru-Valois dans Libération du 11/05/24 a écrit:

Payvagues m’évoque le lointain. Pourtant, sur la quatrième de couverture, l’immobilité ne peut trouver de meilleure représentation que ce van, toutes portes closes, arrêté sur un terrain vague. Un peu rouillé, un peu bancal, ce véhicule ne semble plus d’aucune utilité pour voyager. Cette zone en friche pourrait être le point de départ des pérégrinations de Florence Jou, poétesse et performeuse. Elle élabore des fictions climatiques où se cristallisent, «entre désolation et merveilleux», les enjeux poétiques, politiques et environnementaux de notre époque.

Guidée par des présences chamaniques, une communauté nomade traverse des territoires au climat bouleversé, post-apocalyptique. De cette masse errante, s’extraient un «je» flottant, non attribué, et des prénoms, Valéria, Dom, Ludo et Luz. Par des états de transe ou des actes de résistance, les personnages luttent pour établir de nouvelles relations avec la faune et la flore. Et il y a dès l’ouverture du recueil, la décharge d’une matière presque palpable : «Du noir se libère». L’ensemble annonce les mutations des personnages et des phénomènes, car «le stable n’est pas le commencement» – comme le rappelle le titre du troisième récit. Les quatre récits, introduits par la description fragmentaire d’un paysage, peuvent être lus indépendamment, chacun contenant une expérience de transformation ou de symbiose des corps avec d’autres matérialités – qu’elles soient minérales, végétales ou artificielles. Tout est métamorphose et régénération.
Le rythme des incantations des chamanes

Créative et savante, la langue de Payvagues est une sorte d’anti-taxinomie. Pour qualifier les choses et les états, Florence Jou fabrique des mots composites qu’elle ne classe pas. Elle les accumule. Ses curiosités excèdent alors les cloisons linguistiques et grammaticales, pour souligner le rythme des incantations des chamanes. En refermant le livre, me restent en tête la densité exigeante de sa prose et la particularité de son écriture par sédimentation, déposant là des références visuelles, écologiques et anthropologiques. Si Florence Jou donne à son livre une épaisseur géologique, les récits proposés en filigrane ramènent aux réalités climatiques actuelles. Au-delà de l’imaginaire, Payvagues porte une dimension critique qui dit l’urgence de restaurer des rapports sensibles au vivant.

Après Explorizons (Lanskine, 2021), Florence Jou poursuit ses recherches sur les formes hybrides, empruntant à l’écoféminisme et à la science-fiction. Payvagues est de ces traversées qui interrogent les pratiques du paysage et les sonorités. Plus qu’il ne se lit, ce texte s’énonce et s’écoute, comme dans son adaptation scénique partagée par Florence Jou et Valérie Vivancos. C’est un objet protéiforme qui se transmet et encourage le lecteur ou la lectrice à prendre l’espace pour le dire. Il me semble que ce recueil s’éprouve, au sens fort du terme. De ma rencontre avec Florence Jou, lors du festival Atlantide à Nantes – là où la poésie prend d’ordinaire peu de place par rapport aux autres genres littéraires –, je retiens cette phrase comme une (re) quête : «On s’ouvre les corps comme des réservoirs de manifestations et de transformations.»

Johan Faeber dans COLLATERAL a écrit:

Aujourd'hui dans Collateral, la revue, suite de la quinzaine poétique autour des états généraux du poème avec Florence Jou qui offre un extrait de ses très beau "Payvagues" : à découvrir si vous ne connaissez pas encore.

Christophe Bouvier dans Instagram a écrit:

Dans une langue profuse et nominative, usant parfois d'effets de listes, Florence Jou décrit des paysages par des strates de mots dont la plus part échappent à former des images, dans la mesure où le nom d'un oiseau, d'une plante, d'une pierre ne permettent de les saisir que si une recherche est faite pour voir, réaliser ce dont il est question.
De cette manière, cette profusion souvent inaccessible traduit précisément ce qui compose le vivant qui nous entoure : de l'inconnu. Émergent de cette langue dense, comme un rocher entre mille grains de sable, des paysages
anticipés d'un futur semblant parfois proche, parfois fantastiquement lointain - comme ce peuple charbonneux du premier chapitre, où les Sablons du dernier. Cependant, si le titre, Payvagues, convoque un imaginaire marin, il est davantage ici question des vagues que forment les strates sédimentées des roches - et cette attention convoque en même temps que repousse les discours écologiques sur l'extractivisme.
Combinée à des rites empruntant à des cultures diverses, sans que celles-ci ne soient vraiment désignées, pouvant poser la question de l'appropriation culturelle, se trouve aussi une présence technophile qui, dans cette configuration, invite à penser à Volodine. Enfin, dans chacun des quatre textes, quatre points d'un monde qu'on suppose même, de ce livre - a mi-chemin entre la novella et le recueil de poésie - une figure de femme émerge, qui
ordonne et emporte le récit : guide du groupe, guerrière en lutte qui meurt sorcière écotechnophile qui sauve, et exploratrice qui refuse d'être sacrifiée dont les vies et morts restent toujours entremêlées, superposées comme les
strates sédimentées de ces payvagues.


À propos de l’auteur

Photo © Ben Roscot

Le travail de Florence Jou se situe à l’intersection de la littérature, de la performance et de la recherche-action. Son champ d’investigation est depuis 2020 le dérèglement climatique qui induit de nouveaux modes narratifs et des processus reposant sur l’exploration, la documentation et l’expérimentation. De nombreux projets sont co-construits avec d’autres artistes, des amateurs et des enseignant.e.s, et génèrent des formes transdisciplinaires.

Bibliographie

Vermeille, collection « Roman/ces », l'Attente, 2026. • Xixi, MF, coll. « Poésie commune », 2025. • Payvagues, collection « Alimage », l'Attente, 2023. • Explorizons, LansKine, octobre 2021. • Alvéoles Ouest, LansKine, février 2020 (sélection Prix des Découvreurs). • C’est à trois jours, Derrière la salle de bains, 2018. • Kalces, Publie.net, 2016.


Vigilance

par Benjamin Hollander

Poème "policier"

Un lieutenant de police rencontre un certain nombre de suspects potentiels et de témoins autour de mystérieuses scènes de crime, et tous sont pris dans le tourbillon de l’être et de la mise à nu dans le droit-fil de la pensée du philosophe Emmanuel Levinas. Entre interrogatoire et réflexion politico-philosophique, un rythme syncopé entraîne le lecteur dans une expérience de l’altérité qui atteint jusqu’au langage, questionnant les notions de droit et de raison. Le livre se termine sur un entretien avec John Sakkis, poète et ami de l’auteur, dans lequel ce dernier expose ses motivations et la manière dont il a travaillé pour écrire ce livre.

Titre original : Vigilance, Beyond Baroque Books, sous la direction de Fred Dewey, Los Angeles, États-Unis d’Amérique, 2005.

Ouvrage traduit avec le soutien du Centre national du livre

Une histoire : Une rumeur : A travers le fait de la traduction (PDF à télécharger)
Communication de BH sur la genèse de "Vigilance", prononcée en V.O. lors de la conférence "Review of Two Worlds : French and American Poetry in Translation", (4–6 avril 2003, Doheny Memorial Library, University of Southern California).
"Qu’est-ce qu’un texte original en traduction ? Au vu de l’histoire que je m’apprête à raconter, je ne peux qu’interroger : qu’est-ce qu’un texte original s’il n’est pas traduit ? En d’autres termes, pour moi, comment pourrait-il exister autrement que dans l’autre langue – au premier chef ?" (Extrait)

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Extrait :

Lecture d'un extrait par Frank Smith

Lecture du poème original Levinas and the police par l'auteur (en anglais, enregistrement à l'Unitarian Church, San Francisco, 20/09/2001)

(p. 136)

il y
« avait un troisième homme » il a dit. « Il n’a pas donné de preuves.
Je n’ai pas vu son visage. Il n’a pas levé les yeux. Il était plutôt ordinaire. Ça aurait pu être n’importe qui » il a dit

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Carol
« c’était comme une soirée trop arrosée quand on voit trop les choses en amont de leur représentation » il a dit

« c’était trop comme voir la peau d’une tête d’enfant né sans le poids suffisant pour survivre Étant né » / sans doute, Monsieur,
« adossé contre ça »
(Abdellatif l’a dit)

« La vie ignore ou se soucie très peu de ceux qui ont été absents.
Elle recrée les hommes et la matière sans cesse.
Vous devrez réapprendre à marcher »

Lieutenant / un / pas / puis / un / autre

Étant / (sans probation parmi d’autres)

« comme l’otage de quelqu’un qui est ab / sent » Lieutenant

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Critiques :Jean-Philippe Cazier dans DIACRITIK a écrit:

Penser que pour Benjamin Hollander le langage ne peut dire un réel qui serait par ailleurs et par lui-même formé, soudé, clair, reviendrait à simplement reprendre un cliché déjà dit mille fois (ainsi que son fond théologique). Dans l’écriture d’Hollander, il s’agit sans doute d’un point de vue plus radical : c’est le réel qui n’est plus pensé comme un ordre donné et structuré, comme un cosmos que le langage ne pourrait rejoindre ; au contraire, si l’écriture d’Hollander s’effrite et balbutie, devient rumeur, c’est parce que le monde n’est plus un cosmos, que le réel s’est désagrégé, que l’évidence des faits est troublée par un brouillard qui recouvre le monde et nous-mêmes. L’écriture de Benjamin Hollander est le langage de ce monde, face à ce monde qui est le nôtre, celui qui définirait notre époque autant que nos subjectivités sidérées.


À propos de l’auteur

Benjamin Hollander, est né à Haïfa, en Israël, en 1952. Il est décédé à San Francisco en 2016. Ses parents étaient tous deux réfugiés d’Allemagne. Il a immigré à New York en 1958 avec sa famille et en 1978, s’est installé à San Francisco avec son épouse. Il a enseigné l’anglais, l’écriture et la pensée critique principalement au Chabot College, à Hayward, en Californie, revisitant la littérature sur l’Holocauste et étendant ce terme à la guerre contre les musulmans de Bosnie.
(© Photo : Norma Cole)

Bibliographie

/// En traduction françaiseVigilance, traduit par Frank Smith avec Guy Bennett et Françoise Valéry, L’Attente, 2022. • Onome, traduit par Emmanuel Hocquard in Format américain, l’intégrale (1993-2006), L’Attente, 2021. • L'éloquence en question – Le "comment" Reznikoff, traduit par EH et JV, le «Gam  » n°1 in Format Américain - L'intégrale (1993-2006), L’Attente, 2021. • Onome, traduit par Amandine André, Jean-Philippe Cazier, Maël Guesdon, Marie de Quatrebarbes et Frank Smith, in La tête et les cornes n° 7, 2019. • Le livre de qui sont était, traduction collective relue et complétée par Oscarine Bosquet, Un bureau sur l’Atlantique, Creaphis, 1997.

/// En anglaisThe Letters of Carla, the letter b., A Mystery in Poetry, With a Foreword by the Future Guardian of the Letters, and An Afterword by Benjamin Hollander (Chax Press, 2017) • Letters for Olson (editor: Spuyten Duyvil, 2016) • Memoir American (Punctum Books, 2013) • In the House Un-American (Clockroot Books, 2013) • Rituals of Truce and the Other Israeli (Parrhesia Press, 2004) • Vigilance (Beyond Baroque Books, 2004) • Levinas and the Police, Part 1 (Chax Press, 2001) • The Book of Who Are Was (Sun and Moon Press, 1997) • How to Read, too (Leech Books, 1992) • Translating Tradition: Paul Celan in France (ACTS: A Journal of New Writing, 1988)


De la pratique

Scènes et machines

par Frédéric Forte

Scénographie textuelle

Les arts et techniques illusionnistes et toutefois très concrets de la scénographie théâtrale se révèlent sous un jour poétique empreint de malice. Constitués de fragments prélevés dans les chapitres de "Pratique pour fabriquer scènes et machines de théâtre" du machiniste et décorateur italien du dix-septième siècle Nicola Sabbattini, les poèmes sont accompagnés de dessins sur mesure du designer David Enon. Régi par les ficelles du sensible, ce cut-up révélateur traite de plan et d’espace, de mouvement et de lumière, et paraît traverser le temps.

Lecture d'extraits choisis par l'auteur

 

Extrait :

Chapitre 1
Avis généraux

Avant toute chose
choisir (en la mesure
du possible) un lieu approprié
dessus et dessous
les nombreuses machines
en branle en vue
de ciel, de terre, de mer et d’enfer*

*Effets de lointain
que l’on recherchera
(à supposer qu’on puisse choisir à son gré)
pour susciter commodément l’émerveillement
en retour et imiter
le naturel et le vrai

Critiques :Christian Rosset dans DIACRITIK a écrit:

...un petit volume où le visuel et le verbal cohabitent de manière à la fois indépendante et solidaire, ce qui fait qu’il sera délicat d’en traduire sur internet (où, d’un écran à l’autre, ce qui s’affiche change) les effets de la tourne des pages.

Adrien Meignan dans Un dernier livre avant la fin du monde a écrit:

Frédéric Forte démontre que la poésie ne peut se trouver qu’avec une pratique, en écrivant ou en réalisant ce genre de travail de montage. La poésie est un exercice comme n’importe quelle discipline. Mais De la pratique pourrait aussi se comprendre d’une autre manière. On pourrait penser que Frédéric Forte puise la poésie dans le traité de Nicola Sabattini, que ce livre-là possède intrinsèquement un caractère poétique.

Philippe Annocque dans HUBLOTS a écrit:

"De la pratique" de Frédéric Forte pour faire apparaître la poésie là où elle n'était pas prévue


À propos de l’auteur

Frédéric Forte est né en 1973 à Toulouse et vit à Paris. Il a joué de la basse dans des groupes de rock avant de se tourner vers la poésie à la fin du siècle dernier. Depuis 2005, il est membre de l’Oulipo et il co-dirige actuellement le Master de Création littéraire du Havre. Ses initiales sont aussi celles de «formes fixes» dont il aime explorer les potentialités…

Bibliographie

De la pratique, avec des dessins de David Enon, L'Attente, 2022 • Nous allons perdre deux minutes de lumière, P.O.L, 2021 • Été 18, L'Usage, 2020 • Dire ouf, P.O.L, 2016 • Bristols, les mille univers, 2014 • 33 sonnets plats, L'Attente, 2012 • Re-, NOUS, 2012 • Une collecte, Théâtre Typographique, 2009 • Comment(s), L’Attente, 2006 • Opéras-minute, Théâtre Typographique, 2005, 2017 • N/S (avec Ian Monk), L’Attente, 2004 • Banzuke, L’Attente, 2002 • Discographie, L’Attente, 2002, 2023 /// Traductions • Guy Bennett, Œuvres presque accomplies, L'Attente, 2018 • Guy Bennett, Poèmes évidents, L'Attente, 2015 • Michelle Noteboom, Hors-cage, L'Attente, 2010 • Oskar Pastior, 21 Poèmes-anagrammes (co-traduit avec Bénédicte Vilgrain), Théâtre Typographique, 2008


Cahiers de Bassoléa

Almanach pratique et poétique sur la ligne de partage des eaux

par Juliette Mézenc

Couverture d’ouvrage : Cahiers de Bassoléa
Fiche technique :Prix: 59,00 €
ISBN : 978-2-493426-05-5
Taille : 27,00 x 21,00 cm
Pages : 164

Poétique de la rencontre humain-paysage

Un almanach perpétuel en résistance à une vision où s’opposent nature/culture, humain/paysage, civilisation/sauvage, avec cet enjeu : au fil des saisons trouver une façon nouvelle de s’accorder au monde « qui nous entoure », comme on le dit, mais qui en fait nous constitue à chaque instant, à chaque respiration. Dans un environnement graphique riche et coloré marquant différentes rubriques réinventées (Newtopies, Cartes-au-trésor, Trucs et astuces, Questions astronomiques, Balades avec pensées sauvages…), alternent introspections, narrations et dialogues avec humains, plantes, insectes ou animaux.

Regarder un entretien avec l'autrice (Modération Jean-Antoine Loiseau. Merci à la librairie Sauramps pour son accueil.)

Deux extraits lus par l'autrice, avec interventions musicales de Jean Poinsignon.

Critiques :Odile Chantelauve dans Retour de lecture a écrit:

Extrait : "Faire cet effort insensé d'arracher nos pensées à la domestication, [...]. Et tendre tendrement, avec fougue, vers la pensée sauvage" (p. 74). Voilà, me semble-t-il, l'aspiration à laquelle Juliette Mézenc a tenté, avec succès, et à de nombreux niveaux comme nous le verrons, de donner corps dans ces "Cahiers de Bassoléa".

Pensée sauvage, refus de la "domestication", des conventions, qui se manifeste de prime abord par les aspects matériels de l’ouvrage : format insolite, diversité des supports, travail sur les aspects typographiques - alignement à droite, longueur variable des lignes, textes insérés dans des bulles ou des nuages, imprimés en biais ou en diagonale, centrés ou décentrés sur la page, variété des caractères typographiques, ou manuscrits, usage de pointillés et de lignes sinueuses ou brisées.

Pensée sauvage, refus de la domestication, des conventions littéraires aussi, et c'est un autre aspect évident. Ces "cahiers" ne ressemblent pas à ce à quoi on s'attend d'une œuvre littéraire : pas d'unité textuelle apparente, mais une multitude de micro-textes relativement autonomes, qui vont de l'entretien au poème, au mythe, au guide de randonnée, au mode d’emploi ou aux instructions, à la description botanique ou géologique, intégrés de cartes, de dessins, de photos ou de gribouillages.

Refus des règles aussi en ce que ces "cahiers" ne sont pas l'expression d'UNE voix, comme c'est généralement le cas quand UN nom apparaît sur la couverture, mais d'une multitude de voix, d'une polyphonie : voix de l'auteur-poète-narrateur, certes, mais aussi voix tierces : voix d'enfants, voix de philosophes et scientifiques, voix d'anonymes (auteurs des "phrases assassines"), et même voix des lecteurs, conviés à apporter la leur dans les "notes du mois".

Refus des conventions aussi en ce que l'ensemble de l'œuvre n'appartient à aucun des genres canoniques : ce n'est ni un roman, ni un essai, ni un poème, ni une autobiographie, tout en participant de ces différents genres - en les englobant et en les dépassant. (…/…)


À propos de l’auteur

Juliette Mézenc a grandi dans les montagnes de l’Ardèche, elle vit et écrit dans les Cévennes. Elle travaille régulièrement avec d’autres écrivains et artistes, en particulier Stéphane Gantelet et Cécile Portier. Ses terrains de jeu : l’écriture « entre les genres », la fiction transmédia, la performance et le vidéopoème. Juliette Mézenc mène également de nombreux ateliers d’écriture auprès de publics très variés.
Lire un entretien avec l'autrice

Bibliographie

Cahiers de Bassoléa, L'Attente, 2022 • Journal du brise-lames, Publie.net, 2020 • Des espèces de dissolution, L'Attente, 2019 Laissez-passer, L’Attente, 2016 • Tu écris dans ta tête, in Une chambre à écrire, livre collectif, L’Ire des Marges, 2016Elles en chambre, L’Attente, 2014 • Poreuse, roman, Publie.net, 2012, 2018 • Sujets Sensibles, Publie.net, 2009


Nous abstraire

par Antoine Dufeu

Éloge politique inclusif

Dans un éloge politique inclusif, non-individualiste et non-capitaliste, l’auteur creuse la question d’une écriture à la première personne du pluriel autour des notions de joie, de luxe et de paix. « Parce que nous sommes des personnes joyeuses et luxueuses, et que la paix est politique et dès lors l’affaire des vivants. » En résistance aux diktats du « je », des chefs et des institutions qui ordonnent et font exécuter, le « nous » revêt toute sa dimension de relation entre les êtres, sans différence de genre, de situation sociale ou économique. Nous sommes des êtres par lesquels le monde existe et peut se distinguer de l’immonde.

 

Quelques minutes de lecture par l'auteur

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Extrait :

Si nous étions en paix nous le saurions. Si nous œuvrions à la paix nous la ferions. Si nous nous préoccupions de la paix nous cesserions d’envisager des gains et des pertes effectifs ou possibles, tangibles ou intangibles lorsqu’il s’agit de poser une ou des égalités. Si nous étions en paix nous serions des pays, une multitude de pays parmi des nations ou des États parce qu’un pays fait la paix et qu’une nation ou qu’un État ne la font pas ; ils la défont plutôt. La paix nous importe. Seule la paix nous importe, maintenant, ici. Nous qui ignorons qui nous sommes et plus encore combien nous sommes – qu’importe que nous soyons mille, dix mille, cent millions, des milliards – n’avons aucune envie de nous battre, de combattre ou de lutter et abandonnons toute idée de milice à quiconque entretient les moyens de la guerre, les moyens d’être en guerre, de ne pas faire la paix, de ne pas faire œuvre de paix.

Critiques :Adrien Meignan dans UN DERNIER LIVRE AVANT LA FIN DU MONDE a écrit:

Nous abstraire d'Antoine Dufeu paru aux Éditions de l'Attente propose une vision philosophique très engagée, sur les notions de commun, d'altérité et de paix. Mais au-delà, il faut voir ce livre comme faisant partie d'une œuvre poétique en construction.

Christophe Fiat dans REVUE COCKPIT a écrit:

Dans son dernier livre, Nous abstraire, Antoine Dufeu fait de l’abstraction une fuite, une échappée ou du moins un moment souverain où la liberté est encore possible : « Nous abstraire des mots d’ordre qui passent pour des évidences » (p 32). Formule anarchique qui relève autant de la poésie que de la philosophie. La poésie quand il convoque l’art de la courtoisie non sans humour : « Dorénavant nous nous vouvoierons » (p 13) et la philosophie quand il ose revisiter à l’arrache, Schopenhauer : « Le monde n’existe pas en soi, ni en toi ni en moi, pas même en nous. Le monde existe par nous ; nous le faisons exister » (p30). C’est que tout est tendu ici et en premier lieu l’écriture dont chaque mot est pesé dans des phrases claires et percutantes qui allient l’énergie de l’aphorisme à la rigueur d’une métrique toujours souple. Il se joue là quelque chose du performatif qui fait apparaître une communauté ou plutôt un « ensemble » dont chaque lectrice et lecteur doit prendre sa part urgemment sur fond de guerre en Ukraine, de catastrophe écologique et d’épidémie mondiale et d’idéologies d’extrême droite saccageant les démocraties. Et à la fin, peut-être que ce livre n’est rien d’autre qu’un manifeste dont beaucoup de jeunes écrivains et écrivaines et artistes feraient bien de s’inspirer plutôt que de faire dans le mélodrame et le militantisme petit-bourgeois. Un manifeste dont nous retiendrons l’affirmation 1. de la paix contre la guerre, 2. de l’érotisme contre les bons sentiments et à la fin 3. de la luxuriance, du luxe contre la richesse. Bien sûr, on y entend l’écho lointain du Georges Bataille de La Part Maudite mais surtout Dufeu nous met en capacité de percevoir les voix à venir d’un autre futur, certainement utopique mais bien réel : « Car toute œuvre laissée au vivant permet le décryptage possible de la pensée qui la sous-tend même inconsciemment » (p 18). Voilà à quoi sert la littérature. Qu’on se le dise.


À propos de l’auteur

(© photo Ciclic)
Antoine Dufeu est né à Laval en 1974 et vit à Paris. Après avoir été contrôleur de gestion dans une multinationale américaine et journaliste dans la presse automobile, Antoine Dufeu est enseignant en écriture et en édition en école d’art et de design. Poète et écrivain, il est notamment l’auteur de Nous (Mix., 2006), Abonder (Nous, 2010), AGO – autoportrait de Tony Chicane (Le Quartanier, 2012), Blancs (Cneai=, 2014), Sic (Al dante, 2015), Sofia-Abeba (MF, 2020).
Il a fondé et dirige la plateforme de recherche et d’édition Lic depuis 2012. Il co-dirige avec Frank Smith la revue de poésie RIP et forme avec Valentina Traïanova le duo Lubovda.

Bibliographie

Nous abstraire, collection « Philox », l'Attente, 2022 • Sofia-Abeba, collection « Inventions », MF, 2020 • Chroniques bretton-woodsiennes, collection « noir », Mix., 2016 • Sic, collection « Le Triangle », Al dante, 2015